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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Entre chêne et houx

La légende de YULE

Entre chêne et houx

 

La bûche de Noël …

 

Il était un temps si lointain que nulle trace écrite n'évoquera l'histoire que le vent m'a aimablement soufflée au creux de l'oreille. Que les esprits résolument modernes tâchent de se précipiter dans les temples modernes de la consommation pour y faire emplettes et dépenses somptuaires tout autant qu'inutiles et que les autres prennent la peine de se poser près de l'âtre de la cheminée pour m'écouter.

 

Les hommes d'alors découvraient les mystères de la nature qui étaient encore pour eux sources d'émerveillement et de réflexion. N'ayant pas la prétention de tout savoir ou de vouloir tout plier à leur désir, ils avaient la sagesse d'observer et de chercher à découvrir. En cela, ils étaient bien plus sages que ne le sont nos contemporains, ceux-là même qui conduisent la planète à sa perte.

 

Nous étions alors au début du commencement. L'homme était partie intégrante de la nature ; il n'en était qu'un modeste maillon de la chaîne. Il allait de par la vaste Terre et cherchait tant bien que mal à survivre. Depuis quelques lunes, le soleil semblait s'éteindre. Plus la succession des jours et des nuits avançait, plus il faisait froid et plus l'obscurité croissait et imposait sa force à une pâle clarté qui se réduisait comme peau de chagrin.

 

La nature accompagnait cette lente et inexorable progression vers sa fin. Les arbres avaient perdu leurs feuilles, les animaux se taisaient, les fleurs et les fruits n'étaient plus que de très lointains souvenirs. La tristesse et la désolation devenaient le lot de ceux qui sentaient leur fin proche. Tout autour d'eux n'était que grisaille, obscurité, désolation.

 

Pourtant non, il y avait les houx qui restaient verts. Leurs petits fruits rouge-vif qui étaient apparus lorsque la chaleur et la lumière régnaient encore sur la terre, persistaient obstinément, miraculeusement, quand plus rien ne résistait à la nuit et à la froidure qui recouvraient la nature. À bout de confiance, une femme coupa une branche de houx pour agrémenter sa hutte ou sa caverne. Elle voyait dans ce geste la volonté de réveiller le soleil, de l'honorer en célébrant le dernier fruit qui résistait encore.

 

Bientôt elle fut imitée en son geste. L'humain est ainsi constitué qu'il aime à copier son voisin. En cette période lointaine, il n'en allait pas autrement. Ce fut une razzia de houx, une folie comme les générations suivantes finirent par nous y habituer. Les forêts s'éclaircirent devant cette coupe claire. De ci-de là, des chênes apparaissaient alors, beaucoup plus accessibles qu'auparavant.

 

Comme ils étaient hauts ! Comme ils étaient forts ! Comme ils étaient gros ! Mais que l'homme d'alors était démuni devant ces monstres élancés vers un ciel qui avait perdu toute vigueur. C'est un jeune enfant, plus rêveur que les autres, qui eut cette idée folle de réveiller le soleil. Il fit remarquer que nulle plante n'allait aussi haut dans le ciel et que si quelque chose pouvait réveiller le soleil, ce ne pouvait être que ce grand et bel arbre …

 

Le désespoir était si grand, les nuits si longues, que chaque suggestion était écoutée avec attention. La remarque de l'enfant parut redonner du courage aux siens. Il fallait abattre un géant pour envoyer un signe à l'astre qui s'endormait doucement depuis si longtemps. Les hommes se mirent à l'ouvrage, ils firent tant et si bien, usant de tous les expédients qui étaient à leur disposition, qu'en quelques jours, le grand chêne chut.

 

Dans sa chute, il se brisa en plusieurs morceaux. Une branche s'était cassée dégageant une petite partie, grande comme un bras d'enfant. C'est vers elle que le gamin s'approcha et déclara : « Il suffit que cette bûche monte vers le ciel et le soleil reviendra ! » Non seulement, il venait d'inventer un mot nouveau ; mais il exigeait une chose qui échappait à la raison. Comment faire monter au ciel un morceau de bois ?

 

Il eût passé pour un demeuré, un simple d'esprit, si un vieillard, celui qui était chargé de conserver l'amadou et la braise sacrée, n'eût déclaré qu'il fallait essayer de confier la bûche au serpent qui fait des flammes. Nous étions au soir du solstice d'hiver ; la bûche fut dévorée par le feu quand, après bien des efforts, les flammes s'élevèrent vers le ciel. Le lendemain, les jours cessèrent de raccourcir.

 

Pour les raconteurs d'histoire, il fallait des combats épiques, des rois et des légendes pour expliquer le monde en ces temps où la science n'avait pas encore semé les graines du scepticisme. On évoqua alors le duel du Dieu Chêne et du Dieu Houx. Le chêne en sortait vainqueur au solstice d'hiver, le houx à celui d'été. À chaque fois, un feu de joie accompagnait la victoire de l'un sur l'autre.

 

Pour Yule, la fête qui nous préoccupe en ce Noël pas toujours aussi catholique qu'on veut bien nous le faire croire, la bûche ira dans le foyer pour célébrer le renouveau des jours tandis que le houx honorera portes et maisons pour apporter sa gaieté et l'annonce du prochain cycle. Car il en fut ainsi depuis le début des temps et il n'y a aucune raison que cela change.

 

Immémorialement vôtre.

Entre chêne et houx

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