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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Pousser le bouchon trop loin.

Au pays des mots ...

Pousser le bouchon trop loin.

 

En quête de sens ….

 

Pousser le bouchon trop loin : la belle formule qui mérite d'être extirpée de son goulot afin d'en saisir la substantifique moelle ! Car au demeurant de quel bouchon est-il question en la circonstance qui exigerait sans doute plus de modération que d'action ? À la première lampée, chacun penche vers celui de liège qui vient se mettre en travers de notre chemin quand on veut profiter des douceurs d'un vin de Loire ou d'ailleurs …

 

Prenons cette hypothèse pour argent comptant et voyons ce que ce « pousser » signifierait. Il voudrait signifier l'absence de l'outil indispensable à tout citoyen qui se respecte : « Un tire-bouchon ! » On mesure bien le désarroi de celui qui se trouve en pareille situation, si près du flacon sans pouvoir en avoir l'ivresse. Pousser le bouchon est alors un expédient que nous avons tous expérimenté un jour de grande négligence : l'action est malaisée, le résultat à peine acceptable même si nous parvenons à nos fins. Cependant, c'est le trop-plein qui perdrait alors toute contenance car le cul de la bouteille n'est éloignée du goulot que de trente-trois malheureux centimètres.

 

Il convient d'écarter cette hypothèse ; le bouchon saute mais ne s'enfonce pas plus loin que le flacon. C'est donc d'un autre bouchon qu'il est question et c'est fort heureux sinon, les pourfendeurs de l'immodération nous auraient fait ici un procès en sorcellerie et condamnés à périr dans les feux d'un alambic. J'en ai froid dans le dos !

 

Le bouchon montré du doigt ne serait-il pas automobile ? Il est vrai qu'il est de nature à nous courir sur le système et à nous passer l'envie d'aller boire ailleurs. Cet agglutinement de voitures à la queue leu leu, inertes et parfaitement stupides, pourrait-il faire l'objet d'un déplacement soudain ? Les lois de la circulation sont formelles, le bouchon ne se pousse pas : tout juste peut-il se faire sauter à grands coups de travaux pharaoniques. Il convient d'oublier cette interprétation qui, elle non plus, ne tient pas la route.

 

Il se peut alors que le susdit bouchon soit celui du pêcheur à la ligne. Si de manière statistique on se réfère aux choix électoraux de cette noble corporation, il est vrai que l'on pourrait lui attribuer la formule tant elle a une attirance prononcée pour l'extrême. Cette remarque risquant de plomber ma démonstration et comme je me refuse à voir tourner ce billet en queue de poisson, j'évacue dans l'instant cette détestable acception.

 

Le bouchon serait alors cette obstruction intestine qui provoque bien des désagréments aux personnes sujettes à la constipation chronique. Non seulement ce problème de santé publique ne suppose ni l'ironie ni la moquerie mais il convient de le traiter de manière radicale. Pousser, non seulement ne serait alors pas un problème mais bien une solution. Je ne vois pas qu'il ne faille pas aller trop loin en ce domaine, à moins de redouter quelques éclats.

 

La décence suppose encore de laisser tomber ce qui soulage ces malheureux et de chercher encore plus loin ce bouchon qui exige tant de prudence. Le bouchon lyonnais est un candidat fort acceptable. Il y a bien des domaines où son propriétaire pousse un peu loin ; la note, l'exiguïté de la salle, la pente et l'étroitesse des traboules pour y accéder. Cependant, c'est également ce qui en fait le charme et la langue y est à l'honneur. Je n'envisage pas qu'elle se venge par une expression sournoise.

 

Le dictionnaire ne retient que ces seuls emplois du mot bouchon. L'enquête aurait pu donc tourner court et le coupable ne saurait être débusqué si je n'entendais pas un enfant-roi faire les quatre cents coups dans l'appartement voisin. Comme les parents de ce petit monstre l'appellent affectueusement « Bouchon ! » en se référant plus certainement à sa mine qu'à son comportement, il me vient l'envie soudaine de le pousser plus loin, d'évacuer ce petit diable de ma zone personnelle de tranquillité.

 

C'est donc ça ce bouchon qu'il convient de ne pas pousser trop loin. Je dois y prendre garde ;

mon désir est grand de le pousser dans les orties que les grands mères ne fréquentent plus guère. Les mots me manquent pour qualifier l'absence d'éducation de ce garnement. À trop le laisser tout faire, ses géniteurs vont me mettre les nerfs en pelote. « Poussez pas, on n'est pas des bœufs, osez donc l'éducation ! »

 

Bouchonnement vôtre.

Pousser le bouchon trop loin.

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