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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Chaud devant !

Ça fait froid dans le dos …

Canicule ! Le mot évoque invariablement des souvenirs de cet été torride où les personnes âgées, les malades et les oubliés sont tombés comme des mouches. Les autres cherchaient vainement le sommeil dans des maisons surchauffées. La nuit n'apportait pas le moindre répit qui eût permis de trouver un peu de paix.

Canicule ; ce mot pointe les insuffisances d'une société qui avait oublié le sens de la solidarité, de l'empathie pour ce voisin qu'on ne voit jamais, à qui l'on cause si rarement qu'on se demande s'il est encore en vie. Quand on le découvre, il est trop tard : la chaleur l'a emporté dans l'indifférence générale.

Canicule, le drame pour les hospices, les maisons de retraite bon marché, les espaces de relégation de nos anciens qui n'ont pas eu le bonheur de jouir d'une retraite confortable. La climatisation coûte trop cher, le personnel est débordé, les vacances n'arrangent rien, la formation fait défaut et la prise de conscience n'était pas au rendez-vous.

Canicule, le désespoir pour quelques lanceurs d'alerte dont les appels restaient sans écho chez ceux qui étaient au pouvoir. Les informations, en effet, ont bien du mal à arriver au sommet quand elles viennent de la base. Il faut qu'elles transitent par les hauts fonctionnaires pour être entendues enfin dans ce pays jacobin et hautain.

Canicule, le mot qui fait paradoxalement froid dans le dos dans nos grandes villes désertées par ceux qui ont les moyens d'aller en vacances. C'est la fournaise dans les vieux immeubles, dans les grands ensembles, les maisons mal isolées. Les pauvres ne sont pas au bord de la mer ou en montagne : ils cuisent à petit feu sans possibilité de prendre un peu l'air.

Canicule, le mot qui effraie et qui glace le sang à l'évocation des 15 000 morts : la faute à toutes nos imprévoyances, nos lâchetés, nos faiblesses collectives et individuelles. Des morts qui n'ont eu droit à aucune minute de silence nationale. Ils n'étaient pas tombés sous les coups des terroristes mais bien de l'indigence d'une société où règne l'individualisme.

Canicule, le signal le plus tangible d'une marmite qui bouillonne, d'une Terre qui n'en finit pas de subir nos folies, nos fantaisies absurdes et criminelles. La Planète se réchauffe, le drame est inexorable et personne ne veut changer son rythme de vie, son petit confort et ses désirs délirants. L'effet de serre, la fonte des glaces, l'augmentation du niveau des mers, le dérèglement climatique … toutes ces fadaises qui font rire les grands pollueurs et les grandes nations.

Canicule, les chiens aboient et rien ne change vraiment. Les Grands de ce monde furieux ne feront rien ou si peu. La machine est lancée à plein régime pour nous fracasser dans le mur de nos égoïsmes. La cupidité de quelques-uns, l'incompétence des décideurs, leur inféodation à ceux qui brûlent la chandelle par les deux bouts nous promettent de nouvelles catastrophes.

Mais tout va bien. La Canicule c'est qu'un mauvais moment à passer quand les climatisations tournent à plein régime, quand le froid artificiel provoque, lui aussi, des gaz à effet de serre. Gardons notre sang-froid, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Le phénomène passera ; la mémoire effacera une fois encore le souvenir d'un épisode douloureux.

Nous vivons dans un monde sans mémoire, sans futur, sans respect, sans éthique. Seul le Dieu argent gouverne les esprits qui s'échauffent. Il n'est surtout pas venu le temps de changer de paradigme, d'imaginer un système qui cesse de rechercher la croissance comme le seul moyen de faire tourner le manège. Qu'importe si cela nous conduit au drame ! Les bénéfices pour quelques-uns, les difficultés pour tous les autres.

Heureusement, la catastrophe finale ne fera pas le tri. Elle sera pour tout le monde sans distinction aucune. Canicule ou pas, le ciel finira par nous tomber sur la tête. L'été sera chaud et les suivants plus encore. Mais en attendant, « tout va très bien madame la Marquise » ! ….

Caniculairement vôtre.

Chaud devant !

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