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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Rendez-vous manqué.

Rendez-vous manqué.

 

Le portrait devra attendre.

 

 

Il est des journées où rien ne se passe comme prévu. Il faut en prendre son parti, suivre le cours des choses telles qu'elles se déroulent et non pas comme nous voudrions les plier à notre volonté. C'est ainsi qu'on tire parfois profit du meilleur et que l'on accepte la contrariété sans en faire grand état. Ce fut ce qui advint pour moi en ce jeudi 19 novembre.

 

Tout a commencé par une visite au Relais pour rencontrer l'ami Christian, responsable de la compagnie des Fous de Bassan qui participe à une action dans laquelle je dois trouver ma place. Je voulais lui présenter le conte écrit avec un bénéficiaire et, par la même occasion, cet homme, auteur dramatique au Burundi avant de se retrouver sans papiers ici.

 

Je ne m'attendais pas à me retrouver embringué dans la répétition d'une chorale improvisée, constituée de bric et de broc, de personnages plus interlopes les uns que les autres selon la grille de lecture du bourgeois établi. À la guitare, Fred, acteur et musicien, chanteur et membre de la troupe. À la correction, Roger, l'auteur accrédité de la bande.

 

Ce fut un bonheur : des textes magnifiques reprenant des airs connus de la grande chanson française. La représentation aura lieu le samedi 24 janvier 2016 au Campo Santo à Orléans avec naturellement quelques bonimenteries à la clef. Me voilà embarqué également dans la troupe des chanteurs. Je me laissai porter par cet imprévu magnifique. Qu'il est heureux celui qui est libre de son temps !

 

De retour chez moi, je pris contact avec l'homme au manteau bleu. Che, comme il s'était fait appeler, m'avait laissé un numéro de portable, instrument indispensable désormais pour les gens de la rue. Il me répondit avec une drôle de voix, dans un message pas tout à fait clair. Il m'attendait néanmoins sur son banc mascotte.

 

Je me mis en chemin, sur la route je croisai le véritable homme du Rio- une aventure que je vous narrerai un jour quand j'aurai enfin la clef d'un mystère que l'on cherche à me dissimuler-.Toujours prompt à pérégriner ou à suivre les souffleurs de vent, notre aventurier des bénitiers se fit un plaisir de m'accompagner, muni de son appareil photographique.

 

Quand nous arrivâmes au fameux banc, Napo était allongé par terre, en position on ne peut plus préoccupante. Agité de tremblements, la bave aux lèvres, il ne répondait à aucune de nos sollicitations. Le pauvre homme sentait la mauvaise bière à plein nez, il était inconscient et particulièrement crispé. Il fallait agir au plus vite.

 

Je le mis en position latérale de sécurité, contrôlai qu'il n'avalait pas sa langue, qu'il ne vomissait pas non plus et cherchai à entrer en communication avec lui tandis que mon camarade appelait les secours. Fort heureusement, il avait lui, un téléphone, un objet que je m'interdis de porter sur moi. Cette fois, force est de constater que c'était utile.

 

Le temps que les pompiers arrivent, notre Napo retrouva une partie de ses esprits, ne se souvenant absolument de rien de ce qui lui était arrivé. Il ne savait plus ni comment il s'appelait ni où il était. Il finit par se souvenir que nous étions jeudi sans plus ample précision. Il était vraiment dans le cirage.

 

C'est ainsi que le trouva le premier secouriste, un sapeur-pompier infirmier qui arriva en véhicule léger. Il fit le premier questionnaire tandis qu'arrivait un VSL avec à son bord trois pompiers dont un médecin. Il fallut parlementer pour que notre homme accepte enfin de monter à bord pour quelques examens complémentaires. Il avait retrouvé ses esprits. Nous devinions qu'il était fort hostile à l'idée d'être évacué à l'hôpital.

 

Sur ces entrefaites, un véhicule de la brigade anti-criminalité de jour arriva aux informations. Les deux agents affirmant qu'ils venaient voir ce qui se passait, ayant vu au loin l'ambulance. Je craignais pour notre homme de la rue bien inutilement. Les deux agents étaient débonnaires : ils virent que tout se passait calmement et repartirent comme ils étaient venus. Je n'en revenais pas.

 

Quelques minutes plus tard, Jacky, alias Napo redescendait de l'ambulance. Il refusait tout examen complémentaire. Il reprenait place sur son banc. Je lui fis la morale, lui décrivant l'état dans lequel nous l'avions trouvé. Il m'écouta et me promit de se faire soigner si ce malaise le reprenait à nouveau. Je me rappelai alors que le dimanche, il m'avait affirmé que, parfois, il sortait de son corps. C'était donc ça : il devait être coutumier de ce malaise étrange.

 

Le portrait attendra. Je pense que ce jour-là, il convenait de le laisser tranquille. Sa liberté est à ce prix. Il n'a pas voulu suivre les pompiers, il a choisi un mode de vie qui le met sans doute en danger. Nous ne pouvons pas le contraindre. Chacun ce jour-là, policiers, pompiers et nous-mêmes étions sur cette ligne. Tout se passa dans la sérénité :d'autres pourront nous reprocher de n'avoir rien fait. Mais, il y aurait eu esclandre. Est-ce souhaitable ?

 

Jacky est adulte, il sait ce qu'il fait. Il a le droit de disposer de lui-même. Je vais le suivre à distance, reprendre de ses nouvelles mais ce soir, il faut lui fiche la paix.

 

Secourablement sien.

Rendez-vous manqué.

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kakashi 21/11/2015 11:28

Des policiers débonnaires ? quelle folie ! Quel mensonge ! M'enfin...

La réalité de la rue, c'est glauque, pathétique, égoïste, violent, arbitraire, irraisonnable, famélique, alcoolique, diurétique, négligé, insalubre.
Voilà le quotidien de nos SDF et sans papiers.

C'est Nabum 21/11/2015 12:04

kakashi

et pourtant tel fut le cas ce jour-là

Pour le reste, je suis tout à fait d'accord