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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Mon petit coin tranquille

Justement, il est tout petit …

Je vous écris d'un coin qu'on dit petit, étrange espace réduit au minimum où les feuilles de papier s'enroulent et se déroulent au fil d'une lecture qui ne se fera jamais malgré parfois de doux parfums. Combien de mots perdus en ce vestibule quand bien même la tempête se déchaîne et les trombes d'eau évacuent l'étrange dépôt que vous y avez effectué, coupé du monde des gens debout. Pourtant c'est là et nulle part ailleurs, que je puise mes sources d'inspiration, mes rêveries et mes répliques, quand, fort heureusement, les mots n'ont pas d'odeur. Alors, en cette journée de fréquentation assidue du lieu, me vient l'envie subite et pressante d'honorer ce coin sous toutes ses formes.

Rivé à mon trône, roi sans territoire, j'ai la tête dans les nuages, espérant un petit coin de ciel bleu qui viendra éclaircir mes entrailles et cette journée de tiraillements secrets. Ni bon, ni perdu, mon refuge se referme sur mes douleurs intestines. Je tourne en rond ; ce cabinet n'est pas de ceux dont on puisse se vanter d'en être le chef. Je suis puni, mis au coin pour le reste de la journée, séparé du monde des bien portants : ceux qui ont de l'estomac et de la retenue. Je me vide dans l'indifférence générale …

 

Je m'occupe comme je peux, joue aux quatre coins, immobile sur ma chaise de torture. C'est curieux à bien y penser, car des angles, j'en compte huit et je m'interroge sur cette habitude que nous avons tous de réduire à quatre le décompte du coin et de ses recoins, pour l'hexagone comme pour la planète. Alors pensez un peu, mes réflexions poussent un peu loin la géométrie du coin, moi pour qui l'essentiel des préoccupations filera dans un gouffre rond.

 

Le coin s'exporte aisément, au bout de la rue, auprès du feu et de sa cheminée. Il se veut frappé du bon sens alors qu'il faut toujours le surveiller du coin de l'œil tandis que d'autres viennent proposer leurs services pour arrondir les angles. Tous se retrouveront en son bistrot ; heureux ceux-là qui videront leurs verres, moi je me contente d'évacuer tant bien que mal vers et vents, déjections humaines et preuves pas toujours tangibles de tous mes excès.

 

Inquiets de ma longue absence, certains penseront que je boude dans mon coin. S'ils savaient les pauvres ! Si je suis niché ainsi ce n'est pas pour le plaisir, loin s'en faut. Je me vide, tripes et boyaux en ce lieu qui, pour moi, est bien plus de souffrance que d'aisance. Les mots sont trompeurs surtout quand ils s'aventurent à désigner ce qui dérange et doit rester secret dans une société si artificielle qu'on en oublie le plus naturel. J'ai choisi de vivre dans mon coin, d'y écrire mes aventures et d'y composer mes refrains. C'est ainsi que mon tout à l'ego fonctionne avant que ne finissent mes billets , destin tragique et inéluctable, dans la fosse commune du temps.

 

Je devine quelques sceptiques pensant que j'en rajoute beaucoup, en fais des tonnes, que je délaie le propos et me répands sans pudeur ; c'est faux, j'ai mis le verrou. C'est, il faut bien l'admettre, que ma logorrhée ressemble étrangement à ce qui m'occupe dans l'instant. Je me vide, je suis liquide, je perds contenance et vos diatribes ne me touchent pas ! J'ai tant à faire, plié en deux dans ce petit coin de douleur, que vos critiques glissent dans l'indifférence de mon sacrifice.

 

Fort heureusement à mes pieds un petit canard bleu vient me redonner le sourire. Il a de l'humour le marchand en question, le coin-coin viendra assainir ce coin si peu pittoresque qu'il ne figure jamais dans le moindre guide touristique. Je pourrais cependant en écrire des commentaires sur tous ces espaces borgnes que j'ai dû visiter un peu partout, contraint et forcé par une nécessité qui ne se diffère pas. Pourquoi diable, évacue-t-on cette incontournable partie de notre existence ?

 

Je sais que quelques lecteurs ont un sourire en coin. Puisse-t-il être de commisération pour votre serviteur, épuisé et vidé. Le plombier a glissé un regard dans mon coin ; je le trouve bien inquisiteur ce glorieux professionnel de la chose sans lequel nous en serions encore aux latrines d'antan. Avant de finir dans mon petit coin de terre, j'espère qu'on redonnera leurs lettres de noblesse à ces petits coins qui me sont si chers : ce seront mes dernières volontés.

 

Mes paroles ne sont pas propos en l'air. J'ai laissé quelques traces : une modeste chanson qui viendra illustrer ce texte dont il ne serait pas convenable de le prétendre sans queue ni tête. Je vais quitter mon petit coin tranquille, la tête haute, tout simplement parce que j'en ai terminé de ce qui m'occupait si intensément en cet endroit. Il est temps de tirer un trait sur ce récit foireux et une chaîne viendra parachever l'évacuation de mes rejets intimes et de mes mots qui se perdent !

 

Intestinalement vôtre.

Mon petit coin tranquille

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Duxelle 13/08/2015 10:31

Il ne faut jamais faire taire" la langue de viscères" :interprète des émotions, elle nous dit si nous avons la peur , la haine, du cœur au ventre, ou tout ce que ce second cerveau peut contenir de bon ou de nocif.

http://www.arte.tv/guide/fr/048696-000/le-ventre-notre-deuxieme-cerveau

C'est Nabum 14/08/2015 16:45

Duxelle

Je retiendrai cette excellente formule Je vous en remercie