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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Venir

Préfixement sien

Venir

.... + venir

Dérivation hors de saison.

 

Il faut en convenir, voilà un verbe qui aime se transformer au gré des ajouts. Préfixes et suffixes lui assurant bien des travestissements. Nous pouvons à loisir voguer au gré de ses différentes acceptions, nous amuser des variations, dérivations et interprétations. Venir a sans doute un bel avenir tant il parvient à nous surprendre à chaque fois.

 

J'ai beau fouiller dans mes souvenirs, je ne me rappelle pas depuis combien de temps ce verbe si commode me permet de subvenir à mon désir d'illustration de cette belle leçon: quand les mots se créent ainsi, sous les yeux des élèves, de moins en moins ébahis, du reste, au fil des années, devant les possibilités de notre langue, comme s'ils ne parvenaient plus à la considérer comme un objet d'émerveillement.

 

Qu'importe, j'espérais que malgré le manque d'enthousiasme surviendrait le déclic et que naîtrait ce bonheur de jouer avec les mots, d'assembler et de créer, de décortiquer et de comprendre. Cela suppose une maîtrise de la lecture, la capacité à penser au-delà des apparences, à chercher à donner du sens par le décryptage des formes. Nous sommes bien loin des capacités désormais de bon nombre de nos chers élèves.

 

Quel sera le devenir de ces enfants qui ne peuvent considérer autrement que de manière globale un mot ? Reste d'une méthode d'apprentissage qui n'en finit pas de faire dégâts et illettrisme, le plus effroyable résultat est le manque d'appétence pour le vocabulaire. L'aventure des mots n'est pas près de revenir à l'ordre des préoccupations scolaires.

 

Faut-il contrevenir aux injonctions ministérielles pour éviter le naufrage ? C'est à mon sens une obligation morale pour les derniers enseignants qui accordent un peu de valeur à la grammaire, au vocabulaire, au travail sur l'étymologie et l'explication des mots. Ils n'ont qu'à convoquer les souvenirs de leur enfance, les belles leçons de ces maîtres en blouse grise qui aimaient le français et le maniaient avec respect et virtuosité.

 

Ils peuvent encore retrouver les chroniques anciennes d'Alain Rey, quand le service public de la radio considérait encore de sa mission de faire preuve de pédagogie. Désormais, les parvenus qui tiennent le micro usent d'une langue si médiocre qu'il est illusoire de penser qu'ils puissent servir de modèle comme furent pour moi Chancel ou Bouteiller dans ma jeunesse. Les anglicismes sont désormais plus nombreux dans leur bouche que les mots rares et merveilleux.

 

Je me permets, une fois encore, d'intervenir ici pour cette bataille perdue d'avance. Le rouleau compresseur de la médiocrité est en marche ; l'école ne sert plus qu'à assurer l'inculture générale pour les masses laborieuses. Nulle ambition dans les programmes en dehors de ce nivellement par le bas qui assure la réussite de tous sans les moindres exigences.

 

Est-ce que je vais risquer la contravention pour propos subversifs à l'heure du contrôle absolu de tout ce qui s'écrit et se dit dans ce pays ? Peu m'en chaut ; il ne serait pas convenable de sombrer sans hurler la colère des derniers défenseurs de notre langue. Je n'attends aucune subvention pour soutenir ce travail de dénigrement de notre vieille maison à l'abandon.

 

J'entends les veneurs sonner l'hallali : la mort annoncée de notre langue. Les grands anciens, revenant sur leur pas, seraient effrayés par l'indignité des discours officiels. Plus aucun orateur digne de ce nom pour exalter les auditeurs grâce à une langue ciselée, une forme riche et variée, une élocution parfaite et une pensée en adéquation. Nous sommes contraints de nous satisfaire de pauvres parleurs sans conviction, de pantins récitant un texte écrit par d'autres avec un vocabulaire réduit aux acquêts pour être compris par la masse ignare.

 

Ceux-là ne trouveront pas tous les dérivés du verbe venir qui se dissimulent dans ce texte, prétexte à ce gentil délire absurde. Je laisse chercher ceux qui ont encore ce désir magnifique de jouer avec notre langue. Laissez venir à moi les derniers amoureux de notre langue et que ceux qui veulent prendre la plume à leur tour s'offre le verbe « Tenir » en guise d'exercice. Je ramasserai les copies la semaine prochaine.

 

Vocabulairement vôtre.

Venir

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