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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'estrade de fer.

Seul maître à bord..

Plus je découvre le monde du handicap, plus je m'exaspère de constater à quel point quelques-uns de mes chers collègues (une petite minorité heureusement) de l'Education Nationale n'en font qu'à leur tête. L'intégration des élèves handicapés suppose des adaptations, des mesures d'exception, des pratiques spécifiques ou des modalités différentes de celles de leurs camarades. C'est là que le bât blesse !

Il y a dans la maison des intégristes de l'égalitarisme ou, du moins, de ce qu'ils perçoivent être comme un dogme incontournable dans la classe. En cela, ils ne sont guère différents des parents qui n'ont jamais réussi à intégrer les préceptes de la pédagogie différenciée. Une seule tête, dans un seul rang ; tout le monde faisant la même chose, au même instant, avec les mêmes conditions.

Naturellement, ces adeptes du nivellement par le bas pensent qu'ainsi, ils ne favorisent personne, sont de bons et loyaux juges intègres qui pourront appliquer impitoyablement le même barème pour tous afin de noter les meilleurs et de sanctionner les plus faibles. C'est le principe de la sélection naturelle appliqué au groupe classe qui, pour satisfaire au modèle supposé, devient bien vite une jungle terrifiante.

Alors, quand on demande à ces champions de l'eugénisme scolaire de permettre à celui-là de bénéficier d'un ordinateur pour écrire, à cet autre d'avoir accès à des documents, quand son voisin pourra utiliser une calculatrice et que certains disposeront de plus de temps ou de moins d'exercices à réaliser, ils font une crise d'urticaire, s'indignent et refusent d'appliquer ce qui leur a pourtant été notifié de manière officielle et réglementaire.

Mais ces quelques chantres de l'égalitarisme scolaire se pensent seuls maîtres à bord après un Dieu qui n'a rien à faire dans une école laïque. Alors, perchés fictivement sur leur estrade de fer, ils vitupèrent, s'opposent, font la sourde oreille et finissent par pointer un doigt accusateur vers ces petits privilégiés du handicap. C'est déjà assez pitoyable comme ça, pourtant certains n'hésitent pas à pousser l'infamie à stigmatiser en public cet horrible profiteur, ce redoutable comédien, cet insupportable poids ...

Vous allez immédiatement penser que j'exagère. Seuls les mots vont dans l'outrance pour traduire une réalité assez conforme à ce qui se passe parfois dans nos établissements. Alors, nous élevons la voix, évoquons la loi et l'obligation de se conformer à ce qu'on nomme dans notre jargon : « les préconisations ». C'est peine perdue dans quelques cas et, souvent, le chef d'établissement hausse les épaules en reconnaissant qu'il est impuissant à remettre l'impudent sur le droit chemin.

Il ne s'agit pas de rebelles : des enseignants de la marge qui s'opposent aux directives honteuses d'une administration, plus soucieuse des apparences que de la vérité. Ceux-là, en effet, développent des trésors de patience et d'inventivité pour permettre à chacun de travailler selon ses moyens. Ils mettent l'enfant au cœur du système, au centre de leur travail. Ils se moquent des demandes absurdes, des paperasses inutiles mais font tout pour remplir la seule mission qu'ils reconnaissent : instruire leurs élèves du mieux possible.

Nos chers réfractaires sont tout simplement des professionnels qui n'acceptent pas les charges de travail supplémentaires qu'imposent toutes ces mesures si coûteuses en temps. Ils fondent leur posture sur l'indiscutable fait qu'aucune rétribution ne viendra récompenser les efforts consentis. C'est une donnée incontournable de la fonction publique ; il n'est pas besoin d'attendre le miracle pour faire quelque chose …

Alors, que faire ? Rien : c'est la seule certitude qui s'impose à ce terrible constat. Le statut est un piédestal symbolique depuis que les estrades en bois ont disparu de nos classes. C'est la garantie d'échapper véritablement à toute contrainte, pour peu que l'on maintienne les apparences et fasse risette quand c'est nécessaire. Seuls les rebelles, ceux qui osent aller sur les chemins sinueux de la pédagogie alternative sont en danger.

Ceux qui ne font rien peuvent faire de vieux os, continuer à briser les élèves, à jouer les petits tyrans scolastiques, à rouler des épaules dans la salle des professeurs en affirmant que jamais personne ne les obligera à mettre en place des mesures d'exception. Les gamins n'ont qu'à suivre le mouvement ; notre belle maison est d'abord là pour le bon plaisir de ceux qui y travaillent. Par miracle, l'immense majorité des maîtres a l'amour d'un métier que quelques exceptions détestables viennent salir sans que personne ne puisse ni ne veuille les empêcher de nuire.

Explicitement leur.

L'estrade de fer.

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