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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Nous serons bientôt tous des sans-dents.

Comment passer sous la roulette ?

Notre bon président peut se réjouir : au train où vont les choses, le pays sera bientôt peuplé d'une majorité de ces gens qui lui font horreur, à la denture incertaine ou bien absente. Jadis expression d'une misère sociale, cette petite particularité dentaire sera prochainement la marque des zones défavorisées ou bien l'expression d'un manque de relation.

Mais n'allons pas trop vite en besogne ; il n'est pas temps de mordre les étapes afin que vous puissiez croquer à pleines dents dans cette lamentable histoire. J'avais, en un temps heureux, un dentiste attitré, un brave docteur, conscient de ses responsabilités et désireux de mettre, à la portée de toutes les bourses, l'hygiène bucco-dentaire …

L'homme ne pouvait être mauvais puisqu'il était amateur de rugby et plus particulièrement supporter du XV Catalan. D'ailleurs, il profitait lâchement de ce que j'avais grande ouverte la bouche, dans laquelle il avait glissé un de ses incroyables appareils , pour me parler de son équipe sans que je puisse lui répondre. J'avais beau désapprouver cette pratique déloyale, digne du « seconde ligne » qu'il fut, j'y retournais toujours avec plaisir, malgré l'angoisse inhérente à cette étrange profession.

Nous avions entrepris un soin délicat. Une dent récalcitrante, une racine qui se perdait dans les méandres de la gencive et qui, contre toute attente, n'était pas morte malgré les traitements précédents. La douleur était intenable et mon cher dentiste trouva un moment dans son emploi du temps pour agir en urgence. Il fallait revenir pour terminer le travail et boucher convenablement ce qui était devenu un trou béant. Nous prîmes rendez-vous comme cela se faisait autrefois, pour la semaine suivante.

Hélas, un impondérable dont je ne me pardonnerai jamais, me fit manquer cette rencontre et je ne pus, depuis ce jour maudit entre tous, joindre mon dentiste. L'homme avait fermé cabinet, sans prévenir, pour des raisons qui demeurent mystérieuses dans la profession. Les grandes vacances approchaient : c'était la période idéale pour remettre à plus tard ce qui ne pouvait attendre.

Je laissai passer les semaines ; la dent se rappela à mon imprévoyance : il me fallait agir au plus vite. Hélas, mes appels restaient vains. Un rendez-vous en urgence, vous n'y pensez pas ? Nous avons six mois de délai ; trouvez un autre confrère. Je ne pensais pas alors que cette réponse allait me revenir dans les dents, sans cesse, avec une incroyable régularité.

Fort heureusement, je devais rendre visite à ma fille qui vit dans un petit village de Bourgogne. Sa dentiste accepta, au débotté, de me faire un pansement provisoire pour cette dent déchaussée. Il y a encore des médecins qui ont le sens du service : cela peut réconforter quand on est dans l'embarras !

Je revins en Orléans, décidé, cette fois, à achever ce qui n'avait que trop tardé. Je repris de nouveaux contacts. La réponse avait quelque peu changé. Non monsieur, nous ne prenons plus de nouveaux patients. J'avoue que le terme ne convient guère à la réalité : la patience renvoyée aux calendes grecques …

Cette fois, il me fallait prendre le taureau par les cornes, à défaut d'avoir le mors aux dents. Je ne pouvais laisser ce trou béant dans ma bouche. Je n'allais tout de même pas faire comme mon autre fille qui se rend désormais à la Capitale pour se faire soigner les dents ; les professions libérales aiment à se regrouper dans les grandes métropoles et tant pis pour les pauvres malades de province !

J'essayai de faire fonctionner le bouche à oreille pour découvrir la perle rare :un dentiste qui accepte encore de nouveaux clients en Orléans. Impossible : je n'avais pas la chance de réussir à joindre par téléphone ceux qu'on m'avait indiqués comme étant susceptibles de répondre à cette curiosité. Notre bonne ville, quoique assez grande malgré tout, n'a pas le bonheur d'avoir une fac de médecine. La pénurie de chirurgiens-dentistes me laissait sur les dents !

Je me résolus à quitter la préfecture, à tailler la route pour aller quérir un de ces derniers fous qui exercent dans un village. Je le trouvai enfin et dus, naturellement, attendre plus d'un mois avant d'obtenir rendez-vous à ma disponibilité. L'homme ne travaille pas le mercredi : une constante désormais dans les professions médicales.

Ma dent sera soignée. Il aura fallu plus d'un an et encore, j'ai la chance de disposer d'un véhicule personnel pour me rendre chez ce professionnel disponible. D'autres n'ont pas ce bonheur et doivent subir de plein fouet l'incurie d'un système médical qui est d'abord au service des médecins et non des patients. Des déserts médicaux s'installent dans notre pays. La pénurie des professionnels leur autorise également des honoraires de plus en plus dispendieux.

Mais, il est illusoire de croire en une inflexion de la politique. Les carabins sont tout puissants et n'entendent pas se mettre au service de tous. Ma petite mésaventure n'est qu'une anecdote parmi tant d'autres. Au royaume des sans dents, nulle couronne pour le roi.

Dentairement vôtre.

Nous serons bientôt tous des sans-dents.

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Laure 31/01/2015 10:04

Héhé . Voici donc un temps propice au retour des " arracheurs de dents" sur les foires et marchés comme jadis . quant aux "cafards, charlatans et prophètes" , parasites du bon oncle Archibald , ils n'ont jamais disparu , hélas ! Il faut souligner également que les menteurs, comme ceux de la première catégorie, sont de plus en plus adulés et portés aux honneurs par les crédules ou lâches que nous sommes.

C’est Nabum 01/02/2015 07:59

Laure

Ne disait-on pas menteur comme un arrcheur de dents ?

Voilà une belle reconversion pour nos amis les politiciens ...
Après la République et le bonnet phrygien, la Clinique dentaire et la couronne