Pour se rendre à la fête des fis de Galarne Un petit coup de balai. Quand deux compères s'en vont en virée marinière, rien n'est jamais certain et tout peut entraver le dessein de nos lascars. L'aventure que je vais nous narrer ici est hélas véridique et pour préserver l'honneur de ces tristes personnages, je garderai secrète leur identité. N'y voyez aucunement les prémices d'un mensonge mais simplement une discrétion amicale. Ainsi donc, en se samedi pluvieux, ils avaient décidé, malgré le ciel chagrin, de rejoindre leurs lointains voisins giennois en leur fête ligérienne. Ce qui peut sembler facile à tout un chacun prend vite des proportions épiques dès que nous avons à faire à des mariniers. C'est un fait incontestable qu'ils ne font jamais dans la mesure, vous devriez désormais le savoir. Arrivé chez le second larron, le premier malandrin affirma tout de go qu'il pleuvait tant qu'il serait judicieux de changer ses balais d'essuie-glaces. Il avait depuis deux mois dans son coffre des balais rutilants qui ne demandaient qu'une main experte pour remplacer les autres, à bout de force et d'usage ! Hélas, la réputation de maladresse de notre homme était loin d'être usurpé. Le plus petit geste ordinaire de la vie pratique lui était impossible, il comptait s'appuyer sur la dextérité supposé de son compagnon de route … Bien mal lui en prit, l'autre, pour plus dégourdi, n'en fut pas plus capable et l'échange standard s'avéra impossible. La sagesse est maîtresse de toute décision et nos deux aventuriers prirent le parti de partir à l'abordage avec de vieux balais usés et délavés. Il pleuvait, certes, mais la pluie n'arrête pas les coquins en bord de Loire. D'aquadiau, l'ondée se fit arnarpée. Bientôt ce fut le déluge et nos automobilistes avançaient dans une brouillard incertain. Ils allaient bon train, insouciants du drame qui les guettait sournoisement comme toujours. C'est alors que sur une route rapide, l'essuie glace, sentant son heure arriver, s'envola comme par […]
Bonimenterie dominicale À croire avec modération ! Toutes les fables ne sont pas nécessairement à la gloire de notre marine de Loire. Celle que je vais vous céder ici n'est pas à mettre dans toutes les bouches. Qu'importe, fort de ma volonté de ne jamais rien vous dissimuler, je me dois la vérité pure. Je ne mettrai pas d'eau dans mon vin pour complaire aux modes, voici donc, telle qu'elle est vraiment, la déplorable fable de la bouteille d'Or. Il était un temps fort lointain de nous où nos braves mariniers ne buvaient jamais d'eau. Pour décommandée que soit cette pratique, elle n'était pas du seul fait de cette belle coopération. Ne jugeons pas avec nos yeux d'aujourd'hui des pratiques du temps jadis. Il en irait d'ailleurs de même dans l'autre sens. Gardons-nous de nous penser supérieurs à nos glorieux anciens ! Fils de Galarne était un marinier fort réputé. Sur la rivière, il n'y avait pas meilleur que lui pour lire les flots, déchiffrer les pièges et trouver le bon passage. Il connaissait la Loire comme nul autre et avec lui, le voyage était un long chemin tranquille. Mais, en ce bas monde, toute médaille a son revers, celui du gars Fils de Galarne tenait du débordement …. Notre bonhomme avait, une fois à terre, un goût intangible pour le cruchon. Il allait de taverne en troquet, d'estaminet en auberge et buvait plus que de raison. Lui qui était d'une sobriété exemplaire sur l'eau, perdait toute modération quand il avait les deux pieds sur la berge. Un mal de terre en quelques sorte, qui le faisait tourner barrique ! En ce temps là, le marinier était assez souvent en congé. La vacance de la navigation était fréquente. Les aléas de la rivière, le trop d'eau ou bien le pas assez, la glace, les fêtes chômées ou bien les retards des marchands, on pouvait perdre à terre bien des jours à ne savoir que faire. Alors Fils de Galarne les occupait à lever le coude et à perdre la tête. Malheureusement pour lui, une fois son vice assouvi, le pauvre bonhomme ne savait […]
