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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le sondage permanent.

Un avis éclairé sur une opinion de plus en plus obscure

Le sondage permanent.

 

Une question sans fondement.

 

 

La prochaine période sera propice à la prolifération de questionnements multiples, d'interrogations essentielles et de photographies forcément instantanées, l'échéance présidentielle arrivant au galop. On appelle cela : « Sondage d'opinion », une pratique introspective de masse beaucoup plus facile à obtenir qu'une coloscopie. Il faut avouer que la Sécurité Sociale semble plus soucieuse des dépenses publiques que certaines cellules secrètes de l'Élysée ou de partis prétendument Républicains.

 

Nous sommes sondés pour un Oui et plus rarement pour un Non. On nous demande de dévoiler à des inconnus ce qu'on nous honore de bien vouloir qualifier d'opinion. Néanmoins la question vaut plus que la réponse. Le questionneur a plus à y gagner que le sondé. Et il convient de satisfaire à l'attente implicite du questionneur qui se fait un malin plaisir à percevoir une tendance dans un flot de convergences improbables.

 

On se moque des mots et du peuple, ce souverain qu'on ne méprise jamais autant que lorsqu'on feint de s'intéresser à ce qu'il pense ! Nos fins statisticiens, après bien des études supérieures et nécessairement scientifiques, maîtrisent les nombres avec un tel degré d'expertise qu'ils les appellent chiffres, pour leur faire dire n'importe quoi et en priorité ce qu'on attend d'eux. Le chiffre se plie aux intentions du financeur :il a cette aimable délicatesse.

 

Il serait bon de signaler à ces doctes représentants de nos élites intellectuelles qu'une opinion qui se respecte, se fonde sur des connaissances précises. Elles se sont construites grâce à une étude sérieuse du sujet, l'écoute de spécialistes ayant des points de vue contradictoires. L'opinion a besoin de fondations solides et d'un débat d'idées. Elle ne surgit pas d'un claquement de doigt, après un coup de téléphone ou d'une rencontre impromptue. L'opinion prend son temps : ce qui va à l'encontre des envies du sondeur.

 

Évidemment, c'est exactement le contraire qu'on nous impose. Une question surprend un quidam qui se voit, dans l'instant, propulsé dans la formidable famille de l'échantillon représentatif. Flatté par cette distinction qui lui confère immédiatement une autorité incontestable, notre individu lambda répond à brûle-pourpoint à n'importe quoi et son contraire. Il se dresse sur ses ergots, gonfle son ego et répond tout de go en devançant les attentes du questionneur adroit.

 

De ces réponses alambiquées, l'éminent représentant de la caste mathématique donne à comprendre les grandes tendances de ce serpent amer qu'on nous présente sous le vocable réducteur d'opinion publique, lointaine cousine de la salubrité et du salut. Fort de ces données sans fondement, passées à la moulinette des variables de correction flanquées de leurs cousines saisonnières , notre spécialiste en expertise sociale et politique nous explique enfin ce que nous pensons sans même y avoir songé !

 

Les gouvernants, en mal d'ancrage réel dans le pays, utilisent ces outils pour comprendre ce pouls de la nation, eux qui n'ont plus jamais plus l'occasion de le prendre, eux qui sont totalement dépourvus de cœur. Ils se vantent alors de répondre à nos attentes, de devancer nos craintes, d'anticiper nos inquiétudes, d'expliquer nos réactions, de justifier des mesures qui vont à l'encontre de nos intérêts. Merci à eux, nous leur en sommes particulièrement reconnaissants.

 

Il y a quelque temps déjà, par opportunisme ou par stratégie, une candidate malheureuse au poste suprême, avait évoqué la démocratie participative et des comités de citoyens pour participer à l'élaboration des lois : de simples gens que l'on formerait sur un dossier particulier afin de construire des propositions en dehors de la dictature des hauts-fonctionnaires.

 

L'idée a fait un flop, tout comme cette dame qui, depuis, a su rebondir. Son vainqueur d'alors se targuait de mesurer avec une gourmandise étonnante l'opinion de ses « loyaux sujets ». Une multitude de sondages éclairèrent le bon monarque qu'il fut alors et qu'il espère redevenir. Il fonda ses réactions à l'aune des sondages alors que d'aucuns les pensaient intempestives. Le candidat qu'il est redevenu après un échec cuisant, agit de même et n'émet une idée que lorsqu'elle a été validée par un sondage. L'homme tient lieu de girouette ; il anticipe les sautes d'humeur de l'opinion. Rappelons les casseroles qu'il traîne à propos de ces sondages frauduleux et gardons-nous de croire que le président actuel se prive de telles pratiques.

