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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La palme revient au canard en plastique

Spécial : Le Grand n'importe quoi !

Quand la danse se fait course.

 

Une belle manifestation au bord de l'eau a besoin d'un point d'orgue pour prendre son envol, pour réussir son coup, pour entrer de plain-pied dans la légende. Celle que nous venons de vivre n'échappe pas à la règle et comme nos amis de Dordogne étaient à l'honneur, il ne fut pas étonnant de voir les organisateurs gaver une grande compagnie de canards en plastique.

 

Comme la danse des palmipèdes est passée de saison, pour rester à la mode, le charmant volatile s'est mis à la course : activité assez quelconque si elle est exprimée dans la langue de Rabelais. Mais avec Shakespeare le terme prend une importance tout autre, comme disent volontiers les Barbaries : elle a de la race …

 

Ainsi donc, le colvert et ses homologues se montent le cou pour se lancer dans l'aventure, recueillir la palme de l'originalité et aller à la queue-leu-leu au fil de l'eau qui court. La bande est si nombreuse, que longtemps j'ai craint que les participants n'aillent se prendre de bec, se déchirer pour savoir qui allait arriver le premier. Le canard se fait laquais pour servir une grande cause et les organisateurs de le mener à la baguette.

 

Les canards, contraints de rester sur la rivière plutôt que de nous voler dans les plumes, eussent pu se plaindre, à juste titre, de la farce qu'on leur faisait jouer, d'autant qu'ils durent se grimer en plastique dans le cadre du développement durable. Mais les humains ne sont pas à une contradiction près, le râble, même développé, n'est pas l'apanage du canard mais de son camarade le lapin …

 

Hélas, qu'il soit bleu ou non, le lapin est bête proscrite sur les embarcations, il n'y a pas à y revenir. Inutile donc de le transformer en bête de course ; il ne pouvait être à la fête lors d'un festival fluvial. Le canard se prête plus volontiers au jeu : les kermesses d'antan l'ayant si souvent habitué à servir les bonnes causes dans ces pêches qui amusaient tant les enfants.

 

Le canard fait aussi bon ménage avec les animations musicales qui ne manquent jamais d'accompagner la redoutable Duck Race, dont la formulation anglo-saxonne m'écorche la langue. J'ai le souci de respecter la loi Toubon et je m'aperçois, dans le même temps que je cite cet ancien ministre, qu'il était sans doute plus pertinent pour lui de jouer un tour de cochon que d'interdire une course de canards ainsi nommée.

 

Ainsi donc et pour ne pas vous laisser plus longtemps patauger dans la mare, pour notre bon Festival, sachez qu'une organisation caritative organisa, avec un immense succès populaire, une course de canards en plastique sur notre Loire. J'avoue y perdre mon latin en constatant combien une telle idée saugrenue peut séduire à ce point la masse de mes contemporains.

 

Il y avait les oies du Capitole, il y aura désormais les canards ligériens : l'histoire a besoin de se renouveler. J'abandonne la plume sergent-major ; il me faut accepter l'évolution de ce temps. Les moutons se pressent pour laisser courir la petite bête au fil de la rivière. Pour trois euros, il était donc possible d'adopter un canard que l'on devait s'empresser d'abandonner au fil de l'eau : une démarche éminemment pédagogique, préparant à l'abandon des chiens au moment des vacances.

 

Il faut habituer les enfants à ne plus s'attacher aux animaux, fussent-ils en plastique. Jeter est un geste naturel, laisser courir aussi. Notre société sombre dans le ridicule ; la bonne cause n'excuse pas la farce, fût-elle à la mode. La course de canards aurait constitué un couac à la glorieuse époque de notre marine ; aujourd'hui, elle est du dernier chic.

 

Le vainqueur de cette navigation absurde terminera sa course sur le continent de plastique. Avant qu'il n'atteigne le Pacifique, bien de l'eau aura coulé sous nos ponts avant que la vacuité de nos dérives ne soit comprise. La mise à sac de notre Planète aime à se nourrir de petites choses sans importance comme celle-ci … qui ne casse certainement pas trois pattes à un canard, fut-il en plastique.

 

Je m'en gausse, prenant encore une fois le risque d'offusquer les adorateurs de la mode, les adeptes de la modernité, les chantres de la communication. La basse-cour s'amuse et je fais mon petit coq à me dresser sur mes ergots et mes principes obsolètes pour moquer ce qui plaît tant à la foule caquetante. Le canard en plastique n'aura jamais le bec dans l'eau ; votre serviteur, quant à lui, en a pris l'habitude. Faire des histoires pour un canard ou bien un journal, je ne vois guère de différence !

 

Canardement votre.

La palme revient au canard en plastique

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Raton laveur 28/09/2015 16:18

Etonnant non ce festival ! Il vous en a bouché des coins (coins) .
Ce jour -là dans nos belles campagnes , ça canardait dans tous les coins .Il Valait mieux se terrer ou chercher refuge en ville, loin des hordes barbares armées de fusils tout neufs.
Vive donc les centre-villes et les centres commerciaux (maintenant ouverts le dimanche , quelle joie!) où vous ne risquez pas de vous faire voler dans les plumes. Quoique...couac...

C'est Nabum 28/09/2015 17:13

Raton Laveur

S'il est un lieu où je n'ai cessé de me faire voler dans les plumes c'est bien sur ce Festival où les tenants de la Loire des marchands n'ont eu de cesse que de vouloir me clouer le bec
Ils ont usé de la censure pour parvenir à leur fin, ils ont tiré à vue sur le Bonimenteur, lui permettant seulement de trouver refuge sur la rive sud, là où les marins d'opérette ne mirent jamais les pieds ....