Hommage à Charles Trenet Les anniversaires n'ont d'autre but que de consacrer une journée à ne pas oublier ceux qui sont partis. Charles Trenet aurait eu cent ans, la belle affaire pour ce chanteur dont les chansons seront sans doute éternelles. Il a eu ce don merveilleux de laisser dans nos mémoires des airs simples, des paroles belles ou folles; douces ou extravagantes qui ont cette politesse si rare, de pouvoir être chantées sous la douche ou bien n'importe où. Je chante, nous disait le bonhomme, joyeux fou dont le cœur faisait boum. Et pour lui emboîter le pas, parce qu'il y a de la joie en lui, nous reprenons ces petits airs de rien qu'il a laissé sur son chemin. C'est bon et ce n'est pas difficile, c'est un bonheur communicatif, un plaisir qui se partage sans se soucier, autre miracle de Trenet, des barrières générationnelles. Le soleil a rendez-vous avec la lune, Charles dans ses nuages mène la danse, une sarabande où le diable joue les premiers rôle ou bien une polka du roi. Quand le facteur s'envole, il lui porte des messages d'amour. Sur terre, personne ne l'oublie et on lui passe quelques petites incartades. Nul n'est parfait au royaume du microsillon. Qui préférons-nous ? Le fou et ses chansons absurdes ou bien le poète délicat ? Ils sont même et unique personne, deux facettes d'un talent multiple. Qu'il nous berce avec la mer ou bien qui nous entraîne dans une séance d'orthophonie avec débit de l'eau, débit de lait, qu'il nous prenne par la main sur les routes de notre douce France ou bien qui nous pousse dans les pharmacies, Charles se pique de savoir nous toucher. Cœur de palmier ou bien fleur bleue, c'est si bon de se laisser prendre à toutes ses facéties. Il nous salue de son canotier, ouvre des yeux d'une incroyable intensité et nous entraîne dans ses délires et ses rêves. Nous chantons la romance de Paris un soir de nostalgie, le serpent python pour faire rire les convives, nous savons qu'avec ce formidable manieur de mots et de rimes, de […]
Les questions du Bonimenteur. Cannes blanches et salles obscures Pourquoi les vedettes ont-elles ainsi toutes le ticket ? Comment se fait-il que le cadreur soit toujours hors-champ ? Qu'est-ce qu'elle a ma bobine ? Peut-on décerner la Palme d'Or a un film tourné en contre-plongée ? Pourquoi le monteur n'a-t-il pas les honneurs des marches du Palais ? Pourquoi parle-t-on de distribution alors que rien n'est gratuit ? Dans un film d'espionnage, peut-on doubler un agent double ? Que faire si le cadreur ne peut pas supporter un acteur ? Arrivera-t-on à soigner et libérer le fondu enchaîné ? Champ contre champ : Peut-on parier en ligne ? Le plan américain a-t-il été inventé par Marshall ? Pourquoi ne pas commencer par le générique de fin pour qu'il soit enfin lu de tous ? La censure contraint-elle l'image à rester dans le cadre ? Faut-il couper avant la distribution ? Peut-on se figurer la frustration du figurant ? Pourquoi fait-on tant d'histoires pour ce scénario ? Comment définir un réalisateur qui ne s'est jamais réalisé ? Le sous-titre n'est-il qu'un manant ? Quand le mixage est raté, le son est-il de la bouillie ? Faut-il toujours compter sur l'opérateur ? Faut-il s'arracher les cheveux si le numérique annonce la fin des pellicules ? Mais pourquoi me tend-il toujours une perche ? Existe-t-il des écrans de fumée pour les films de guerre ? Pourquoi dit-on aussi « Action » pour les films intimistes ? Faut-il mettre la lumière sur les films noirs ? Depuis la loi sur le mariage pour tous, les films de genre ont-ils encore leur place ? Un groupe peut-il être chargé de la bande son ? Bruitage et mixage sont-ils les deux oreilles de la bande son ? Pourquoi ce film muet a-t-il fait tant de cartons ? Faut-il regarder les films d'amour que dans les salles munies d'un balcon ? Un acteur fait-il son cinéma en dehors des heures de travail ? Que devient un tournage pendant une panne de moteur ? Une star peut-elle avoir les pieds sur terre ? Quel est le classement de la […]
Spécial Cannes ... L'empire des vanités. Briller et être célèbre. Flamber et paraître. Se montrer pour exister, être flatté pour subsister. Une tête d'affiche, son nom sur un ouvrage, son portrait dans le journal, la course folle à la notoriété occupe bien assez d'orgueil de pacotille pour mettre un candidat de plus dans cette vaine foire aux vanités. Je passe mon tour, n'ayant d'ailleurs aucun talent pour supporter les grimaces. Mais, que pourrai-je bien faire dans cette pétaudière ? Pourquoi faudrait-il agir pour mettre en avant le plus futile ? La personne n'est rien, c'est ce qu'il fait qui est le plus important. Alors à quoi bon ces séances de signature, ces