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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Sommes-nous tous devenus ainsi ?

Quand se ferment les portes de l'humanité

Sommes-nous tous devenus ainsi ?

 

Un transport si peu commun …

 

 

Je ne suis pas un habitué des transports en commun. J'avoue ma honte et l'inconséquence de mon inconduite routière, préférant aller librement sur mon deux roues plutôt que d'œuvrer pour la survie de la planète. Nous sommes tous ainsi constitués de quelques contradictions avec lesquelles il nous faut composer pour faire semblant de conserver la tête haute. Mais ceci est une autre histoire …

 

J'allais donc dans ce tramway à la poursuite d'une destination qui me permettait cette entorse à mes habitudes. Je montai dans une rame relativement bien remplie. Il restait une place assise que je me permis de prendre, ayant une lecture à faire. Je saluai mon voisin qui ne me répondit pas. Sans doute avait-il des soucis en tête ?

 

Quelques arrêts plus loin, ce monsieur voulut se lever ; il le fit sans rien me dire, me contraignant à me lever pour lui faire place. Si la manœuvre est légitime, il aurait pu se fendre d'un pardon ou bien d'un « excusez-moi » qui aurait indiqué que nous étions entre gens de bonne compagnie. Hélas, il n'en fut rien et notre taiseux s'en alla sans même un petit « Merci » pourtant si agréable à entendre.

 

Je lui fis remarquer aimablement que le remerciement ne coûtait rien et faisait grand plaisir. Il ne releva pas et descendit sans un regard pour cet impertinent qui pense encore que les voyageurs peuvent avoir des attentes sociales. La suite fut, hélas, d'un autre tonneau et je vis alors que c'était votre serviteur qui constituait désormais l'exception dans ce monde en déliquescence.

 

Un arrêt plus loin, j'avais replongé dans le poème de Maurice Hallé, ce merveilleux auteur patoisant oublié, qui fera partie de notre prochain spectacle, quand je levai la tête pour découvrir sur le quai un homme bien emprunté. Il avait une poussette devant lui, un enfant assis dans celle-ci et personne sur le quai pour lui venir en aide.

 

Il parvient toutefois à entrouvrir la double porte du tramway au moment même où retentit le signal du départ. C'est à cet instant que je lève la tête, me lève précipitamment et traverse la wagon pour lui venir en aide. Trop tard : le véhicule s'ébranle ; le chauffeur indifférent sans doute, n'ayant pas daigné arrêter son train pour ce père et son enfant.

 

J'arrive à la porte, je ne peux que constater qu'elle s'est refermée, le départ du tramway repoussant la poussette pour que se poursuive l'inexorable marche de ce transport collectif. Je suis en colère que personne n'ait bougé le petit doigt pour venir maintenir la porte à cet homme et son enfant. J'exprime mon désarroi à haute voix : «  Vous auriez pu aider ce monsieur avec la poussette ! »

 

Le « Vous » est collectif, il s'adresse aux six personnes à proximité directe de la porte. C'est un seul individu qui se sent directement agressé par ma remarque, une sorte de brute épaisse, bas de plafond, costaud et sans doute prompt au coup de poing. Immédiatement ce quidam réplique de manière véhémente, le tutoiement s'impose à lui et le ton respire la distinction.

 

« Mais de quoi il parle celui-là. Je te parle pas moi ! Tu me fiches la paix, j'ai pas besoin de tes remarques de m... ! » Je reste calme ; la brute n'a pas bougé, elle est appuyée contre la paroi et ne fera pas le moindre geste en dépit de ses rodomontades. Je précise alors que ce candidat passager avec une poussette aurait apprécié qu'on lui tienne la porte ouverte.

 

Que n'avais-je pas dit ! Le bas de plafond me réplique que ce n'est pas ainsi qu'on monte dans un tramway avec une poussette. L'homme me semble être un spécialiste de la chose, il n'a manifestement pas le profil du père de famille, mais je me garde de le tancer sur ce point de détail. Le ton monte et monsieur-muscle réitère : « Tu me parles pas ! Tu n'as rien à me dire ! J'ai pas à te parler ; pourquoi tu me parles ? »

 

J'apprécie la richesse de son vocabulaire, sa maîtrise de notre langue et la variété de son argumentation. Malgré l'agressivité du propos et le regard haineux qu'il me lance, je le devine sur la réserve. J'en rajoute un peu. « J'aurais simplement souhaité que vous fassiez preuve d'un peu de compassion pour ce passager ! » Je reconnais que le coup était mesquin ….

 

Mon interlocuteur s'énerve ; il en bafouille et reste en boucle sur son argumentation. « Tu me parles pas. Arrête de me prendre la tête. Pourquoi tu me parles ? » Cette fois l'occasion est belle et je porte l'estocade. Je suis sans pitié pour ce triste sire, j'avoue user sans discernement de ma supériorité du moment. « Je m'adresse à votre conscience, c'est à elle que va cette remarque ! » Cette fois il est sonné. Il ne bouge plus, il ne répond rien.

