Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

A trop tirer sur la corde ...

Spécial COP 21

A trop tirer sur la corde ...

 

De quel bois je me chauffe !

 

L'hiver approche ; il risque d'être rude ; l'homme blanc rentre son bois … L'hiver a ceci de remarquable qu'il faut, à la moindre occasion, mettre du feu dans une cheminée, qui dévore les bûches plus sûrement que les convives en fin de repas. Hélas, l'énergie renouvelable ne s'obtient pas sans effort. Et contrairement aux idées reçues, le stock de bois n'est nullement éternel, et, tôt ou tard, il doit être reconstitué à la force du bûcheron.

 

Un quidam de passage, perché sur un tracteur et sa femme sur le marchepied en guise de gyrophare, arrivent, tels les rois mages, en ce dimanche de l'Avent. Il viennent déposer au pied d'un sapin synthétique, ultime concession à la modernité d'une autre ère, six stères d'un bois de chêne fendu et coupé en un mètre de long. La myrrhe, l'encens et l'or étant désormais hors de prix.

 

Il en faut de la conviction tiers-mondialiste pour bouder la bûche de Noël et se préoccuper de fournir en bon bois de chez nous, des amis d'occasion, des clients de panais : ce vieux légume ressurgi de son passé tubercule, pour briller à nouveau dans nos purées contemporaines. La COP 21 étant passée par là, la planète a besoin de toutes nos contributions énergétiques.

 

Tandis que le livreur et le client amical se congratulent autour d'un café plus équitable que partagé, deux comparses s'affairent déjà à déplacer cette montagne de bois. Ce petit personnel hybride et si mal considéré est composé d'un futur gendre putatif et d'un invraisemblable beau -frère ; de ceux qu'on ne choisit pas. L'attelage improbable fait merveille tandis que les personnages principaux refont le monde sans lever leur séant de sa chaise.

 

Tandis que les subalternes suent, quintent, geignent, le vendeur d'échardes et son obligé se lancent dans des digressions d'autant plus utiles qu'elles traînent en longueur. Elles les emmènent à moitié tas de bois, ce qui, il faut l'avouer, quand on a rien à dire, est déjà un bel exploit ! Le temps de fumer une cigarette loin de ce tas inflammable, le risque est grand de ne pas mettre la main à la pâte.

 

Payé d'un chèque en bois, fendu dans la longueur et barré comme il se doit, notre tracto-mobiliste pouvait s'en retourner vers ses pénates, heureux de sa sortie dominicale sur son fier et pétaradant cheval-vapeur. Il se moqua bien du petit personnel au passage ; on ne peut attendre de considération des petits patrons du monde agricole ! Les temps sont durs et l'empathie, un luxe qu'on ne peut s'offrir.

 

Ayant usé de tous ces prétextes et alibis fallacieux, le maître de maison, privé de son comparse bavard se vit contraint de s'activer un peu afin de partager une modeste part de la besogne. Un bon coup de collier qui redorait un blason bien mal en point depuis de longues minutes... Il n'aurait qu'à passer le balai :contribution essentielle s'il en est, pour effacer son inaction prolongée.

 

Il y a des moments dans la vie où nul ne s'expose au risque fâcheux de l'hypoglycémie. Notre trio enfin réuni dans un même labeur ne risquait pas la faiblesse insidieuse. Ce que ses membres avaient dévoré depuis quelques jours les mettait à l'abri de tout besoin et de la plus petite faiblesse morphobiologique. Ils étaient même en droit de se féliciter de ne point avoir cédé, quelques heures plus tôt, à la tentation démoniaque du foie gras régional.

 

Un peu de tempérance permit de mener à son terme la tâche harassante et les bûches étaient désormais bien sagement empilées comme des fétus de paille. La sueur dégoulinait de quelques fronts adipeux et cet effort valait bien tous les réconforts préalables ! Il justifiait par avance les agapes à venir : tout est prétexte à bombance dans le bon pays de France.

 

Pendant qu'ils achevaient leurs va-et-vient incessants, en tout bien tout honneur, alourdis de ce vin de champagne qui ne venait pas d'une Marne pouilleuse, leurs épouses légitimes, baronnes en ces lieux, revendiquaient l'éternelle infériorité physique d'une moitié de l'humanité. Réduites au rôle d'utilisatrices passives des feux de cheminée, elles poursuivaient, comme si de rien, n'était une partie de Wasabi, jeu aussi imprononçable que commode quand il s'agit de s'épargner des efforts.

 

Les porteurs, épuisés, regrettaient amèrement ce manque de solidarité et pestaient en chœur contre un absent, électricien de son état, allié objectif de la fée électrique et du pouvoir inique et survolté d'EDF. Lorsqu'il faut lutter contre le réchauffement de la planète, nombreux sont ceux qui usent du moindre prétexte pour se désolidariser d'une si noble cause.

 

Ils en étaient là de leurs récriminations quand une information vint briser leur élan écologique. Le feu de cheminée est un redoutable allié du réchauffement climatique et vomit son pesant de carbone par la cheminée, d'autant qu'ici, le foyer est, à l'instar de la table, ouvert. Tant d'efforts sans aucun bénéfice pour notre pauvre Planète : c'est à désespérer de l'humanité. Il est bon parfois de stère …

 

Énergétiquement vôtre.

A trop tirer sur la corde ...

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article