 

Il serait grand temps que s'élève dans ce pays un mouvement de masse pour refuser à tout jamais de répondre aux questions creuses de ces questionneurs nuisibles. Nous avons une bien trop haute opinion de la politique pour la comparer à la lessive ou aux couches-culottes. Les sondages et leurs commanditaires ne font rien mieux que d'entretenir cette confusion qui les sert si bien. Hélas, nos élus, dépourvus d'opinion, aiment à sonder celle de ceux qu'ils s'empressent de trahir.

 

Sansopinionnement vôtre.

Le sondage permanent.

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kakashisensei 04/12/2015 15:34

Nabum,

La police de la pensée unique a de beau jour devant elle, je n'en doute pas.

Aussi détrompez vous: mon cerveau fait parfaitement la différence entre le Bien et le Mal, et j'épouse des valeurs harmonieuses, sinon parfaitement lumineuses. Je me garde d'être Icare, je ne suis pas un fanatique. Non, ce qui nous sépare, c'est que chez vous les méchants sont désignés d'emblée. Toujours les mêmes. Les mêmes que désigne une caste politique dont la propagande est largement véhiculée par les médias de masse au service des premiers.
J'ai et je l'assume, la prétention de ne pas rentrer dans ce jeu clivant, sinon à leur encontre, et de m'aperçevoir que les intérêts au final sont partout. Que le diable aime bien désigné le diable, mais que le vainqueur est incapable de se remettre en cause, fier de ses sottes convictions. Je vous estime dans le clan des vainqueurs, même si vous vous considérez blanc comme neige au soleil. Tant mieux pour vous: à vous les éloges, à moi l'anathème. L'histoire démocratique, c'est juste une question de rapports de force, c'est tout.
J'estime juste avoir le droit de faire parti de l'humanité, voilà mon seul caprice.

C'est Nabum 04/12/2015 15:43

Kakashi

Ni éloges ni anathème, ni vainqueur ni vaincu, nous ne sommes pas de ce monde malsain.
Il n'y a ni bon ni méchant dans cette farandole du pouvoir, il n'y a que des cyniques, des opportunistes, des vassaux

Nous sommes en marge de ces curieux personnages, Seuls ceux-là resteront dans l'histoire, nous ne serons que poussières quand eux seront gros caillou dans les chaussures des générations à venir

kakashi 04/12/2015 13:10

Les chiffres mentent aussi bien que nos politiciens et grands idéologues. Les courbes s'inclinent dans le sens de leurs desseins, avec la complicité d'un nouveau pouvoir dévoyé : le média. Il fait bien plus souvent la pluie que le beau temps dans son vaste espace. Peut-être s'inspire t'il trop des contrées anglo-saxonnes

Les chiffres se manipulent comme les images, comme les mots, comme la réalité. Les "nouveaux chiens de garde" sont les nouveaux Tyrans au pays de Voltaire et d'Hugo : ils reniflent le phonème disgracieux, l'assonance trop libre, l'allitération soupçonneuse. Ils ne se contentaient que de jappements et maintenant ils mordent !.
Ils faut aimer se sentir cocu et le dire bien haut, sinon le quatrième pouvoir s'en mêle et les pires heures de notre histoire resurgissent tels des fantômes invincibles. La clairvoyance est l'ennemi du Mal, et toutes les accusations sont bonnes pour faire taire les âmes récalcitrantes.
Il y a une force invisible au dessus de nos têtes et malheur à celui qui peut la percevoir !
L'enfer est pavé de bonnes intentions ! Quand le diable nous montre la voie de la liberté et de l'amour, c'est pour mieux nous engloutir tout cru.
Hélas pour moi, je me suis réveillé de ce chant des sirènes et depuis je ne rêve plus. Au contraire, nos démocraties me font vomir d'hypocrisie.

C'est Nabum 04/12/2015 13:49

Kakashi

Les comptes vous savez, pour moi ils sont tout autres

Je conte quand eux se contentent d'aligner des chiffres sans aucune imagination et dénués de sens
Je vomis tout comme vous les hypocrites et les jocrisses

à votre différence, je crois en la valeur de la fiction pour détruire les montres qui nous entourent