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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

France, ta langue fout le camp !

Les conséquences en seront dramatiques.

Un concert éducatif, des adolescents qui ont passé quelques jours dans un séjour thématique autour de la musique rock, offrent le fruit de leur travail aux spectateurs curieux ou occasionnels. Nous restons, intéressés et attentifs à déceler les futurs talents, les tendances de demain, les tics d'une génération qui monte.

La guitare électrique crache ses décibels : il n'y a rien de nouveau sous les projecteurs. La batterie frappe le tempo, le tour de force s'impose à la nuance ; c'est sans doute la jeunesse qui exige cette débauche d'énergie. Nos jeunes artistes sont les copies conformes des modèles qu'ils ont sous les yeux. Mêmes postures, même dégaine, mêmes déplacements. C'est amusant ; il n'y a rien à redire à cette affiliation légitime.

C'est du côté des chansons que mon âme d'amoureux de notre langue s'afflige et finit par souffrir. Pas un seul texte en français : il n'y a que de l'anglais, à peine audible, parfaitement incompréhensible. La langue n'est ici que prétexte à borborygmes. Là encore, nos artistes ne sont guère différents de leurs aînés.

Pourtant, je perçois une fois encore les prémices d'une décadence nationale. La langue française est passée de mode, de saison, d'expression. Elle se meurt tranquillement, envahie de termes anglophones, rejetée par les élites et les créateurs, méprisée par les masses qui se vautrent dans la collaboration linguistique. Derrière cette trahison, l'adhésion plus ou moins implicite à une forme de pensée qui relève d'une dictature démoniaque.

Les indices sont nombreux de la débâcle prochaine. Les enseignes, les noms des magasins ou des entreprises, les journaux, les propos de nos si merveilleux animateurs à l'intelligence bien moins étincelante que leur sourire inexpressif, tout cela est le plus souvent dans cette langue invasive qui repousse notre français au rang de patois ringard et bientôt obsolète.

Qu'importe les lois, les préconisations du comité de francisation des mots, l'anglais écrase tout sur son passage avec l'approbation d'un peuple qui n'a plus de culture, plus aucune fierté. On se gargarise d'anglicismes, on se donne de la valeur en usant de tournures qui pourraient très bien être dites dans notre langue. C'est un snobisme macabre qui portera la responsabilité de la prochaine agonie de notre particularisme culturel.

Tout doit être dit et compris selon cette dictature libérale. Cinéma, chanson, commerce, sport, culture, l'anglais s'insinue, chasse les formes archaïques et exotiques pour laisser place à une pensée unique, inique, sordide et cupide. Observez attentivement les prétentieux qui cèdent à l'usage systématique de l'anglicisme, ils sont creux, n'ont d'autre but que l'enrichissement et la médiocrité.

Défendre notre langue est peut-être un combat d'arrière-garde. J'entends pourtant le mener jusqu'à mon dernier souffle, jusqu'à mon dernier mot. Il sera en français : vous pouvez en être certains et j'octroierai mes railleries et mon mépris à ceux qui tombent dans cette trahison honteuse. Ils se sont vendus à une conception de la société dont ils n'ont même pas conscience. C'est d'ailleurs ce qui leur manque le plus ; la conscience est une exigence morale qui échappe totalement à leur potentiel.

La langue française est notre bien le plus précieux. Elle nous permet d'appréhender le monde autrement. Elle est encore un élément d'une diversité culturelle qui a une nécessité. Chaque langue est indispensable à la variété des sensibilités. L'uniformisation recherchée par les tenants d'une langue universelle et anglaise n'est pas neutre. C'est un outil de domination économique et un merveilleux moyen d'asservissement des consciences.

De grâce, prenez vous aussi les armes ! Boutez de votre bouche ces chevaux de Troie que sont ces termes venus d'ailleurs. Il se dit souvent qu'ils sont plus courts, plus rapides, plus efficaces. Quel joli discours économique ! Il ne rend jamais compte de la richesse d'une langue qui n'a pas à se satisfaire de la réduction permanente de son lexique. La variété, la complexité, la nuance, la précision sont sans doute des exigences passées de mode. Notre langue les maintient tandis que le créole réducteur qu'on veut nous imposer est au service d'une pensée réductrice ! Les valets parlent et pensent en anglais désormais.

Francophonement vôtre.

France, ta langue fout le camp !

Alors que j'avais écrit ceci, dans un pays où il y a seulement 18 millions de locuteurs de l'idiome à travers le monde, six jeunes filles honorent leur langue et explorent un monde musicale très personnel. Elles se nomment les « Rokoko Rosé » et méritent votre intérêt.

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