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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une histoire sans fin …

Tirer un trait.

Vous pensiez avoir tourné une page, clos un paragraphe qui tournait en eau de boudin par quelques points de suspension qui laissaient place à un fol espoir. Comme tous les rêves de cette espèce, ils sont toujours déçus, malmenés, insupportables. Il faut avouer que votre obstination à ne pas voir l'inéluctable frisait le ridicule.

Pourtant, vous avez repris la plume, envoyé quelques messages d'une encre sympathique qui se refusait à rompre les amarres. Vous écriviez d'autres aventures, plus fictives que tangibles, d'autant que les mots sèchent vite en entrant dans l'histoire : celle où les mauvais contes ne feront jamais de bons amis.

Alors, il a fallu clore un nouveau chapitre, lui glisser un point d'exclamation espérant encore qu'un nouvel épisode puisse raviver la flamme, s'imaginer plus que se vivre. Toutes les histoires doivent avoir une fin et à n'avoir de cesse qu'elles ne réactivent des personnages et des situations au bout du rouleau. En agissant ainsi, vous ne faisiez que différer l'issue. On ne délaie pas les sentiments quand ils sont usés jusqu'à la corde ; il n'est plus temps de les raviver par de vains artifices.

Pour être certain de ne plus y revenir, vous avez alors ponctué votre récit d'un point final qui se pensait fatal, à l'image de ce beau fanal qui cru quelques temps tirer la couverture à lui. Au lieu de quoi vous vous étiez planté dans le dos une page blanche qui n'aspirait qu'à rester vierge. Puis une fois encore, le vent a tourné : le grain du papier avait repoussé la tempête. Vous avez cru au mirage, vous avez couché sur le papier de vaines anecdotes, d'improbables fariboles. Mais la bouteille à la mer, en dépit de tous les rêves que vous placiez en elle, finit toujours par sombrer.

Cette fois, vous en avez eu assez de vous faire taper sur les doigts et sur le cœur. Vous tirez un trait final ; il faut le croire. Votre détermination se nourrit des plaies du passé, sans cesse rouvertes. Vous promettez de ne plus jamais souffler sur les braises. Vous ne serez plus jamais de mèche. Il ne faut plus croire aux belles paroles : elles s'envolent pour ne laisser qu'un océan de regrets. La tromperie est à la hauteur de la déception : le château de sable s'effondre dans un fracas insupportable.

Il n'est plus temps de tirer à la ligne, de délayer indéfiniment la rancune et la rancœur. On vous recommande de changer de disque ; vous ne connaissez rien à la musique :vous vous êtes toujours montré incapable d'accorder vos violons. La réconciliation n'est pas dans vos cordes ; vous avez définitivement perdu le nord en des écrits toujours plus à l'ouest.

Vous savez que vous aviez tort de croire au miracle ; les phrases se perdent dans les abysses de l'âme. L'écrit se dissout au fil des mots qui sont privés de sens. Il est urgent d'accepter de couper les ponts, de déchirer ce papier aussi froissé que vous. La marge était trop étroite, vous vous êtes privé de toute liberté en narrant le naufrage.

Un nouveau livre est à écrire. Il changera de forme, il changera de ton. Il lui faut explorer d'autres territoires, découvrir de nouveaux espaces. Les personnages changeront ; ils n'étaient plus fiables. La fable n'avait que trop duré ; la morale y perdait son latin. Une langue nouvelle coulera de vos doigts, elle se fera joyeuse, heureuse d'en avoir fini avec ce ressassement incessant.

Les mots aiment se heurter aux douleurs ; c'est sans doute là qu'ils s'épanouissent le mieux. Il faut du talent pour décrire la joie et le bonheur. Être léger, ce n'est jamais facile ; les lettres ont toujours été de plomb pour supporter la presse. Il faudra tremper la plume dans l'euphorie et le plaisir ; c'est un nouveau cap qui se présente à vous.

Une autre page, un chapitre à initier, d'autres aventures en des lieux différents, voilà ce qui s'ouvre à vous pour ranimer la flamme d'une écriture aérienne, pour redonner vie à des écrits atones, noyés dans des eaux de plus en plus troubles. L'urgence commande de ponctuer l'épisode précédent d'une fin de non-recevoir. Écrire c'est se découvrir un peu, se mettre en danger à chaque instant.

Dérèglement vôtre.

Illustration de Michel Duguay

Une histoire sans fin …

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Laure 20/08/2015 09:49

C'est magnifique !
Que dire de plus ? nous sommes ainsi faits que nous avons besoin d'épreuves pour nous révéler à nous-même . Nous nous en passerions bien mais elles font partie de notre parcours initiatique ; même les mauvais feuilletons peuvent être sublimés en épopée .La geste héroïque , nous l'écrivons à chaque minute , avec notre souffle , notre sang , nos larmes .

C'est Nabum 20/08/2015 15:30

Laure

Il n'y a sans doute rien à ajouter puisque tout n'est plus à dire quand il est trop tard pour passer l'éponge et reprendre tout à zéro !

L'épreuve auparavant était une version provisoire avant le tirage définitif. Mais maintenant l'urgence est le maître mot et pour les tourments comme pour les belles phrases, il n'est plus temps de peaufiner le drame