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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Bain de foule

MBH 6

Impressions contrastées.

Comme tout bon touriste qui se respecte, j'ai souhaité me rendre dans l'un de ces sites que l'on qualifie d'incontournables, pensant être plus malin que le commun des mortels en choisissant un espace que l'on m'avait dit à l'abri de la grande foule de mes semblables. Se croire plus avisé que les autres est une marque d'originalité qui tourne souvent à sa plus grande confusion : je n'ai pas fait exception à la règle …

Touriste, certes, mais citoyen responsable, c'est en train que je comptais me rendre en cet endroit. L'aventure ne semblait pas extraordinaire : 86 kilomètres séparant la capitale de ce petit village, supposé tranquille au bord du lac le plus grand d'Europe. Le voyageur est la cible privilégiée des mystères de la politique des transports, qu'importe le pays : horaires illisibles pour celui qui ne maîtrise pas la langue, exceptions multiples, usages inconnus ; il est certain de se perdre dans les méandres d'un système qui lui est totalement étranger.

Passons sur les erreurs de quai, les annonces totalement incompréhensibles, les encombrements dus aux bagages dans des voitures de moins en moins adaptées à cet usage ; chacun a déjà eu affaire à ces petits tracas qui font le charme des vacances itinérantes par le truchement du chemin de fer. Je finis cependant par m'étrangler d'exaspération en cumulant le temps de trajet prévu et les nombreux retards en cours de rail, en constatant que pour 86 kilomètres, il fallut 3 heures 30 de train. J'aurais mieux fait d'opter pour la bicyclette !

Mais la plus mauvaise surprise fut la foule dense et éminemment vacancière qui se trouvait dans ce qui devait être un village paisible. Non seulement ce n'était qu'une banale station balnéaire, semblable à toutes ses consœurs avec ses chalets à gogos, ses vendeurs de produits fabriqués en Chine, ses odeurs si caractéristiques, mais, cerise sur le fardeau : il y avait un festival durant les trois jours que je devais passer dans l'endroit. Le comble du bonheur pour le misanthrope caractériel !

Après avoir fait un bref état des lieux, un tour pour constater que de village il n'y avait point mais seulement des boutiques et des bars et, ce qui pouvait me consoler, de nombreux stands de dégustation des vins locaux - impénitent gourmet, j'avais choisi la grande zone de production vinicole locale ; on ne se refait pas- je ne pouvais que déplorer l'absence de possibilités d'échappatoire en-dehors de ce train dont j'avais mesuré l'efficacité. J'étais pris au piège !

Coincé entre deux podiums, un écran géant, une allée de tavernes hétéroclites et des chalets de vignerons, le séjour ne serait pas de tout repos. Comme mon logement était situé à moins de cent mètres du cœur névralgique de la foire, je ne pouvais que redouter mes nuits à venir. Voilà ce qui pend au nez de celui qui se pense plus malin que les autres …

Faire contre mauvaise fortune bon cœur ; si la recette est éculée, elle n'en demeure pas moins toujours aussi efficace pourvu que les circonstances se mettent du bon côté. C'est ce qui survint le premier soir en dépit de toutes les craintes que je pouvais avoir. Nous sommes tous porteurs de préjugés ; je n'échappe pas à la règle et j'avais imaginé le pire alors que j'allais découvrir le meilleur.

Tout d'abord un vin merveilleux : un nez profond, des senteurs de sous-bois, une robe mordorée, une bouche longue constituée de nombreuses nuances minérales : un blanc sec comme ceux que je peux aimer en bord de Loire, originaire d'un flanc de colline exposée au sud, face au lac. Les vignes étaient juste plantées à l'arrière de mon refuge et ce vin portait un nom capable de calmer toutes les colères les plus violentes : « Zeus ».

Fut-ce l'effet du vin que je dégustais avec l'extrême modération qui me caractérise ou bien l'ambiance de l'endroit ? je poussai plus avant la curiosité en m'approchant de la grande scène où se trémoussaient une quinzaine de danseurs et danseuses en tenue traditionnelle pour accompagner trois chanteurs : deux hommes et une femme qui, au début, interprétaient dans leur langue natale des airs qu'on pourrait assimiler à de l'opérette puisant son inspiration chez Offenbach.

Les danseurs virevoltaient, les chanteurs jouaient de trémolos et la foule reprenait en chœur les airs. Puis les costumes changèrent de tableau en tableau ; le répertoire remontait le temps, le style se faisait plus moderne, les danses toujours aussi aériennes et les spectateurs encore plus enthousiastes. Chaque chanson était entonnée par le public qui en connaissait toutes les paroles. C'était véritablement incroyable d'entendre ainsi un peuple qui maîtrise son répertoire traditionnel : une situation impossible dans notre France, totalement acculturée à ce niveau.

Autre surprise, les générations se mêlaient harmonieusement : jeunes, adolescents, trentenaires, familles, seniors, tous avec cette envie de chanter à l'unisson. Il y avait de la ferveur et un bonheur évident, une fierté également à se retrouver autour d'un répertoire qui avait sans doute constitué l'héritage culturel de cette nation. J'étais émerveillé d'une telle communion, admiratif et quelque peu jaloux que cela ne puisse arriver dans ma douce France.

Deux heures durant, ils ont chanté, connaissant toutes les paroles et le spectacle se termina dans une apothéose où la foule prit, seule, le relais des chanteurs. La troupe salua le public et voici qu'à notre grande surprise, sans plus attendre apparut, venu de nulle part, un vieux monsieur portant un pantalon bien trop court- sorte de salopette incertaine dévoilant quelques rondeurs- un lance-pierre en guise de pendentif, un béret enfoncé sur la tête, tout cela accompagné d'un sourire coquin pour camper un personnage égaré en ce lieu. Il était accompagné d'un guitariste qui semblait sortir du boulot, colosse débonnaire en bermuda et chemise à carreaux. Je ne donnais pas cher de leur prestation après ce qui venait de se passer …

Et la magie opéra, le petit homme avait une voix incroyable : il se promenait littéralement sur des airs aux rythmes swingants. Chaque chanson était reprise par un public, cette fois hilare, tant le décalage entre le chanteur, son accoutrement, ses mimiques et ce qu'il produisait était sidérant. Une fois encore, deux heures durant, les gens amassés devant la scène chantaient sans souci d'âge ou bien de condition. Un bonheur merveilleux ! Que c'est beau un peuple qui chante !

Enchantement leur.

Bain de foule

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mobal 30/08/2015 10:27

curieux mais je ressens les mêmes conclusions ...Je reviens d'un séjour en Bulgarie . J'ai été frappé par l'accueil musical reçu dans le plus petit village .Les instruments :accordéon le plus souvent et cornemuse une fois . Couple mixte au chant avec cette voix suraigüe des femmes ... Et aussi cette faculté à chanter tous ensemble et danser pareillement , de 7 à 77 ans . Dommage que cela n'existe pas chez nous , le ttout agrémenté d'un alcool de prune familial . De grands moments qui font oublier un niveau de vie des années 50 .

C'est Nabum 30/08/2015 10:42

Mobal

Pour assurer la domination d'un système économique qui broie l'individu, la société a crée volontairement des clans, des groupes, des tribus dans des domaines aussi variés que la mode, l'alimentation, la musique, le cinéma.

À partir du moment où entre générations ou entre clan, nous n'avons plus aucun point commun, nous sommes devenus parfaitement incapables de nous fédérer pour agir contre ce rouleau compresseur idéologique