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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Petit précis d'intolérance à l'usage de tout un chacun

La Ballade nord-irlandaise

Vous n'êtes pas sans savoir que la chanson de Renaud Séchan : la Ballade nord-irlandaise, fait partie de celles qui sont le plus souvent reprises dans les chorales de France et de Navarre. Que ce soit dans les écoles ou bien dans les groupes amateurs, chacun prend plaisir à entonner ce magnifique hymne à la paix. Hélas, il y a toujours quelques distorsions entre les louables intentions et la triste réalité d'une société sensible sur bien des points.

Petit précis d'intolérance à l'usage de tout un chacun

 

De-ci, de-là, il est de notoriété publique qu'un couplet disparaît, subit les coups de ciseaux de la censure ; la bien-pensance faisant fi du caractère sacré de la création artistique. Choisir c'est respecter dans l'intégralité ce qu'a voulu exprimer l'auteur et non pas pratiquer une sélection conforme aux caprices de son auditoire.

 

 

Puisque cette position de principe ne semble pas être générale, j'invite les intolérants de tous poils, de toutes confessions, de toutes sensibilités à suivre ce petit précis de l'intolérance afin d'être en mesure de couper, de tailler, d'éliminer tout ce qui peut porter à controverses, discussions malsaines, polémiques pénibles dans le brûlot d'un personnage peu recommandable.

 

Chacun sera ainsi plus à même de pratiquer sans honte l'ignoble geste de la censure en prétendant se référer à un tiers : une recommandation venant d'internet. Se laver les mains étant en la matière la plus sûre manière de ne pas sentir les remugles de l'infâme pratique qui, à n'en point douter, a encore de beaux jours devant elle.

 

Examinons chaque couplet sous le regard aiguisé de celui qui cherche la petite bête. Je pense qu'il y a matière à déclencher les foudres des groupes de pression, à blesser des minorités et des personnes sensibles à des sujets précis. Nous devons veiller désormais à respecter le consensus : ce merveilleux concept qui ne laisse place qu'à la médiocrité si appréciée de la variété. Le succès toujours plus important des chansons anglo-saxonnes se nourrit de l'incompréhension presque générale qu'elles suscitent dans le bon peuple

 

Le premier n'échappe pas aux bonnes raisons de l'évincer. Les amis des arbres fruitiers ont souvent émis des réserves sur la confusion entre le fruit « la grenade » et cette impitoyable arme de guerre. Les biologistes se plaignent, quant à eux, du fait qu'il paraît absurde de vouloir obtenir des grenades sur un oranger et que cette chanson trouble des jeunes esprits en pleine découverte des sciences de la nature. Soyons donc sans pitié pour ce quatrain douteux et si imprécis.

 

Le deuxième semble le moins critiquable de tous. Il faut pourtant entendre les griefs de l'association des victimes du mal de mer qui reproche le choix peu judicieux du bateau pour se rendre à Derry. D'autres, au nom de la morale, aimeraient obtenir des précisions sur la nature exactes de la relation entre le parolier et sa bien-aimée. Un voyage, dans la promiscuité d'un voilier en-dehors des liens sacrés du mariage, ne peut être promu au rang d'exemple pour les plus jeunes. Malgré son aspect consensuel, ce passage devra être retiré.

 

Le troisième couplet tombe impitoyablement sous les coupes de la loi Évin. Prétendre dans une chanson faire l'apologie de la consommation de bière devrait justifier l'interdiction définitive de cette chanson. Il n'est malheureusement aucun recours possible contre cette dramatique erreur du créateur. D'autant que des personnes bien informées feront des gorges chaudes des difficultés de ce monsieur avec l'alcool. Il convient donc de s'abstenir de cet extrait délictueux.

 

Le couplet suivant est naturellement celui qui est le plus souvent amputé dans les écoles confessionnelles : ce qui peut se concevoir, mais aussi dans des écoles publiques, au nom d'une conception absurde de la laïcité. Non seulement nous comprenons cette démarche qui efface ce qui tombe sous le coup du blasphème,mais nous serions en droit d'exiger des excuses publiques et un acte de repentance de la part de ce triste mécréant. Nous espérons tous que Dieu, dans sa très grande miséricorde, lui pardonnera ce que nous ne saurions tolérer dans cette vallée de larmes. Ce passage se trouve lui aussi placé à l'index !

 

Le dernier quatrain pourrait ainsi constituer un ensemble acceptable, susceptible de satisfaire tout un chacun. C'est sans compter sur la requête des diabétiques qui souhaitent que toute incitation à la consommation de produits sucrés soit désormais prohibée. Nous sommes ici au cœur d'un véritable problème de santé publique et nous devons entendre leurs plaintes. C'est sans plaisir mais avec le sentiment d'œuvrer pour le bien de tous, que nous demandons le retrait de ce dernier passage.

 

Il ne vous reste plus qu'à fredonner ce magnifique air qui se passe, reconnaissez-le, de paroles, toutes sujettes à caution. Ainsi, vous ne choquerez personne et vous passerez une merveilleuse soirée consensuelle. Ne me remerciez pas, j'ai agi dans le souci louable d'apporter mon aide à tous les chafouins, les atrabilaires et les ronchons qui ne manquent pas dans notre bel hexagone, jadis traîné dans la boue par le sieur Renaud. Voilà une belle et douce vengeance que chacun appréciera à sa juste valeur.

