Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Expression : du mot à maux …

L'art et la manière de noyer le poisson

Expression : du mot à maux …

 Du mot à maux …

L'Oxymoriste triste

 

Nous vivons une époque formidable et l'inventivité des hommes n'a d'égale que leur monstruosité. Quand des êtres d'exception réunissent ces deux dispositions, ils sont remarqués, choyés et entraînés vers l'aventure politique. Ils deviennent ces hommes de l'ombre qui vont mettre en lumière la vacuité de ceux qui pensent nous gouverner.

 

Ils sont les ciseleurs des mots et des expressions qui vont anesthésier le bon peuple de France, si prompt à se nourrir de mots, à se gargariser d'une belle réplique, à se gausser d'une saillie verbale. Les mots pour oublier les maux, rien de bien nouveau, je vous l'accorde, et les beaux parleurs vivent toujours sur le dos de ceux qui les écoutent.

 

Chaque époque engendre des formes. Épique, romantique, allégorique, bucolique, pragmatique, …chacun de ces genres eut ses orateurs. La petite lucarne d'abord et les micros capteurs universels, ensuite, changèrent la donne. L'homme politique se doit maintenant de maîtriser le moindre de ses mots, la plus innocente de ses phrases, la totalité de ses interventions.

 

Dans ce contexte, il a fallu créer des cabinets-conseils, des bras droits de langue de bois, des directeurs de la communication de conscience, des lexicologues de la périphrase. Tous ces petits métiers à tisser la toile d'araignée du quotidien, vivent des temps de bombance. L'époque est propice à leur expansion, le budget de communication de l'Élysée croît de façon exponentielle.

 

Les plus grands manieurs de la langue deviennent « Oxymoristes politiques ». Un joli métier d'orfèvre. Un diapason en main, ils font « raisonner » les mots, cherchant un accord mineur entre deux mots différents. Plus l'unisson sonne creux, plus l'assemblage sera goûteux. Les mots-valises sont depuis toujours ceux qui permettent de voyager loin.

 

Ils assemblent les contraires, les dissemblables, les improbables. Ils les griment sous une belle apparence trompeuse. Ils les détournent de leur contexte pour enrober la réalité d'une belle lumière illusoire. Magiciens, musiciens, coquins, les oxymoristes cherchent à bâtir un fossé autour du réel.

 

« Force-tranquille », leur maître à tous, avait frappé fort : de quoi s'offrir toutes les Rolex qu'il désirait si fort. Une puissance potentielle qui restera en réserve d'une république qu'on ne violera pas, une quiétude pour les possédants qui se satisfera de l'immobilisme des structures. Tout était écrit, rien ne fut compris à temps !

 

« Fracture-sociale », le grand suiveur nous amusa d'une belle illusion. Une brèche qui s'ouvre, une société qui se délite et une expression placebo. Bravo l'artiste !

 

« Développement-durable », le Monde a pris le relais, le capitalisme s'insinue dans la pensée verte et nous vend un concept aussi creux que dangereux. Ce développement qui n'est que la forme aseptisée de la croissance, ce durable qui met le locuteur en avant : « Pourvu que ça dure aussi longtemps que moi ! ». Le durable donne une limite raisonnable au temps : celle de l'Homme.

 

« Identité-Nationale », notre César n'a pas usé de son « devoir-de-mémoire » : oxymore purulent sorti des ateliers secrets de l'État. Il a oublié les sinistres prédécesseurs ou l'adjectif National déclinait la terreur et la violence. L'identité, le pareil ou le spécifique, on ne peut jamais savoir, s'unit au global, au commun. Le mariage du particulier et du général. Creux et dangereux.

 

« Fonds-pourris », les banquiers ne sont pas en reste, ils se dédouanent ( paradis fiscal ?) magnifiquement. Le pourrissement n'est pas de la responsabilité du producteur. C'est le client qui a laissé pourrir. Négligence des autres, irresponsabilité des initiateurs. Quelle pirouette !

 

« Guerre de civilisation », le pompon, comme si la guerre visait à civiliser ou bien à porter la bonne parole sur ceux qui en sont les victimes. Atteindre à la dignité humaine au travers de l'usage des armes, il y a beaucoup mieux, il me semble, pour élever l'âme.

