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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Trafic

Ils sont fous ces urbains

Trafic

Comme tout bon provincial qui doit se rendre en région parisienne, se retrouver dans le flux routier de cette araignée furieuse est un calvaire et une énigme. Comment font-ils ces habitants d’Ile de France pour supporter pareille chose à longueur d'année ? Ne sont-ils donc pas faits comme nous autres pour vivre heureux dans un tel univers irrespirable ?

 

Bien sûr, l'inaccoutumance accentue certainement l'effet désastreux d'une telle aventure. Les voitures qui vont et viennent en tous sens, changent de direction, forcent le passage d'un clignotant valant obligation, les deux roues qui slaloment tout en jouant du klaxon, se prenant pour les rois du bitume sous le fallacieux prétexte de leur faible encombrement, les véhicules d'urgence qui, toutes sirènes hurlantes, foncent sans se soucier d'avoir été vus …

 

Tout cela ne serait rien si l'oppression n'était la règle : le sentiment d'être dans un étau, un piège infernal duquel il semble impossible de sortir. C'est irrespirable au propre comme au figuré et les tunnels qui se succèdent et souvent n'en finissent pas de creuser leur cortège de claustrophobie, aggravent plus encore le malaise et la souffrance physique.

 

La traversée de Paris, ce n'est décidément plus du cinéma. C'est une longue souffrance, une angoisse sourde et un malaise profond. Je me tais, je serre les fesses, je me force à ne rien dire à mon chauffeur. J'ai peur à chaque instant du comportement des autres, de l'inexpérience de mon voisin, de l'imprévisible et pourtant si probable, dans ce monde de fous.

 

C'est un miracle permanent qu'il ne se passe pas plus de carambolages. Les plus pressés que les autres vont d'une file à l'autre, zigzaguent, foncent sans prudence. Leurs véhicules puissants leur donnent sans doute le droit de couper la route des plus lents, de forcer le passage sans ménagement. Qu'ils aillent au diable mais surtout qu'ils le fassent seuls sans entraîner avec eux des braves gens qui ne demandaient rien !

 

Les indications se succèdent, les changements de direction s'imposent. Il faut être en éveil, aux aguets, tandis que les franciliens vont leur train, certains de leur chemin et si peu soucieux de prendre en considération les hésitations des péquenauds. C'est la loi de la jungle, la loi du plus fort, du plus fou, du plus certain de son fait. C'est un univers déshumanisé dont il nous faut nous extirper au plus vite.

 

Mais comment font-ils pour supporter cela ? Je m'interroge, histoire sans doute d'atténuer l'oppression qui m'étreint. Chaque jour, se lancer dans cette ronde diabolique est déraison. Et encore avons-nous évité le blocage absurde, le terrible bouchon ou plus rien ne se passe, où l'homme dans sa voiture est devenu l'otage d'une ville démesurée. Qu'ont-ils fait, ces êtres humains-là pour mériter pareille souffrance à moins que ce ne soit punition divine ?

 

Nous réussissons à sortir de la masse ; la multitude est désormais derrière nous. Je retrouve un peu de calme ; la route n'est plus cet espace de souffrance où je manque d'air. Nous avons quitté cette farandole délirante des automobiles franciliennes. Ceux que nous croisons en face vont se jeter dans la gueule du loup. Je les plains avant de me réjouir bien vite de fuir ce monde qui ne demande qu'à exploser.

 

Durant plus d'une heure, j'étais cloué sur mon fauteuil de passager. Incapable d'écrire, les images se télescopaient dans mon cerveau embrumé. Je peux enfin prendre mon clavier, pianoter comme d'habitude maintenant que la route défile sans contrainte. Je déverse ainsi les tourments qui m'ont envahi, les angoisses et l'incompréhension qui furent miennes durant cette plongée dans les turpitudes d'une société qui roule à sa perte.

 

Toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus nombreux au même endroit. Délire absurde et suicide collectif, la ville tentaculaire dévore ses habitants, la voiture souveraine asservit ses servants. Que la Beauce me semble jolie ! Nous avons laissé cet univers carcéral loin de nous ; bientôt nous retrouverons notre Loire, la douceur de vivre de notre province.

 

Pécorement leur.

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