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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Mon lopin de terre.

La première coupe.

Enfant de village, j’ai poussé sur le bitume du champ de foire. Si la nature fut mon terrain de jeu, je n'ai pas grandi avec une sarclette, une bêche ou bien un sécateur dans la main. Bien au contraire :j'ai toujours considéré qu'il n'y avait rien d'autre à faire qu'admirer le spectacle sans avoir à se plier près du sol. De cette éducation urbaine, je n'ai retenu que l'immense frustration de ne pouvoir uriner dehors dans mon jardin …

Les hasards de l'existence m'ont permis de remplir (si je puis utiliser ce verbe en l'occasion) ce besoin primitif grâce à un petit lopin de terre qui jouxte ma demeure. Hélas, seul ce plaisir accompagna la possession de cet espace de verdure. Pour le reste, rien ne me fut facile pour entretenir ces quelques arpents bien vite abandonnés à leur fantaisie.

Chaque année, c'est le même refrain : tous les travaux de jardinage sont vécus comme une corvée réalisée avec un tel manque de goût, que l'espace s'est progressivement transformé en forêt vierge. On ne peut se refaire et je crains qu'il ne soit trop tard pour découvrir l'art floral et les prouesses potagères.

Depuis quelques jours déjà ma conscience broyait du vert. J'avais constaté lors de mes mictions intimes qu'il était plus que nécessaire de tailler ce qui me tient lieu de pelouse. La hauteur des herbes folles, l'épaisseur du trèfle et de la mousse, la densité des pissenlits laissaient augurer une première coupe d'anthologie ….

Je différai naturellement l'opération en prétextant cette crise de sinusite qui tomba à pic. J'avais beau jeu de repousser l'inéluctable au nom de ma santé. L'argument ne tint que l'espace d'un temps ; il ne pouvait servir tout le printemps. Je m'engageai donc à me mettre en ordre de bataille mercredi dernier. Promis, juré, craché par terre…

Les promesses n'engagent que très rarement les tenants de la procrastination. Bien que les conditions climatiques fussent tout à fait favorables mercredi, je multipliai les prétextes pour repousser à plus tard ce qui s'imposait dans l'instant. Je réussis parfaitement dans mon entreprise de diversion :l'herbe poussa encore…

Cette fois, je ne pouvais y couper, au risque de mettre en danger ma pauvre tondeuse électrique. C'est le dos au mur qu'il me fallait enfin inaugurer cette maudite ronde de la tondeuse qui agrémentera quelques-uns de mes après-midi jusqu'au retour de l'hiver. Les beaux jours n'ont pas que du bon ; il faut bien faire quelques concessions …

Six mois d'inaction avaient repoussé la pauvre machine au plus profond du garage. Il règne en cet endroit un désordre qui atteste que le maître de céans n'est ni bricoleur , ni vraiment ordonné. Le rangement tenant davantage du Mikado que de la gestion rationnelle des espaces, sortir la brouteuse mécanique mettait en péril l'accumulation hétéroclite qui la dissimulait.

Je m'en sortis sans trop de casse. Si quelques éléments chutèrent, ce ne fut pas le tout. La tondeuse sortit indemne de l'aventure. Je pouvais la mettre en ordre de bataille. Je me croyais sorti d'affaire quand, après avoir branché le rouleau électrique, le silence s'imposa. Les pales ne tournaient pas …

Deux hypothèses se présentaient à moi. La tondeuse avait expiré ou bien la rallonge avait rencontré un problème. J'ai honte mais j'espérais secrètement la première solution : celle qui me donnerait une nouveau délai. Il n'en fut rien, c'était une coupure électrique ! Je constatai cette évidence après avoir cherché longuement dans mon capharnaüm magnifique un appareil électrique à brancher.

Il me fallait me satisfaire de la rallonge de secours. Naturellement, celle-ci était copieusement emmêlée, ne disposant pas d'un rouleau pour s'émanciper des nœuds et des boucles. La corvée tournait à la galère, histoire de me motiver pour les fois prochaines. Quand enfin je sortis vainqueur de la pelote électrique, je pus tailler dans le vif ce pré qui eût pu nourrir un âne. Je vous dispense des bourrages, des paniers qu'il fallait sans cesse vider. Tous ces petits plaisirs qui donnent des couleurs à la vie de propriétaire terrien.

De cette première qui en appellera bien d'autres, la seule satisfaction réelle ne fut pas cette pelouse tondue à la perfection, vous devez deviner qu'il n'en est rien du reste. Non, ce n'est pas non plus la perspective de repas champêtres : la désertion des enfants a rendu ces moments de plus en plus rares. Non, la seule perspective d'un billet à écrire donnait un peu de piment à l'aventure. Voilà qui est fait ! Non seulement mon herbe est coupée mais de plus, j'ai rasé quelques-uns de mes lecteurs. Faire d'une pierre à affûter deux coups, voilà du bel ouvrage !

Fourragèrement vôtre

Mon lopin de terre.

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Raton la 11/04/2015 14:54

Je déteste les gazons bien tondus , surtout à la campagne . Les néoruraux viennent y chercher le calme, de plaignent à tout bout de champ (c'est le cas de le dire) si le paysan (mot noble et non péjoratif pour moi ) utilise son tracteur mais se permettent de nous casser les oreilles avec leurs tondeuses toutes plus sophistiquées les unes que les autres .Leur fantasme c'est le terrain de golf et on en voit qui arrosent abondamment pour obtenir ce " green" impeccable, tondu tous les jours , même le dimanche Qu'importent les fleurs sauvages : en ce moment orchidées de toutes sortes et autres merveilles goûtées des abeilles et bourdons : tout est rasé rasibus .
C'est une incongruité que d'avoir un jardin urbain à la campagne et de remplacer toutes les espèces sauvages par des exotiques et domestiquées dans des massifs impeccables .Il ne faut pas oublier que le jardin n'est qu'une imitation du paysage agricole , du savoir-faire ancestral paysan.

C’est Nabum 12/04/2015 07:10

Raton défricheur

Comme vous avez raison

Mais que faire ? L’anarchie d’une nature laissée libre sonnerait la fin de l’ordre bourgeois
Tout le monde au cordeau