 

Le temps que ce mot prenne sens dans son pauvre esprit, je suis arrivé à destination. Je descends en lui laissant un sonnant « Au revoir ». Naturellement je ne reçois aucun écho. J'ai pu observer du coin de l'œil le regard des autres passagers. Ils m'ont lancé des signes discrets d'approbation, oubliant, eux aussi, qu'ils n'avaient pas bougé. Sommes-nous donc tous devenus ainsi, pleutres et couards, vulgaires et égoïstes ? Pourquoi suis-je le seul chevalier blanc dans cette rame de l'indifférence ?

 

J'avais envie de vous restituer cette tranche de vie, cette algarade sans importance ni conséquence. Le pauvre type ne changera sans doute jamais : sa manière de comprendre le monde est bien trop limitée. Les autres, ils adhèrent à distance, sans rien dire, lâchement et mesquinement. Pas un mot d'encouragement, pas un sourire : tout s'est passé en catimini. La peur de la montagne de muscles qui n'a pas bougé un cil. Pauvre nation ; le courage manque singulièrement à mes concitoyens !

 

Chevaleresquement vôtre.

Sommes-nous tous devenus ainsi ?

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Inocybe de Patouillard 26/01/2016 18:31

Ces manières si viles
Des gens des villes
Sans urbanité
Si peu policés
Cela me fait tiquer
Moi le rustique .

C'est Nabum 26/01/2016 18:39

Inocybe

Je ne m'habitue pas à ces comportement urbains si peu urbains
Rassurez-vous, nous sommes sur la même longueur d'onde

kakashi 26/01/2016 15:05

Nabum et Bernard,

Par conviction écologique, j'ai pratiqué l'exclusivité des transports en commun pendant douze à treize ans, avant d'être dans l'obligation de passer mon permis de conduire pour des raisons professionnelles.
A Lyon, il y a la Place Bellecour attenante à la Place Antonin Poncet , l'énorme façade de la Poste lui faisant face. Puis une petite rue transversale débouchant sur cet ensemble aéré, la Charité, contigu à "l'Estafette".
C'est donc sur la fin de la rue de la Charité, juste avant de s'ouvrir sur les places Bellecour et Antonin Poncet, que se trouve, longeant le mur de la Poste, une rangée de terminus desservant la banlieue sud.
J'en étais un usager régulier.
Aujourd'hui je ne sais pas, mais à l'aube de ma majorité, passé une certaine heure du soir, cet endroit était régulièrement malfamé, hanté fréquemment par des hordes d'abrutis qu'il fallait malheureusement se farcir durant le trajet.
De ces "pauvres jeunes", "victimes d'exclusion", j'en connaissais quelques uns, seulement de réputation.

Mon meilleur ami, les potes de son club de Rugby et moi-même, nous étions rendu en ville un samedi soir, pour boire quelques canons ensemble, passer du bon temps.
Vers minuit, nous montions dans le dernier bus pour regagner nos domiciles respectifs. L'espace était saturé de voyageurs de bonne famille, plutôt jeunes, notre âge. L'ambiance était enjouée. Notre petite bande se retrouva dans l'obligation de se séparer ici où là pour obstruer encore un peu plus le peu d'air qu'il restât à obstruer.
Puis au moment de partir, le chauffeur ouvrit une dernière fois ses portes, pour laisser rentrer deux lascars d'une horde habituellement plus nombreuse, et qui semait régulièrement la discorde, du moins à chaque fois que j'eus l'occasion de partager mon parcours avec eux. Une impression de trouble et de peur gagnait toujours l'ensemble des voyageurs.
Donc, ce soir là, ils n'étaient que deux. Ils commencèrent à s'en prendre à une fille. De mémoire ça donnait une chose à peu près comme ça : "Oh là là, mademoiselle, t'es charmante... Pourquoi tu rougis... Regarde (à son acolyte) elle rougit.. Avec des joues rouges comme ça, tu dois en sucer des bites !". L'atmosphère conviviale du départ avait laissé place au silence. On n'entendait plus qu'eux insulter sans relâche d'obscénités en tous genres cette pauvre jeune fille ; si bien qu'un des rugbymen avec lequel j'avais passé la soirée, se trouvant à mes côtés, pris la parole à son tour, et s'adressa à nos deux lascars en ces termes : " avec les conneries que vous sortez, il doit vous en manquer des neurones les gars ! Maintenant fermez vos gueules, on vous a assez entendu !"
Sa réplique eut le mérite, par bonheur pour la jeune fille, de consacrer l'attention de nos deux poëtes en herbe, exclusivement sur nous deux. