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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Prendre son temps.

Dans la salle d'attente du barbier ....

Prendre son temps.

 

Celui qui file entre les doigts.

 

 

Curieuse prétention de ceux qui prétendent prendre leur temps comme si le temps était à prendre ou, pire encore, qu'on puisse le posséder. D'ailleurs n'ont-ils pas l'outrecuidance de penser qu'ils ont leur temps : leur parcelle d'éternité. Ils font sans doute partie de ces gens qui affirment sans sourciller qu'ils ne comptent pas leur temps. Est-ce parce que ce n'est qu'un décompte, un compte à rebours qui nous conduit tous vers le néant ?

 

La peur du vide, la peur de l'inéluctable, de ce temps imparti qui n'en finit pas de nous filer entre les doigts comme des grains de sable est sans doute ce qui les autorise à penser qu'ils ont du temps à perdre, à vendre ou même à donner. Ces êtres sont d'immanents subversifs, ils se refusent à penser que le temps c'est de l'argent, ils viennent saboter les fondements de cette société de fin des temps.

 

Le temps mort, suspendu, libre, voilà bien ce qui peut nous sauver de ce maudit temps présent, celui de la pointeuse et des horaires, du temps facturé et du temps qui s'estompe. Osons arrêter le temps, mettons-le au rythme des saisons, refusons d'économiser notre temps : il n'a pas de valeur, il n'est pas coté en bourse. Le temps est libre comme l'air, il peut s'arrêter aux cadrans de nos montres : ces instruments sont devenus inutiles.

 

Le temps ne sera jamais prescrit. Il n'y a pas d'ordonnance temporelle. Le temps ne sera jamais consacré : même les temps derniers échappent aux religieux de tout poils. Le temps n'est pas fixé, il se se fige pas plus qu'il ne se pose. Le temps va de l'avant, reste en mouvement sans répondre aux injonctions des petits contremaîtres du temps qui se facture.

 

Le temps est libre, il n'a ni chaîne ni prison. Il ne prend pas de repos, il se refuse aussi bien à reculer qu'à se plier aux impératifs des horlogers de luxe. Il ne se réduit pas plus qu'il ne s'allonge. Le temps est bon en dépit des menaces des météorologues et des oiseaux de mauvais augure. Il se passe du présent pour toujours regarder devant lui. Il ignore la crise et sa fin.

 

Ce n'est pas lui qui est en cause, ce sont les hommes qui s'arrogent le droit de vouloir le plier à leurs exigences, à leur folie, à leur cupidité. Le temps ne se mesure ni ne se monnaie. Le temps est immatériel, incommensurable. Il ne connaîtra jamais d'arrêt ni de minute de silence. Le temps se joue des hommes et de leur absurde volonté de tout plier à leurs désirs.

 

Le temps aime danser ; il fait quelques pas de valse avant de se lancer dans une grande farandole. Il bat la mesure, prend la clef des chants, frappe du pied et montre la cadence. Le temps a l'oreille absolue, il n'a pas besoin qu'on lui présente la note. Le temps n'aime pas les soupirs ni même la partition, il ne se décompose pas, se compose tout au plus au gré de ses envies et de la douce mélodie du temps qui passe.

 

Le temps se lève toujours du bon pied ; il se consacre à sa marche immuable, allant toujours de l'avant sans jamais regarder derrière lui. Le temps ne marche pas au pas, même si le temps est parfois canonique, la musique militaire n'est pas pour lui plaire. Il ne se saccade pas, il ne se fragmente pas.

 

Quand le temps est venu des conflits et des guerres, il s'enfuit par l'échelle des temps. Il rejoint le temps astronomique ou sidéral, oublie les humains qui perdent leur temps à s'entretuer. Le temps fait le gros dos, attend que la folie passe. Quand il revient, beaucoup manquent à l'appel : le temps leur a fait défaut, ils sont tombés au champ de déshonneur des temps de crise.

 

Quelques charlots affirment qu'il existe des temps modernes comme s'il y avait des temps

obsolètes, perdus, révolus, dépassés. Le temps est intemporel, il se moque des modes et des courants, des derniers et des nouveaux, des plus reculés comme des anticipations oiseuses. Le temps vit à son rythme et c'est très bien ainsi.

 

Le temps et rien d'autre ; le tien, le mien, le vôtre, je suppose. Nous avons perdu le nôtre à lire ces inepties, ainsi va la fuite monotone de cette création des hommes. Qui maîtrise le temps, domine le monde. Le calendrier et le temps qui passe ont toujours été enjeux de pouvoir. L'église a imposé sa marque, fixé les jours et la suite immuable des saisons. La Lune n'eut rien à dire : elle avait été reléguée aux calendes grecques.

 

D'autres calendriers envisagent la chose d'un autre point de vue. C'est bien la preuve que le temps se moque des dieux comme il se moque des hommes. Il coule comme l'eau sous les ponts ! Le temps ne se prend ni ne se donne. Il va à sa fantaisie ; il est dans l'air du temps et c'est très bien ainsi.

 

Temporellement vôtre.

 

 

Prendre son temps.

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