Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les Cucurbitacées.

Où cours-je ?

Les Cucurbitacées.

Jour de gloire

 

C'est leur jour de gloire ! Finis la soupe à la grimace et les propos scabreux, allusions oiseuses à cause d'un nom dont la beauté échappe à ceux qui s'en moquent, les cucurbitacées vont être en pleine lumière l'espace d'une folle nuit, tenir la chandelle des revenants et des enfants en quête de sensations fortes. Courges et citrouilles, potimarrons et sucrines du Berry vont éclairer nos peurs et nos jardins.

 

Pourtant elles ont dû en avaler des couleuvres avant de connaître cette tardive consécration. Reléguées aux seconds rôles culinaires, ces plantes dicotylédones durent se contenter de couvrir les zones délaissées de nos jardins, de courir à l'aventure et d'occuper beaucoup plus de place sur la lopin que dans le cœur du jardinier avant qu'elles n'éclatent au grand jour d'une nuit de frayeur.

Les Cucurbitacées.

Étrange succès tardif, il est vrai et coup tordu venu d'outre-Atlantique. Du temps de la célébration celte du mois de Samonios, les cucurbitacées étaient presque inconnues sur le continent européen. Mais les légendes ne sont pas à une entorse près ; ces plantes terrestres, rampantes et herbacées ont donc l'honneur de symboliser le monde des esprits, des spectres et des fantômes. Ne cherchons pas à comprendre, il faut six trouilles pour avoir vraiment une peur bleue !

 

Alors, au moment où des enfants mal intentionnés viendront quérir leurs promesses de caries en sonnant inopinément à vos portes, prenez-les à contre pied, refusez de célébrez l'industrie agroalimentaire et ses infâmes sucreries, osez le bol de soupe, la purée ou le soufflé. Ils fêtent les revenants ; ils n'en reviendront pas de ce pied de nez à la tradition, de cette volte-face qui les laissera pantois et sur leur faim.

Les Cucurbitacées.

Si vous voulez creuser une citrouille, prenez donc la peine de ne point gaspiller et de l'accommoder des mille et une manières qui effrayeront les enfants quémandeurs. Ne soyez pas de mèche avec eux : les bonnes surprises exigent de l'imagination. Vous contenter de leur donner des produits incertains, emballés dans des papiers d'argent est d'une triste banalité, osez la cuisine ; ils ne reviendront plus jamais vous importuner.

 

Ils vous ont pris pour une courge, vous répondrez de manière digne et sereine. Évitez cependant de leur servir des coloquintes et des cucumis : pour fort jolies que soient ces plantes, elles ne sont guère comestibles et les parents négligents, insoucieux de savoir qui sera importuné par leurs rejetons, ne manqueront pas alors de se ruer chez vous pour vous faire procès et ennuis. Les gens sont mesquins, vous le savez bien !

Les Cucurbitacées.

Les courges sont dépuratives, diurétiques, émollientes, laxatives, nutritives, rafraîchissantes, sédatives et vermifuges. Sachant cela, vous rendrez un immense service aux éducateurs et enseignants de ces monstres mal élevés. En vous attaquant aux racines du mal, en nettoyant des ventres qui ont pris le pouvoir dans leurs maisonnées, vous les fixerez pour quelques heures sur une chaise percée, loin des rues où ils n'auraient pas dû traîner à des heures si tardives. Vous ferez ainsi œuvre de salubrité publique.

 

 

Les Cucurbitacées.

 

Il est grand temps que les honnêtes gens sachent répondre à ces hordes sauvages et grimées de petits démons incultes. Ils ne savent rien des légumes ; ils vont en cette belle nuit apprendre à reconnaître tout des plantes à tiges rampantes et à gros fruits. Vous leur expliquerez alors que ces merveilles nous viennent d'Afrique et d'Amérique et qu'il n'en existe qu'une espèce à l'état sauvage en Europe : la bryone dioïque. Devant tant de connaissances, je vous assure qu'ils prendront la porte à tout jamais. Le savoir les horrifie bien plus que les pensionnaires de l'au-delà. Il faut toujours attaquer son adversaire sur ses points faibles.

Les Cucurbitacées.

Voilà, vous êtes parés désormais pour supporter cette affreuse nuit. Le temps est revenu du respect et de la tranquillité. Repoussez le diktat de la jeunesse incivile. C'est la nuit du cucurbite-assez !

 

Samoniossement vôtre.

Les Cucurbitacées.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article