autographes totalement inutiles, ces photographies à côté de l'idole ? Tout ce qui réduit la création à la seule façade n'est qu'illusion et détournement. Combien de livres achetés pour un simple gribouillis de l'auteur alors qu'ils ne seront même pas lus ? Combien de disques achetés au sortir d'un concert pour avoir un mot du chanteur alors que plus jamais, vous ne réécouterez ses chansons ? Tout passe, tout lasse et seules désormais les images restent ou bien les signes dérisoires d'un moment incertain. Les magazines sont emplis d'artistes fictifs, de créateurs pré-fabriqués, de talents artificiels. Seule leur image compte, seul le récit d'une vie trépidante atteste de leur valeur supposée. Le cinéma n'échappe pas à la mode des paillettes et de la vacuité. Qu'on puisse le qualifier encore de septième art semble de plus en plus constituer une aberration. C'est un défilé de pantins et de starlettes aussi creux les uns que les autres, aussi fats et vides que leurs sourires sont factices. On nous bassine en évoquant alors d'antenne la culture alors que ce n'est plus qu'un vulgaire business commercial où l'opinion n'a plus aucune valeur. Les journalistes sont des adorateurs patentés, des valets au seul service du fric, du copinage, des renvois d'ascenseurs et autres courbettes indignes. Ne jamais croire […]
En direct de ma Segpa Quand réussir ne peut être envisageable. Cela porte certainement un nom, je l'ai appelé syndrome Camille du nom d'un quartier où, très souvent, surgissait ce terrible phénomène. Il y a dans nos classes des élèves assignés à l'échec. C'est plus fort qu'eux. Ils doivent reproduire les schémas anciens du quartier, de la famille ou bien du clan. Qu'importent les espoirs et les promesses, quand la réussite pointe sa possibilité, ils cassent tout ce qui a été mis en œuvre. Je me doute que cette année encore, le syndrome Camille va encore frapper La meilleure élève, celle qui aurait dû avoir toutes les chances de décrocher une place en lycée professionnel et certainement de réussir son brevet des collèges série technologique est en train de jouer les Attila des salles de classe : absentéisme fréquent, indiscipline et refus de travailler, comportement grossier et parfois vulgaire. Plus l'échéance s'approche et moins elle devient contrôlable. Elle perd son temps, fait perdre celui des autres qui sont bien plus en difficulté, elle irrite les adultes et nous met en porte à faux. Comment traduire ce comportement insupportable sur son dernier bulletin sans lui barrer la route ? Comment accepter de tels agissements sans perdre toute crédibilité ? Le syndrome Camille a ceci de redoutable qu'il prend en otage les adultes qui assistent impuissants à la course à l'échec d'un élève. Lui donner raison, accepter les échecs lors des contrôles, les refus de travail, sanctionner et décrire la réalité, c'est condamner ce jeune et lui barrer la porte. Fermer les yeux, taire ses turpitudes et ses manquements, c'est encore lui donner raison et le renforcer dans un comportement intenable qui le conduira à l'échec. L'explication n'est plus de mise, ce phénomène est une course en avant, une accélération vers le gouffre que représente les seize ans. Car le syndrome Camille est intimement lié à cette échéance, à la fin de la scolarité obligatoire. Ce seuil franchi, […]
Les Heures Historiques de Sully-sur-Loire La tête dans le passé. Par curiosité j'ai voulu retourner à cette étrange manifestation « Macédoine de Costumes » que constituent les Journées historiques de Sully sur Loire. Au pied du magnifique château, entre douves, Sange et Loire, des milliers de gens déguisés se donnent en spectacle. Il y a de toutes les époques, un curieux mélange sans fondement ni explication, un cocktail surprenant d'impossibles rencontres ! Mais qu'a donc notre époque pour qu'ainsi tant de gens sains de corps et d'esprit la boudent pour le seul plaisir de se grimer et de se retrouver plongés dans une machine à renoncer à notre temps ? Manifestement, ils se sentent tous bien mieux en tenue de grognard, de poilu ou bien d'indien. Elles se préfèrent en noble dame, en bergère ou bien en suffragette. Nos oripeaux modernes pèsent du poids insupportable d'un monde qui a perdu la tête. Il est rassurant de se plonger en une époque lointaine (ou plus proche) qui porte des repères et des valeurs facilement identifiables. Nous, les mariniers de pacotille, nous ne faisons guère autrement en nous replongeant dans la belle histoire de Loire, écrasant nous aussi quelques centaines d'années en une indéfinissable représentation illusoire. C'est sans doute le même mouvement de fond qui nous réunit, dos tourné à une modernité qu'on perçoit comme inhumaine. Pourtant, tout n'est pas parfait dans les époques revisitées. On met en scène les tortures du Moyen-Âge, les facéties du bourreau débonnaire, les batailles sanglantes, de Napoléon à la dernière guerre, les combats des preux chevaliers … Chacun est dans sa bulle temporelle, croise son voisin qui vit dans une autre sphère et tous de se retrouver pour le plaisir de jouer à faire semblant. La guerre, les combats, les souffrances sont en arrière plan. Pourtant, ce sont d'abord ces instants pesants qui sont mis en avant, qui sont présentés au public avide de pétarades, d'armes, de fumée et de cris. L'enfance revient […]
Demain, il sera trop tard. Combien sont nos dirigeants à lorgner ainsi sur la manne financière sans limite qui les attire telles des mouches autour du vinaigre ? Prêts à toutes les bassesses, ils s'agglutinent autour du pot de miel, ils tendent la main au nom, nous dit-on, de l'intérêt général et même national ! Ils en oublient toute dignité et plus encore, toute lucidité. L'argent du pétrole n'est pas sans contre-partie et ils ne peuvent l'ignorer à moins d'être de parfaits imbéciles (ce qui n'est pas impossible) Le Qatar a choisi sa proie. La France, si fragile, si mal gouvernée, se livre d'elle-même ! Elle est belle prise de guerre économique pour un petit état en mal de légitimité internationale. Mais ce ne sera pas le seul prix à payer. La note sera plus salée qu'il n'y parait car c'est bien un mouvement impérialiste et religieux qui se met tranquillement et secrètement en place. Que messieurs Sarkozy et Hollande ne l'oublient jamais, il n'est pas question que de football dans cette sournoise infiltration. Ils peuvent si ça les chante, briller en tribune, profiter des coupes de champagne et autres avantages indécents, se montrer auprès des vedettes du ballon rond et satisfaire les supporters qui ne voient jamais plus loin que le bout de leur écharpe, mais qu'ils ne bradent pas notre modèle de société ! Le pire est à venir. Ils ont offert une vitrine brillante et apparemment inoffensive à ces envahisseurs si distingués, si bienveillants, si généreux. Mais l'arrière boutique sent l'intolérance et des lendemains moroses. Bientôt, vos amis Qataris vont s'implanter dans les banlieues, ils vont racheter les dettes de municipalités à bout de souffle et vont imposer leur propre loi, leurs propres règles. La loi du plus fort, la loi du mal tout puissant et de la femme rabaissée, enfermée, bâillonnée. Derrière l'argent du Qatar, derrière ces éclaireurs si respectables sont tapis des religieux impitoyables, des serviteurs d'une religion prosélyte qui a le désir […]
Bonimenterie dominicale Un colis peu recommandable. En cette année 1725, qui voulait voyager l'esprit tranquille dans un confort acceptable prenait les voies navigables. Il y avait sur notre Loire grand trafic de coches d'eau qui proposaient leur service pour des passagers fortunés quand des embarcations au confort plus sommaire satisfaisaient aux besoins du commun. Des toues cabanées faisaient souvent le voyage au gré des fluctuations de notre rivière. Un noble seigneur de Roanne : Le Duc Louis d'Aubusson de La Feuillade avait le projet de se rendre à Versailles présenter ses hommages à notre bon roi. L'homme détestait les poussières de la route. Il décréta de suivre le cours de la rivière jusqu'à Combleux pour terminer son voyage par le canal d'Orléans. Il avait quelques visites de courtoisie à faire en chemin, ce qui l'avait décidé à emprunter ce chemin des écoliers et des mariniers moins pressés. Il contacta un facteur naval, Jean de Roanne, homme à la solide réputation sur lequel, il avait ouï dire que l'on pouvait se fier. Ses coches étaient quant à elles d'un confort remarquable et permettaient à un voyageur unique de bénéficier de tous les agréments qu'on pouvait espérer à l'époque. Le seigneur cependant était fort pingre, il mena négociation serrée pour obtenir un prix acceptable. Il poussa même le vice à réclamer au Roi, une lettre de cachet pour échapper aux nombreux péages qui se dressaient sur ce parcours. Le bon marinier aurait du être alerté par toutes ces simagrées indignes d'un seigneur à la bourse si pleine. Mais, ayant conclu le marché en crachant par terre, il n'était plus temps de se dédire. Les gens de Loire en ce temps là n'avaient qu'une parole et se faisaient un honneur de toujours la tenir. C'est donc flanqué de cet unique voyageur (une des nombreuses conditions de ce drôle de seigneur) qu'il embarqua un beau jour d'avril. Jean et ses deux hommes d'équipage ignoraient alors qu'ils partaient pour la descente la plus désagréable qui leur […]
En Orléans sur Loire La rivière nous a fait une belle colère. Vivre au bord d'une rivière et penser qu'il ne peut jamais rien arriver, telle fut la folie des hommes qui oublièrent les traces du passé, les craintes des anciens et les prédictions de ceux qui envisagent le pire. Alors, l'inconscience aidant, les habitations se sont multipliées en zone inondable, de belles demeures avec une vue imprenable et un danger repoussé aux calendes grecques. Et puis le printemps a fait des siennes, la pluie n'a eu de cesse d'importuner les citadins, qui ne voient plus en elle qu'une contrariété aqueuse, un empêchement de boire ou de flâner sur les terrasses de nos villes. Les intempéries sont désormais entraves au bon plaisir de l'urbain qui n'accepte aucun rebours dans sa quête de jouissance. Il a plu, le commerce en a pâti, le moral des troupes acheteuses s'en est ressenti et accessoirement, les eaux ont commencé à monter. Personne ou presque n'y faisait attention. La ville commerçante a tourné le dos à la Loire. Dans toutes nos cités fluviales, le mouvement de repli vers le centre ville s'est accéléré au tournant du vingtième siècle. Le lien a été rompu avec ce qui constitua, des siècles durant, le poumon et le cœur de nos cités d'alors Les eaux sont venues lécher le pierret. Cette fois, il fallut prendre des dispositions, éloigner les passerelles, fermer le bateau lavoir, repousser le bateau à aubes « Inexplosible n°22 ». Les eaux ont continuer à gronder, à se faire de plus en plus fortes. La cote du fleuve est devenue une référence, une information qui comptait à nouveau. Les curieux affluaient sur les quais pour assister à ce spectacle étrange. Les appareils photographiques étaient de sortie. Jamais la dame Liger n'avait été autant regardée. Elle sentait la drôlesse qu'elle était le sujet de toutes les curiosités. Elle roulait des bras, charriait tout ce qu'elle pouvait. Elle faisait la forte et la coquette. Son succès était tel qu'elle fit la une des journaux et des […]
Photographies de Pirate de Loire et Bertrand Deshayes Mariniers d'en bas. Il est un petit village en dessous d'Angers fièrement adossé face à une Loire, plus large, plus profonde et plus navigante que navigante. Un tribu d'irréductibles ligériens célèbre l'amitié, la rivière, la marine et la musique. Depuis bientôt vingt ans, ils ont fait de l'endroit un bastion de la navigation et de la convivialité. Rien n'est trop beau pour accueillir ceux qui viennent à leur rencontre. Ils ouvrent leurs bras et mettent toute leur énergie à leur faire la fête. Ils ont pour le reste de l'été une guinguette qui prolonge ce plaisir simple de se retrouver au bord de l'eau. Passez donc les voir de ma part ! Célestin, le maire est un personnage particulièrement attachant. Dévoué à son village (grâce sans doute à la bienveillante mansuétude de sa charmante épouse) , il est un ardent défenseur d'une certaine idée de la culture : une occasion de se découvrir et de s'enrichir sans oublier qui on est et d'où on vient ( une approche bien éloignée des principes pompeux des gens de la ville). Il a ouvert une école de musique contre vents et navrés locaux et bon nombre de ses collègues du coin. Il propose tout au long de l'année, à ses chers administrés, des spectacles qui ferait pâlir bien des villes moyennes. Qu'il soit, ici, remercié, pour tout ce qu'il fait et plus encore sur sa manière de recevoir si bien sans oublier, ça va de soi, sa Hélène, maîtresse de maison plus que conciliante avec de drôles d'intrus. Alain, Alex et le grand père sont les princes de l'eau. Ils sont à l'initiative des festivités, bien suivis, il faut le reconnaître par une armée de quatre vingts bénévoles qui durant trois jours n'ont eu de cesse de laver des verres et des assiettes, servir des fouets et des crêpes, griller des saucisses et des merguez et toujours répondre avec le sourire aux désirs des très nombreux spectateurs, mariniers et acteurs de ces journées. Sur l'eau, ils furent encore, des guides […]
