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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

De la solidarité …

Un lien qui se relâche.

Voilà un lien solide autrefois qui signifiait l'appartenance à un société porteuse de valeurs communes. L'accord était si puissant que nos amis les révolutionnaires lui préférèrent Fraternité pour exprimer ce sentiment de filiation entre les différents membres de cette immense famille que constituait alors le beau pays de France.

La solidarité était consubstantielle à la chance que conférait l'existence. Celui qui avait réussi faisait charité aux plus humbles, au nom de Dieu ou d'une certaine conception du vivre ensemble. D'autres, avec moins de moyens, ne se posaient même pas la question : ils partageaient car tel devait être le comportement des humains.

C'était un temps d'avant la révolution libérale et les bouleversements qu'elle a induits dans les mentalités. La solidarité s'est dissoute, faisant place à la solitude de l'individu confronté à la redoutable rivalité du marché, à la concurrence de tous contre tous. L'autre est devenu, quel qu'il soit, un rival, un concurrent, un adversaire, un ennemi.

Aider son prochain, c'est nourrir le serpent qui, un jour, risque de vous piquer. Les pauvres sont devenus une menace tout comme le sort s'est transformé, non en injustice de la destinée mais en juste résultante du manque de mérite. Partant de cet incroyable postulat venant des zuniens- les pires monstres qui soient sur cette planète- le miséreux est responsable de son sort. Lui apporter de l'aide serait alors l'encourager dans cette mauvaise voie, entretenir son manque de pugnacité.

La solidarité devient, par là même, collaboration et hérésie. Collaboration qui entretient l'absence d'initiative de ceux qui sont en difficulté : hérésie, car allant à l'encontre du catéchisme libéral de la libre entreprise et de ses récompenses. L'argent n'est plus une monnaie d'échange mais un marqueur social qu'il convient de ne pas galvauder.

Le redistribuer plus équitablement c'est faire le jeu de la paresse, de l'assistanat, du refus de l'effort. Le riche doit au contraire accroître sans limite sa fortune pour montrer sa réussite, tout en s'efforçant de dissimuler celle-ci à l'appétit démesuré du trésor public. La fraude, l'évasion des capitaux, le mensonge fiscal ne sont plus des délits mais bien des actes nécessaires au redressement national.

La misère, dans une logique démoniaque, devient elle-même délit. Il faut l'interdire, l'écarter de nos villes et de nos cités. Les pauvres sont hors-la-loi de l'inique société du profit. Il faut les éliminer physiquement afin de n'avoir aucun scrupule à jouir sans entrave d'un niveau de vie qui ne cesse de croître pour une infime minorité de salopards à la bonne conscience.

La solidarité pour eux, c'est un non-sens absolu . Leur prospérité, ils l'ont largement méritée ; libre aux autres de faire comme eux. Et la morale chrétienne dans tout cela ? Elle a été balayée par leur conversion au Dieu Argent. Une divinité ne peut s'abaisser à se disperser. Il convient de lui élever des temples dans des paradis fiscaux, des coffres honteux, des combines obscènes pour milliardaires véreux.

Nous vivons ce terrible renversement des valeurs qui justifie le recul de toutes les solidarités. Refuser qu'une part du festin revienne à ceux qui sont restés sur le bord du chemin, c'est considérer qu'il n'y a plus de chemin commun, de maison commune. Le pays se construit désormais sur une succession de strates imperméables, de cloisons infranchissables. L'Apartheid est en marche : il se met en place par l'éviction des victimes de la pauvreté, du travail, de l'école, de la médecine, de la citoyenneté.

En relayant le discours des odieux riches, en faisant leur la théorie du mérite, les classes moyennes sont en train de sceller leur sort. Après les étrangers, les pauvres, les malades, les vieux, les handicapés, quelle sera la prochaine catégorie à être vilipendée, reniée, radiée de la cité ? À ne pas se méfier du danger du discours des Gattaz et consorts, à laisser dire n'importe quoi par des économistes inhumains, nous sombrons dans un état annonciateur de guerre civile. Seule la Solidarité permet de vivre en bonne intelligence, en harmonie et en paix. Le discours de la droite libérale, repris par un parti Socialiste félon, nous conduit dans les abysses d'une Europe devenue une affreuse dictature capitaliste du mépris et de l'égoïsme.

Solidairement vôtre.

De la solidarité …

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