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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Lettre à quelques Perpignanais de la rue.

Par le truchement des maraudeurs du jeudi

Lettre à quelques Perpignanais de la rue.

 

Chers amis

 

J'ai reçu ce message de quelques citoyens de la rue par la toile, suite à un article relatant ma rencontre avec l'un des leurs. C'est Nabum, voici les mots des personnes à qui j'ai lu ta chronique.
Elles tenaient à ce que je t'en fasse part.

"Tu as fait une vraie rencontre mémorable. Tu te la rappelleras toute ta vie. Ça nous touche car on est SDF. Le partage c'est l'avenir, merci à vous tous"

"Ce que tu as écrit c'est très beau, les gens de la rue rigolent plus que les gens qui sont chez eux. Merci pour ta parole"

" Tu mérites tout le bonheur du monde de la part des zonards de Perpignan"

"Monsieur c'est Nabum tu nous fais chaud au cœur" !

 

Il me semble qu'une réponse s'impose, je ne suis ni meilleur ni plus mauvais qu'un autre ; chacun trouve en lui les ressources et les directions pour donner un peu de bonheur autour de lui. Il ne s'agit pas de faire assaut de générosité ou bien concours de charité. Je sais le rôle de mes amis maraudeurs qui sont bien plus sur le terrain que moi. Ceux-là méritent de tels éloges.

 

Quant à moi, les amis, je reste un homme de plume plus que d'action véritable. Je cherche à traduire mes émotions, mes coups de cœur, mes colères. Si j'ai suivi une fois la virée nocturne de mes amis à la rencontre de vos semblables, c'était plus pour rendre compte que reproduire tous les mois cette aventure. Je ne me sens pas à ma place dans la rue pour partager mes mots et mes récits. C'est ainsi, je trouve que ce n'est pas le lieu d'un tel échange.

 

J'ai décidé, par contre, de m'investir une ou deux fois par semaine dans un restaurant social. J'y suis bénévole et là, les gens de la rue viennent profiter d'un repas chaud et de beaucoup de chaleur humaine. Dans ce contexte, je suis plus à l'aise pour conduire ceux qui le veulent, sur mes chemins imaginaires.

 

Je participe avec eux à une chorale, nous préparons un spectacle, j'ai écrit des contes et des textes en m'inspirant de ce qui m'a été confié lors de nos échanges. Il y a là l'essence même de ce qui caractérise mon action. D'autres préfèrent arpenter les rues pour vous venir en aide : chacun fait comme il peut avec ce qu'il est.

 

Si ce que j'ai écrit, comme vous me le dites si gentiment, est beau, plus beaux encore sont les moments que j'ai offerts à mes amis de la rue. Un spectacle, des contes, des chansons, des écrits, des discussions, des parenthèses drolatiques en les distrayant de mes tirades absurdes. La surprise passée, je leur offre autre chose, autrement. C'est une autre manière de les considérer que de placer notre relation dans une dimension intellectuelle et humoristique. C'est ma manière d'être ; j'espère que vous la comprenez.

 

Votre collègue à qui j'ai offert le manteau bleu a souhaité prendre de la distance pour l'instant. Il a traversé une période délicate durant laquelle il ne souhaitait plus voir personne. J'ai respecté son choix. Il est parti chez lui pour se préparer à l'hiver, récupérer des vêtements. Quand il se sentira disponible, nous reprendrons nos conversations. Vous devez savoir que vous êtes des humains libres et que rien n'est pire que de s'imposer à vous.

 

Vous voyez, il n'y a pas qu'une manière d'aller à votre rencontre. La mienne est écrite, elle vise, non seulement à vivre le partage, mais encore à en faire part à ceux qui ont le bonheur d'avoir un chez eux. Ce n'est pas du voyeurisme, c'est la volonté d'ouvrir les yeux et les cœurs de ceux qui, comme moi parfois, passent devant vous, sans vous regarder ni vous adresser un mot. L'homme est ainsi fait qu'il redoute ceux qu'il ne connaît pas, qui vivent autrement, qui ne lui ressemblent pas. Pour briser cette distance, j'ai choisi de raconter, de parler et d'écrire. D'autres sont plus proches de vous encore. Tous méritent le bonheur et vous, tout autant que ceux qui vous tendent la main.

 

Ne soyez pas surpris. Ma réponse, que notre amie commune vous lira, sera aussi disponible sur la toile. C'est ainsi que j'agis pour que se rompe la chape de silence et de mépris qui pèse sur vous. C'est un geste peut-être dérisoire ; il n'a sans doute pas la force de ces quelques lignes que vous m'avez adressées, mais c'est le mien. Messieurs et mesdames de la rue, là-bas à Perpignan et ailleurs, vous avez mon salut amical et respectueux. J'ai été très touché par vos mots. Je sais qu'ils venaient du fond du cœur ! Merci !

 

Partageusement vôtre.

Lettre à quelques Perpignanais de la rue.

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