État d'âme d'un bonimenteur. Ce samedi soir, la fête de la Possonnière bat son plein ! Les animations ont été rangées. C'est la nuit qui réclame sa part. La buvette ne désemplit pas, les mariniers chantent et boivent à l'écart de la foule des curieux, des badauds, des spectateurs. Les barbecues exhalent leurs fumets, les gourmands font la queue. Plus loin, assez loin du bruit et du tumulte, les bateaux sont bien seuls, la Loire monte encore et quelques rares promeneurs regardent les embarcations abandonnées. J'ai trouvé un lampion allumé et j'écris loin du joyeux charivari. Une fois encore, je ne me sens pas vraiment à ma place. Une fois les pitreries terminées, il n'est plus l'heure des histoires ou des contes. Les gens, privés depuis si longtemps, sont là pour profiter d'une des premières belles soirées, goûter la musique et le plaisir de se retrouver autour d'un verre ou à flâner dans la douceur d'une nuit enfin printanière. Ce soir, je n'ai pas le cœur à la réjouissance malgré l'accueil formidable des gens de La Possonnière. Je leur en demande pardon ! D'autres soucis m'ont rattrapé ... Pourtant, ils ont tout mis en œuvre pour que la fête soit belle. Le port est agréable, l'espace que Monsieur le Maire a créé si convivial que je suis un malotru de bouder ce merveilleux moment simple et sincère, paisible et animé. L'édile opiniâtre a réussi son défi de réconcilier son village avec la Loire. Un désir simple, une tâche immense qu'il a menée à bien en trois mandats. Chapeau l'artiste ! Il y a une âme ligérienne dans ce village, je l'ai sentie vibrer. Je n'ai pas l'envie ou la place pour inviter quelques personnes à de douces rêveries. Le conte exige une disposition d'esprit qui n'est, pour l'heure pas compatible, il me semble, avec cette belle fête populaire (expression ici utilisée sans aucune connotation négative). Je les laisse à leur bonheur, il n'est pas temps de les prendre par la main et le cœur pour faire un voyage au pays des songes. Je ne suis pas […]
8 mai ... Les fêtes johanniques. Les fêtes johanniques ne sont plus ce qu'elles étaient. Nicolas premier avait été le premier Président de la République à tourner le dos à cette célébration d'un autre temps, imitant en l'occasion Charles VII lui même qui avait refusé de venir dans sa ville délivrée. Le mari de la chanteuse s'était pourtant fait remarquer par un discours flamboyant pour célébrer le 600° anniversaire de la supposée naissance de notre bergère nationale (6 janvier 2012). Cette fois, c'est le président normal qui ne veut pas se brûler les ailes en célébrant une pucelle après une bataille épique pour imposer le mariage pour tous … La ville va donc se retrouver seule pour commémorer pour la 583° fois sa délivrance par la jeune mosellane qui avait bouté les maudits Anglois de là. C'est une fidélité qui honorerait notre cité qui n'a eu de cesse, dès le 8 mai 1430 de célébrer son héroïne. Mais tout n'est pas parfait en notre cité johannique, loin de là et il y aurait beaucoup à dire sur une mémoire des plus sélectives. Il est peut-être utile de revenir sur les évènements proprement dits qui ont mis la jeune fille sur la route du bûcher. Nous sommes le 28 avril 1429, la ville est encerclée depuis le 12 octobre par des Anglais barricadés dans des bastilles. Le Roi, Charles VII, financièrement exsangue, n'a nulle intention de se lancer dans une opération militaire. Il est fort encombrée d'une illuminée qui se prétend envoyée par Dieu pour faire des misères aux assiégeants. Il lui confie une opération de ravitaillement en lui faisant croire qu'elle est à la tête d'une armée. Le mensonge fut de tout temps l'arme des politiques pour leurrer les braves gens ... C'est donc une armée de 400 têtes de bétail qui arrive à la suite de la cavalière ; bœufs, moutons, vaches et cochons, la bergère était à son affaire ! Après une traversée de la Loire miraculeuse ; le vent changeant subitement de sens afin de permettre aux chalands orléanais de rejoindre la dame et sa […]