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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le pied !

Trouver chaussure à son pied ...

Le pied !

Au centre de tout.

 

Il n'est pas question de prendre ce billet par-dessus la jambe. Il est de ceux qui font avancer grandement la réflexion et permettre de brûler les étapes. Gare cependant à ceux qui voudraient prendre au pied de la lettre ces digressions absurdes : il n'est pas question ici de prendre des mesures ou de mettre à l'index une quelconque pensée. Allons de ce pas à la découverte du pied !

 

Le pied est chez nos amis les Celtes le symbole phallique par excellence. Nous en avons gardé souvenir avec le fameux « Prendre son pied ! » qui ne s'appuie sur aucune position raisonnable. Nous retrouvons cette acception dans ce fameux « Trouver chaussure à son pied » qui sonne les prémices de la félicité à deux. Encore faut-il pour l'atteindre que la dame ait cassé son soulier, terme métaphorique pour la perte de la virginité.

 

Le héros a bon pied, bon œil. Nous en sommes ravis ; son pouvoir de séduction n'en sera que plus renforcé par l'existence d'un pied de belle taille. Qu'importe ensuite si le point faible se situe au niveau du talon, l'effet escompté est atteint, le demi-dieu peut se retirer sur la pointe des pieds. Il ne lui reste plus qu'à ne pas perdre la tête, ce fameux chef qu'il ne découvrait jamais, y compris devant les dames, siège, toujours chez nos ancêtres, du sperme.

 

On peut se tromper à moins ; même si cette confusion explique la décapitation rituelle et la volonté fréquente de boire la coupe dans le crâne du vaincu. Il n'est pas meilleure manière de s'approprier sa puissance et sa force. De là à perdre la tête pour une dame, c'est encore une manière de se disperser, de s'éparpiller et de laisser couler sa sève.

 

Le pied ne donne pas dans la mesure : ce que nos anciens n'ont pas compris, obstinés qu'ils étaient à vouloir compter en pieds et en pouces. Le pied scande les vers, le pied montre la voie, le pied suit son chemin mais il se refuse à la raison et à la platitude. Je crains que mes propos ne coulissent vers des contrées scabreuses, qu'ils ne s'enlisent là où je peux perdre pied. J'accepte ce risque, « mon pied pour votre fesse ! », comme le disait si élégamment Henry IV.

 

Si le pied aime à toucher le fond, il cherche pourtant à se maintenir la tête en dehors de l'eau. C'est là le plaisir de celui qui passe à gué. Le conflit des genres ne le concerne guère, le pied est viril, le peton, féminin. Il y a une noble répartition des rôles et seule Cendrillon chaussera la pantoufle de verre. Les femmes à petits pieds connaissent les affres de la contrainte et pour elles, chausser petit est une terrible souffrance.

 

Laissons le pied nu, osons le prendre avec délectation ; le pied à l'aise, les doigts en éventail, la vie est plus agréable. Le pied se hausse sur la pointe, il fait le coq, il se dresse sur ses ergots. Le pied bat la campagne et la mesure, lui qui n'aime pas vraiment marcher au pas. Il aime le rythme, ne se refuse pas à quelques pas de danse. Le pied est musicien même dans les coulisses.

 

Rien n'est pire que le pied de grue pour celle qui arpente inlassablement les trottoirs à la recherche d'un client en mal de chaussure à son pied. Le pied tarifé est triste, il feint ses plaisirs, mesure son temps, trépigne d'impatience. C'est un pied frileux, un petit pied mesquin. Il a fait les cent pas pour accoster un client à la dérive. Celui-ci n'a pas le pied malin ni le pied exubérant. Il convient de fermer les yeux sur cet aspect sordide du pied.

 

Le pied aime la terre ferme. Il a le mal de mer dès qu'il prend le large. Il tangue, il perd ses repères, se laisse aller à tirer au cœur, lui qui, jusque là, avait été un grand amoureux. Le pied retrouve le sourire à la vue de la bitte d'amarrage, je n'y peux rien, c'est ainsi. Il faut savoir s'incliner devant les évidences lexicales. Pas étonnant alors que le marin trouve chaussure à son pied dans chaque port. Il a besoin de stabilité et de volupté.

 

Je savais ce billet glissant. J'ai perdu pied assez souvent, il faut reconnaître qu'on m'avait savonné la planche de salut. La peau de banane m'aura été fatale. Je reste ici, cul par-dessus tête. Vous n'avez pas pris vos jambes à votre cou, je vous en sais gré. Il est cependant temps de mettre un point final à ce texte sans queue ni tête. Ce n'était pas le pied !

 

Podologuement mien.

Le pied !

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Laure 27/10/2015 14:27

Avouez que vous êtes jaloux ! Si vous arrivez à composer une chanson de cette qualité , je vous promets de la chanter .

C'est Nabum 27/10/2015 14:55

Laure

J'en suis incapable

Devant pareil défi, j'en ai même les jambes coupées

Laure 27/10/2015 12:12

Pour parachever cet excellent billet au plus haut point jouissif , à la "pointure magnifique " je vous offre ce chef-d’œuvre absolu qui défie le temps et les modes.
https://www.dailymotion.com/video/x7z6lz_soeur-sourire-les-pieds-des-mission_music

C'est Nabum 27/10/2015 14:22

Laure

Si cette chanson n'existait pas, il faudrait l'inventer
C'est pure merveille de dérision

Les voies du seigneur donnent des ailes de perdrix