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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le cercle des poètes disparates.

Prendre un crayon dans la main …

Le cercle des poètes disparates.

J'ai fait le pari insensé de demander à des gens fracassés par l'existence, abandonnés sur le chemin de la prospérité et de l'emploi, d'oser l'écriture ; pas celle qui leur permettrait d'envoyer une lettre pour réclamer quelque chose ou pour se faire simplement entendre, non, le fait d'écrire uniquement pour le plaisir de créer, de mettre en mots des émotions.

 

Quoi de plus subversif que de considérer les exclus et de leur accorder un statut de créateur , les faisant être ainsi maîtres de leur destin et non plus simples pions ballottés d' une administration à une structure d'aide, rangés dans une case du traitement social de la pauvreté ou bien de la discrimination ? Bien sûr, le risque est grand de les effrayer devant pareille demande ; je le prends, n'ayant rien à gagner dans cette aventure, simplement tout à partager.

 

La première rencontre fut compliquée. Nous nous épiions, nous nous évaluions : chacun se demandant ce qui pouvait se cacher derrière pareille fantaisie de « bien intégré ». Ils étaient venus par inadvertance ou par ennui, par hasard, pour user d'une expression qui satisfasse tout le monde. Ils avaient parlé, je les avais écoutés, respectueusement, difficilement parfois, tant leurs parcours prenaient le pas sur la nécessaire écoute des autres.

 

Cette fois-ci, d'autres sont venus. Il ne faut jamais croire, dans un tel contexte, qu'il est possible d'installer un travail dans la durée, dans le temps. L'éphémère et l'instable sont au cœur de leur fonctionnement. Je n'espère pas faire de miracles, j'attends quelques parcelles de magie comme ce fut le cas ce jour-là, sachant qu'elles sont fugaces, fragiles et que, peut-être, il n'y en aura jamais plus d'autres.

 

Sans préambule, sans explication, je leur ai donné un crayon et une feuille de papier. Ils étaient trois : trois origines et trois histoires distinctes. Trois personnalités diamétralement différentes, un groupe impossible sans aucun doute. Un quatrième est venu se joindre à eux ; plus pour accompagner par la parole que par l'écrit ses collègues de l'instant.

 

Chacun écrivit une petite phrase, d'un jet, d'une fulgurance dont il fallait saisir la fragilité et la beauté. Ils m'ont confié ces phrases ; je les ai assemblées, j'ai taillé quelques excroissances, j'ai rabouté des morceaux disparates. Ils m'écoutaient déclamer leurs mots sans rien trahir ; simplement en me faisant le metteur en place de leur expression.

 

Un poème naissait, un petit texte sans prétention, un premier quatrain qui ne demandait qu'à être enrichi d'un second. Ils reprirent le crayon, s'appliquant à donner une suite à ce qui, au début, n'était qu'un exercice informe. Ils étaient concentrés sur ces petites phrases qu'ils allaient à nouveau me confier, acceptant le jeu de cette cuisine de la construction.

 

Ils étaient venus ici pour bénéficier d'un repas ; ils allaient en partir avec une nourriture plus complexe, moins tangible sans doute. Un troisième tour de mots eut lieu. Je disais ce qui naissait de leurs traces écrites, ce qui prenait corps devant eux. Ils étaient fiers : ils n'avaient de cesse de vouloir que je dise à d'autres ce qui naissait dans l'instant.

 

Ils désirèrent alors s'arrêter. Il ne fallait pas aller plus loin, risquer de briser la magie de ce qui avait été miraculeux. Ils aimaient à m'entendre dire ces deux fragments incongrus, ces parcelles de poésie incertaine qui étaient leurs. Pas l'apanage d'un seul mais bien le fruit d'une expression collective. Il leur fallait un nom, il évoquèrent bien évidement le cercle des poètes disparus. Pourquoi ne pas singer ce titre pour s'approprier un signe de reconnaissance ? Ils acquiescèrent à ma suggestion …

 

La semaine prochaine sera une autre histoire. Il n'est pas certain que la magie opère à nouveau. Il est possible que vous trouviez leurs modestes vers bien médiocres ; ce serait bien injuste et si loin de la seule évidence qui s'impose : ils étaient heureux et fiers. Soyez indulgents, je vous en conjure.

 

Poétiquement leur

Le cercle des poètes disparates.

Une rencontre inattendue …

 

La tristesse vole sur les ailes de la concorde

Les retrouvailles sont toujours les bienvenues

La patience, mère de tout nous accorde

L'espoir d'avoir une rencontre inattendue …

 

Le temps, comme un oiseau prend son envol

Tant que le chien suit son pauvre chemin

À la poursuite de quelques idées folles

Qui feront de sa réalité un destin

 

L'animal a l'intuition d'une chanson

Que reprend miraculeusement un enfant

Tandis qu'un vieillard à l'unisson

Fredonne un refrain né dans l'instant

 

Première création collective du cercle des poètes disparates.

Le cercle des poètes disparates.

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kakashisensei 16/09/2015 20:52

Très sincèrement, c'est une belle collectivité ce poème.

Des armes, des chouettes, des brillantes
Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir
L'autre, celui qui fait rêver les communiantes
Des armes bleues comme la terre
Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme
Dans les yeux, dans le cœur, dans les bras d'une femme
Qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère
Des armes au secret des jours
Sous l'herbe, dans le ciel et puis dans l'écriture
des qui vous font rêver très tard dans les lectures
et qui mettent la poésie dans les discours
des armes, des armes, des armes
Et des poètes de service à la gâchette
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d'un vers français... brillant comme une larme
des armes, des armes... des armes...

Léo Ferré

C'est Nabum 16/09/2015 21:06

kakashisensei

Léo Ferré !

Vous placez la barre bien haute pour nous
Je n'ai pas la prétention d'atteindre à ce niveau d'exigence

Merci pour eux

Laure 16/09/2015 10:19

De jolies idées , une belle sensibilité dans ce poème collectif.
Quelques alexandrins bien formés en prime . Ce ne sont certes pas des vers de mirlitons : il faut dire à vos poètes improvisés que nous les avons lus avec plaisir et surtout grande émotions car leurs mots sont très révélateurs et nous touchent vraiment.

C'est Nabum 16/09/2015 11:24

Laure

Il me sera difficile de leur faire savoir que leurs mots ont navigué sur la grande vague. Même si ce texte est emprunt de respect, je ne sais quelle serait leur réaction à lire ce récit. J'attendrais afin de mieux les connaître.