 

Sus aux contestataires, aux libres penseurs, aux agnostiques et à tous ces prétendus artistes qui veulent se démarquer de toutes les conventions qui ont jadis fait la grandeur d'une France Une et Indivisible. Notre pays dispose de tant de belles régions qu'il est parfaitement inutile d'inciter notre jeunesse à partir se promener à l'étranger, fût-ce en Irlande du Nord !

 

Intolérablement sien.

 

Pièce à charge.

 

J'ai voulu planter un oranger
Là où la chanson n'en verra jamais
Là où les arbres n'ont jamais donné
Que des grenades dégoupillées

Jusqu'à Derry ma bien aimée
Sur mon bateau j'ai navigué
J'ai dit aux hommes qui se battaient
Je viens planter un oranger

Buvons un verre, allons pêcher
Pas une guerre ne pourra durer
Lorsque la bière et l'amitié
Et la musique nous feront chanter

Tuez vos dieux à tout jamais
Sous aucune croix l'amour ne se plaît
Ce sont les hommes pas les curés
Qui font pousser les orangers

Je voulais planter un oranger
Là où la chanson n'en verra jamais
Il a fleuri et il a donné
Les fruits sucrés de la liberté

 

Renaud Séchan

Contrevenant notoire.

Petit précis d'intolérance à l'usage de tout un chacun

Quoique vous fassiez, la Sacem fondra sur vous !

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L. Hatem 13/06/2015 10:02

Comme AJE, je ne connaissais pas cette chanson... maintenant je l'adore... merci !

C'est Nabum 13/06/2015 13:27

L Hatem

J'ai donc failli à ma mission

kakashi 12/06/2015 01:17

""les plus misérables résignés au désespoir social grâce à de merveilleuses lois sociétales" : Et encore, faut-il qu'ils appartiennent à des minorités "lobbyisées" ... Sinon ...

kakashi 12/06/2015 01:03

La liberté d'expression se rapetisse au fur et à mesure que l'Islam se durcie, que le libéralisme s'élargie, que le nationalisme s'accroît.
La France décline, implose, sa langue avec. Bien que les sémantiques de son langage soient oubliées, remaniées, détournées en faveur d'un autoritarisme médiatique, il est un mot au dessus des autres que l'on a pulvérisé au fil des années: C'est la notion de "Sacré."
Ce vocable renvoie à des valeurs beaucoup trop spirituelles, voire liberticides pour les néo-fachos libéraux, qui ne jurent et fortifient les lois, les règlements, les traités, les droits de l'homme, que pour asseoir leur autorité matérialiste. D'ailleurs, pour revenir à ce dernier point, combien d'âmes fanatiques et perfides se dissimulent derrière les droits de l'homme ? Bien qu'ils eussent la nécessaire vocation de rassembler au commencement, j'ai l'impression qu'à ce jour, dans une certaine mesure partiale, ils desservent l'intérêt général.
Admettons que mon instinct flaire juste : Peut-on se considérer en démocratie quand les droits de l'homme remplacent la liberté d'expression par la liberté de s'aliéner ?
La seule finalité est de faire du peuple un brave consommateur dénué de tout sens critique, bien divisé, bien prompt à travailler, les plus misérables résignés au désespoir social grâce à de merveilleuse lois sociétales.

C'est Nabum 12/06/2015 06:23

Kakashi

Non seulement je souscris mais j'approuve et j'applaudis.
et j'ai le sentiment qu 'on observe ce naufrage sans réagir ou parfois en nous sabordant collectivement

Laure 11/06/2015 14:04

La ballade d'Anastasie nord-irlandaise se fredonne maintenant bouche fermée comme la plupart des chansons à qui l'on pourrait faire un sort .
Ma petite-fille justement chante une chanson très subversive que l'on devrait censurer , absolument scandaleuse : "Au clair de la lune , trois petits lapins " Je n'ose continuer ..c'est effrayant !

C'est Nabum 11/06/2015 14:47

Laure

Effectivement comment peut-on évoquer ainsi la Lune que montrent ostentatoirement ces lapins libidineux ... ? Il est grand temps d'une Révolution morale dans ce pays

ALEA JACTA EST 11/06/2015 09:22

Du Renaud expurgé version " light" c' est comme une coupe de champagne sans bulles pétillantes....
Pourtant dans les années soixante Bernard Clavel avait été bien clair: " Peu importe qu' une oeuvre soit censurée d' un seul mot, d' une seule phrase, c' est le principe même de la censure qui est abominable...."

https://www.youtube.com/watch?v=pW_WbwoMsZ4

En l' occurrence la censure est d' autant plus surprenante que le texte de Renaud est suffisemment habile et consensuel pour ne choquer personne de manière frontale.mais peut-être qu' au XXI ème siècle la censure opère différemment avec des mots politiquement incorrects, bannis et tabous, quelque soit le sens général de l' oeuvre...un espèce de censure informatisée avec un logiciel mental qui ferait disparaître des mots-clés, éliminerait les moindres aspérités et aseptiserait le langage.
Bonne fin de journée et merci pour cette belle ballade nord-irlandaise que je ne connaissais pas

C'est Nabum 11/06/2015 09:33

Alea Jacta Est

Pourtant ce que j'évoque ici n'est pas fantaisiste. Dans bien des écoles un couplet est retiré pour ne pas choquer. C'est une agression vis à vis du créateur.Je pense exactement comme monsieur Clavel

Merci