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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Mais à quoi bon ... ?

Un coup d'épée dans l'eau

Mais à quoi bon ... ?

Les disparates disparus …

 

Il n'est jamais simple de vouloir aider son prochain, de lui apporter un peu de chaleur humaine tout en ayant l'incongrue prétention de souhaiter plus que le simple réconfort alimentaire et matériel. J'en ai fait l'amère expérience dans l'association caritative où je donne de mon temps bénévolement.

 

Le matin, je me suis démené en compagnie d'autres bénévoles afin de préparer un repas de qualité à ces gens qui sont dans le besoin. J'ai même poussé la folie jusqu'à leur proposer de découvrir un plat traditionnel de notre région : une beurrée, dont j'ai déjà évoqué les doux parfums ici. Grâce à un peu de persuasion et à beaucoup de réclame, le plat a connu un succès que l'on qualifiera d'estime. Il est difficile de briser les réserves en matière de nourriture ; oser la découverte est souvent un comportement de personnes sans problème.

 

Mais à quoi bon ... ?

Mon plat régional était une mise en bouche pour accompagner la proposition d'activité culturelle que j'avais suggérée à l'initiative d'une autre bénévole. Celle-ci s'était chargée des inscriptions en mon absence et une quinzaine de bénéficiaires (c'est ainsi qu'on nomme ici les gens qui viennent manger gratuitement) avaient couché leurs noms sur la fiche.

 

J'avais l'envie d'effectuer une visite guidée des quais dans notre bonne ville, de conter et de raconter l'histoire de la marine de Loire tout en animant une balade conviviale avec un goûter et un pot dans un établissement ligérien. Pour l'occasion, j'avais revêtu ma tenue de scène car il n'y a pas de raison de faire les choses à moitié, surtout quand celles-ci sont offertes gracieusement.

 

À l'heure venue, avec mon béret, mes braies, ma chemise médiévale, mes pieds nus et ma bourriche, j'avais bonne mine. Personne à l'appel. Les inscriptions ne comptaient pas, elles étaient restées lettre morte. Je me retrouvais le bec dans l'eau et le moral en berne. « Voilà bien comme ils me remercient », fut naturellement la première sottise qui me passa par la tête ; comme s'ils devaient être redevables de quoi que ce soit vis-à-vis d'un engagement qui n'engage qui moi.

Mais à quoi bon ... ?

Mais quand même ! Je l'avais mauvaise. Seules deux bénévoles souhaitaient malgré tout effectuer cette visite. J'ai répondu à leur requête ; le cœur n'y était pas vraiment. À quoi bon tout ça ? Ne cessais-je de me dire en boucle. Pourquoi vouloir à tout prix ajouter du culturel à l'offre que nous leur proposons ici ? Est-ce une prétention de classe que de vouloir « élever » les autres, leur offrir ce qu'ils ne demandent pas ?

 

Qui suis-je pour me permettre de prétendre apporter ce que je considère comme un plus à ce besoin élémentaire de la nourriture ? N'est-ce pas eux qui me renvoient ma prétention, mon orgueil et ma suffisance de petit bourgeois repu ? J'ai ruminé ma déception en allant sur le quai en tenue de guignol avec mes deux collègues à ma suite. J'avais l'air de ce que j'étais pour le coup :un âne bâté, un bel idiot pédant.

 

À quoi bon prétendre leur proposer un atelier d'écriture, des activités culturelles quand l'indispensable, le vital, le logement, la nourriture ne sont jamais certains ? Ma lecture du monde est décentrée, rendue floue par le prisme de mon confort relatif. Je voulais brûler les étapes, mettre la charrue avant les bœufs. J'entendais déjà quelques détracteurs habituels hurler de rire devant le fiasco que j'avais bien cherché. Tant pis, ils ont droit à leur moment de jubilation !

Mais à quoi bon ... ?

Bien sûr, comment s'étonner que respecter un horaire, une inscription, une parole donnée c'est un privilège de nantis ? Je n'ai pas à m'étrangler de colère en hurlant « À quoi bon ! ». Demain, il faudra recommencer, reprendre le collier, espérer une nouvelle fois que le miracle puisse avoir lieu. Surtout pas de jugement hâtif, surtout pas de jugement de valeur. Ils ne me doivent rien et je leur dois tout ou bien je trahis mon engagement.

 

Je m'en retourne, des questions plein la tête et l'évidence me saute aux yeux : je dois coucher sur le papier cet échec afin de leur donner à lire ce récit tout en me couvrant de ridicule auprès de vous. C'est en se trompant qu'on avance. Pour le coup, je vais sans doute faire des pas de géant !

 

Benoîtement mien.

Mais à quoi bon ... ?

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Laure 10/11/2015 10:15

L'absence le pire des maux ? Mais non , puisqu'elle vous inspire les meilleurs des mots pour rédiger ce billet qui transpire la sagesse .

C'est Nabum 10/11/2015 14:55

Laure

Grandir à partir de ses échecs ...

À ce rythme là, je vais devenir un GÉANT