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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

De Victor à Johnny

L’inexorable déclin culturel d'une Nation et de ses élites

De Victor à Johnny

 

Les Lumières se sont éteintes ...

 

Le grand homme doit encore en trembler d'effroi. Place de la République, la nation en deuil l'a associé à ce pauvre personnage, caricature de lui-même, pour commémorer le sursaut du pays. La parodie du boulevard Voltaire, une année plus tôt, méritait encore une farce honteuse : elle a été servie au-delà du possible.

 

Nous avons les icônes que notre société fabrique. À ce titre Johnny est bien la parfaite expression de la vacuité des temps. Penser que sa chanson tristounette et sans intérêt puisse porter, à elle seule, l'orgueil d'un peuple qui avait refusé la barbarie, est le symbole parfait de la rupture entre les organisateurs des festivités de l'heure et le peuple qui avait défilé le 11 janvier dans les rues de France.

 

Johnny n'est pas Charlie ; la commémoration n'est pas raison. Vouloir abuser des anniversaires, exploiter le filon, voguer sur l'émotion et la compassion pour en tirer des bénéfices électoraux est d'une insignifiante laideur. Aller chercher ce personnage controversé, indigne, mauvais citoyen, est certes un joli coup médiatique mais une bien piètre conception de la grandeur.

 

Pire que tout, mêler Victor Hugo à cette farce c'est exprimer le nivellement par le bas de nos élites. Il n'y a pas comparaison possible, nul point commun entre la marionnette vivante des guignols et le grand poète, l'immense écrivain, le pair de la nation. Que dire de cette juxtaposition des extrêmes du génie français, si ce n'est que ceux qui osent de telles juxtapositions ne sont que des communicants sans morale ni culture ?

 

Tous ceux qui se sont pressés derrière le vieux rockeur décrépit pour figurer sur la photographie et les inévitables vidéos se sont décrédibilisés, déshonorés ; si ceux-là avaient encore le sens de l'honneur, ils auraient mieux exprimé la chose. Pourtant ils étaient tous là, trop heureux du joli coup de publicité que portait ce pauvre pantin désarticulé. Qu'importe alors si cette chanson ne restera pas dans les mémoires, qu'elle n'ait ni souffle ni poésie, qu'elle se traîne lamentablement comme les chefs d'Etat du boulevard Voltaire. L'essentiel est ailleurs au pays des coups médiatiques.

 

Nous allons subir la farce à longueur de calendrier. La commémoration est devenue la norme, le passage obligé pour une nation qui n'a aucun dessein, aucune grande ambition collective. Il est certes plus facile de prendre une mine pleine de componction que de se lancer dans des discours fougueux, des projets enthousiasmants.

 

Il faut instrumentaliser l'émotion quand plus personne dans cette classe politique déclassée n'est capable de penser un avenir radieux. Les petits comptables de leurs privilèges n'ont plus aucun appétit pour la pensée. Victor Hugo leur faisant bien trop d'ombre, ils aiment à se glisser sous les projecteurs illusoires d'un Johnny Halliday sans consistance.

 

Si nous étions nombreux à nous sentir en sympathie derrière les journalistes de Charlie Hebdo et des autres victimes de la barbarie des fous de Dieu, nous n'avons aucune empathie pour les pardessus noirs qui se pressent pour tirer les marrons du feu, pour redorer leur blason en récupérations honteuses, en manifestations indignes, en discours sans flamme. C'est la conjuration des carpettes, la valse des médiocres, le bal des jocrisses !

 

On imagine aisément les obsèques nationales auxquelles immanquablement aura droit Johnny. Cette époque laissera dans les fosses communes les successeurs de Victor Hugo, les grands poètes, les intellectuels qui restent dans l'ombre et ne jouent pas les vedettes dérisoires sur les plateaux télé. Ce sont des personnages, comme ce triste interprète, qui doivent servir de modèles et de références. On ne peut s'attendre alors à un avenir radieux dans ce pays qui a tout oublié de ses Lumières.

 

Fermons le rideau de cette farce. Un chêne symbolisera la pantomime et il est certain que le premier fruit qu'il donnera sera un gland qu'on s'empressera de nommer, en grandes pompes, Johnny. Vous voyez, ces gens ne sont pas dupes : ils ont conscience de leurs immenses limites !

 

Parodiquement leur.

Pour regarder ce triste moment  :

http://ici.radio-canada.ca/breve/41175/johnny-chante-un-dimanche-janvier-pour-victimes-at

 

De Victor à Johnny

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kakashisensei 12/01/2016 19:48

L'invective pour les uns, la censure pour les autres, je suis Charlie ! Quelle vaste engeance ce slogan, aussi réducteur que tyrannique.

Et puis Charlie parlons-en: qu'aurait pensé Hugo de ce journal ? De leur vulgarité chronique, de leur gribouillons icônoclastes dénués de pensées et de morale ? D'un dessinateur qui montre ses couilles à la télévision ?

Que penserait Hugo du multiculturalisme libéral actuel, lui le libertaire socialiste, en voyant les mini-jupes troquées de plus en plus pour des foulards et des burqas ? Ou encore, en observant la propagande de la ligne unique de pensées que nous imposent les médias, cet ordre nouveau qui se hisse fourbement dans les cervelles, brûlant tant les drapeaux que les peuples et les valeurs de la France ?

Ordre nouveau dont vous vous faîtes le chantre quelquefois, Nabum.

C'est Nabum 12/01/2016 20:07

Kakashi

Remarquez que je n'ai jamais réclamé ce slogan réducteur y compris dans ce billet
Tout ce qui simplifie est dangereux, tout ce qui divise est mortel et tout ce qui bêtifie est de cette société;
Je sais le reproche que vous ne cessez de me faire, je vous trouve bine injuste défendant tout autre chose à mon avis

XXXS 12/01/2016 18:35

La chute des grands hommes rend les médiocres et les petits importants. Quand le soleil décline à l'horizon, le moindre caillou fait une grande ombre et se croit quelque chose.”
Victor Hugo

C'est Nabum 12/01/2016 19:01

Victor reviens !