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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Touristes sous la pluie.

MBH 4

Pour faire passer le temps ...

Le touriste s'en allant vers une destination lointaine n'envisage pas qu'il aura à affronter la colère des cieux. Il a fait sa valise en cherchant à s'alourdir le moins possible, évitant alors ce qu'il pensait être le superflu, la précaution inutile. Il se retrouve bien vite démuni devant la triste réalité : il pleut et toutes ses affaires sont mouillées.

Passe la première averse ; elle avait donné une belle histoire à raconter, une anecdote qui laisse des traces dans les mémoires. Il supposait que toute l'eau qui était tombée n'aurait plus à le faire. Il se trompait lourdement : les nuages ne semblent être jamais à court de ressources. Il pleut sans discontinuer et il faut bien admettre que l'envie de sortir finit par se rincer à cette réalité.

La ville, elle aussi, subit sans plaisir cette curieuse expression du bouleversement climatique. Déjà, hier matin, les naufragés de l'orage tentaient de sauver ce qui pouvait l'être du déluge de la veille. « Grosse catastrophe ! » était l'expression la plus compréhensible. Il n'était d'ailleurs pas nécessaire de demander une traduction, à la vue des pompes à eau crachant un peu partout l'eau des sous-sols se prenant pour des piscines.

Pire encore : ces nombreux magasins en contrebas de la chaussée qui avaient subi l'outrage des flots. Des tapis, des cartons, des marchandises de toutes natures souillés par la pluie et la boue. Pourtant c'est la pleine période touristique ; les marchands doivent faire bonne figure et se hâter de tout remettre en ordre. C'est du moins ce qu'ils espéraient avant que ça recommence.

Les terrasses sont vides, les musées, pourtant à l'abri, ne font pas le plein, les parapluies sont les maîtres du trottoir pour ceux qui ont la chance d'en posséder un. Les autres se contentent de ce qui leur tombe sous la main ; les tenues ne sont pas seyantes mais elles protègent, c'est mieux que rien. Le sac poubelle a beaucoup de succès, les uns ayant percé un passage pour les bras quand d'autres préfèrent jouer les manchots.

La pluie a aussi le mérite de rapprocher les inconnus. On se plaint, on se donne la main, on s'offre de menus services. Il faut sortir du cadre habituel pour prendre conscience que le voisin partage les mêmes soucis, les mêmes galères. La pluie ou n'importe quelle calamité climatique provoque un peu de solidarité.

Est-ce à dire que l'espoir va renaître, que nos sociétés vont sortir de l'égoïsme de l'époque ? Le dérèglement climatique au secours de l'humanité par la fin des comportements auto-centrés ? N'est-ce qu'un rêve ? Sans doute, à voir ces automobilistes bien à l'abri, fonçant en arrosant, indifférents, la masse des piétons, qu'ils soient touristes ou bien autochtones.

Il y aura toujours des privilégiés, c'est la loi de la jungle qui veut ça, même si habituellement, la pluie ne fait pas partie du décor de l'endroit. Mais qu'importe, ces considérations aqueuses n'ont d'autres buts que de sécher sur pied, faire passer un peu le temps, bon ou mauvais et attendre l'heureux moment de boire un petit coup.

Le billet tire à sa fin, la pluie a cessé, le feu d'artifice sera-t-il sauvé ? Le pétard mouillé fait long feu, ici ou bien là-bas, c'est du pareil au même. Mais le touriste mouillé hésitera à reprendre le risque : une bonne plâtrée de pâtes fera bien l'affaire ; la veillée sera studieuse, loin de la foule des parapluies.

Ainsi vont les pensées du voyageur trop bavard. Il met en mots tout et n'importe quoi ; fait de la pluie, comme du beau temps, ses choux gras. Vous avez bien de la patience de venir ainsi, chaque jour lire, ses aventures. Ne prenez surtout pas au pied de la lettre l'ensemble de ses dires, vous risqueriez de vous noyer dans des abysses de perplexité …

Pluvieusement vôtre.

Touristes sous la pluie.

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