 

« État d'Urgence », le plus curieux mélange qui soit. L'état qui est censé tout prévoir, organiser, programmer et l'urgence qui ne se décrète pas mais s'impose à nous, malheureusement. Doit-on opposer à ce moment douloureux « La République sereine », une idée obsolète si tant est qu'elle ait jamais existé ?

 

« Réchauffement Climatique », le préfixe vient induire l'idée qu'il y a déjà eu surchauffe par le passé et que le climat suit ainsi des variations indépendantes de l'homme. On peut s'en amuser ou lui préférer « Dérèglement climatique » plus judicieux mais convenable.

 

« Français de souche », le ver est dans le fruit et il convient d'analyser ses racines pour savoir qui on est. Curieusement ceux qui nous arrivent de Syrie ne sont pas de souche, ni même de tronc. Les branches à élaguer, sans doute, dans cette belle futaie.

 

Ce mot à maux pervers et cruel n'est pas près de s'arrêter. On nous trompe avec notre approbation, on nous berne et on se précipite. Ces armes lexicales sont reprises, répétées et jamais réfutées. Les oxymoristes ont gagné la partie ; le monde court à sa perte mais les officines de communication se frottent les mains et nos élus se gargarisent de vocables creux.

 

Expressément leur.

Expression : du mot à maux …

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Laure 24/11/2015 14:29

Excellent !
Pauvre oxymore si vilainement dévoyé ! Je me souviens d'avoir fait sa connaissance dans ce ce vers de Corneille quand les gens savaient que le Cid n'était pas une spécialité normande ( contrairement à son auteur) ." Cette obscure clarté qui tombe des étoiles" nous avait intrigués , un peu déconcertés , fascinés .
C'était l'oxymore d'un poète avec toute sa puissance évocatrice et non le "oui mais non " de ces perroquets si médiocres qui prétendent se substituer à nos grands maîtres.

C'est Nabum 24/11/2015 15:24

Laure

Puissiez nous un jour clouer le bec de ces perroquets déplumés et laisser la place aux poètes et aux rêveurs

kakashisensei 24/11/2015 09:53

Nabum,

Ce monde est méchant et impitoyable. Sa nature est notre fatalité, notre purgatoire, notre édifice. Les plus belles contrées peuvent receler les espèces les plus vénimeuses, araignées, serpents, scorpions; les forêts enchanteresses les plus viles tiques, voraces sangsues; les eaux limpides de vicieuses vives, de mortelles méduses.
Le psychisme humain est le produit de la nature d'un monde en perpétuelle dualité où la volupté côtoie le vice, l'ascèse la paresse, la simplicité l'envie, l'abnégation la colère, la santé la gourmandise, la générosité l'avarice, le fidélité la luxure, la dignité l'orgueil.
Il existe une race d'individus inébranlables par les vicissitudes, forts, alchimistes universels et fraternels comme autant d'étoiles scintillent depuis la nuit des temps: Bouddha, Jésus, Hugo, Camus, De Gaulle, l'Abbé Pierre, Mère Thérésa, Mandela, etc
Puis il se trouve une autre race d'individus pire que pire, ils sont l'éther dans la nuit de la cité, systémiques, et qui se vérifient depuis le début des âges, Brutus, Cassius et Judas, c'est la race des traîtres.
Je ne crains que nous ayons atteint le point de non retour car nous avons creusé trop profond jusqu'aux racines du Mal. Pétris dans nos certitudes qu'il s'agissait de l'arbre du progrés, nous nous sommes refusés de faire demi-tour. Nous avons croqué les tubercules. Nous pensions que nous nous goinfrassions d'humanité. Nous nous sommes abreuvés de leurs sucs jusqu'aux délices. Et puis nos sens ont disparu: le goût, la vue, l'ouie, l'odorat, le toucher.
L'enfer de cette divine comédie, la comédie humaine, se referme sur nous.

C'est Nabum 24/11/2015 14:27

kakashisenseil

Le point de non retour, c'est une évidence, mais comment sera cette fin ?
Je crains que les sages n'aient plus aucune influence et que l'enfer sera sur terre.

Les plus méchants, les plus cyniques sont à l'œuvre, ils ont pouvoir et argent, armes et médias. Ils peuvent tout et n'usent de leur pouvoir que pour le mal

Je suis inquiet moi aussi