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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Couper les ponts !

Le pot de fer contre le pot à terre.

David se pensait à l'abri de la fâcherie, il croyait, le naïf, s'être concilié les faveurs du grand Goliath. La brouille s'est faite querelle, celle-ci est devenue guerre insidieuse, bataille navale sans espoir. Il faut se faire à l'évidence, les ponts ont été coupés : le passage ne peut plus se faire. Tout un pan de territoire lui est désormais interdit ; il est devenu le mauvais objet, celui qui n'a plus sa place, qui ne sert désormais plus à rien à ceux qui mène le bal.

Les ponts coupés, David restera sur la mauvaise rive, celle de l'indifférence et du silence, de l'oubli et du rejet. Tous ceux qui comptent lui tournent le dos ; ils ont pris fait et cause pour le maître des lieux. Il ne fait pas bon s'opposer aux puissants ; David le paie souvent au prix fort, celui de la mise à l'écart, de la mise au rencart. Il lui faut accepter sa sentence, rien ne renversera le cours des choses.

David ne peut rien contre Goliath. Ses pauvres mots confidentiels sonnent creux, se perdent dans le désert qu'on lui octroie. La couverture médiatique est tirée, elle ne sera jamais pour le petit. Les grands sont des aigrefins, ils aiment à se serrer des coudes quand il s'agit de bâillonner un trouble-fête, une mauvaise tête, un esprit libre. Les barons soutiennent les barons ; Goliath ne peut être que de ceux-là.

Goliath en impose, il dispose de toutes les armes. On se prosterne devant sa grandeur, on lui fait la Une, lui servant la soupe à tout propos. Il tire les ficelles ! Montreur de pantins, il se fait marionnette lui-même pour amuser la galerie. Pourtant, il est à l'origine de tout ce qui se trame, son rôle de Polichinelle n'est qu'illusion, il est Machiavel derrière son sourire narquois.

David a perdu la face. Sa colère le dessert, ses soubresauts l'enfoncent plus encore. Il n'est rien qui puisse leur accorder crédit. David a forcément tort puisqu'il ne peut que dénoncer tandis que son adversaire dispose de tout l'espace pour chanter ses louanges, narrer sa saga, raconter sa bonne fortune. Du passé Goliath a fait table rase, David n'a jamais été, le fait est avéré.

David devrait se taire, ce serait la meilleure des ripostes. Elle ne permet en rien de se faire entendre ; elle conserve simplement le peu de dignité que le puissant lui a accordée. La sagesse l'imposerait mais comment être sage quand tout est perdu y compris l'honneur ? À la trahison, à la forfaiture, Goliath ajoute l'humiliation et la négation de l'autre. Décidément le combat tourne au massacre.

Le pot de terre s'est brisé depuis longtemps. Il a implosé sous les coups de poignards assénés dans le dos, les manœuvres contre lesquelles il est totalement impuissant, les manigances des complices nombreux, des valets et des sujets du maître de cérémonie. Goliath n'a pas besoin de porter le coup de grâce : ses inféodés s'en chargent avec délectation.

David est inconscient il s'est aventuré à vouloir croiser le fer avec celui qui dirige tous les médias. La bataille le détruira. Il n'a aucune chance de se faire entendre. Les armes ne sont jamais égales, les mots sonnent creux quand ils ne disposent d'aucune caisse de résonance alors que, face à lui, se dresse un déferlement médiatique.

Les ponts sont coupés, la rive s'éloigne, le rêve est brisé. Goliath est tout à sa victoire : celle de la force injuste de la position dominante. David n'était pas de taille, il n'était rien avant d'amuser quelque temps Goliath, il n'est plus rien maintenant. Goliath le lui fait sentir avec une impitoyable cruauté. Il dispose de tant de complices pour porter contre David encore quelques coups jusqu'à bientôt, le réduire en poussière.

Petit grain de sable, ridicule poussière qui se noie dans la rivière, David se meurt. Goliath est le maître des flots, il parade en son bassin. Il a nié ce pauvre David, l'a totalement détruit parce qu'il risquait de lui faire ombrage. Il lui faut toute la lumière, il a besoin de toute la place. Il étend son domaine, petit à petit, inexorablement, il lui faut régner sur tous ses sujets. La fête approche, elle sera uniquement sienne. Goliath la vivra sur son trône et David ruminera une fois encore dans son coin. L'histoire n'est qu'un éternel recommencement.

Inégalement sien.

Couper les ponts !

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Laure 21/08/2015 18:13

Mieux vaut couper les ponts que brûler ses vaisseaux . David n'est pas sans ressource :il a encore une infinité de flèches acérées et son arc n'est pas brisé .Les colosses ont souvent des pieds d'argile ; ils ne s'en aperçoivent pas , tellement éloignés du sol, tellement au-dessus des contingences des infiniment petits. L'érosion patiemment attaquera les piliers si fragiles et le gigantesque mordra la poussière.

Patricia VERON 23/08/2015 23:31

Oui Laure.... ce que vous écrivez est tellement vrai et la prose de Nabum riche de vérité....!

C'est Nabum 23/08/2015 07:55

Laure

Et si je devais en passer par les deux ?

Mordre la poussière, je ne lui souhaite pas même s'il prend un pervers plaisir à noyer ceux qu'il a utilisé sans vergogne ...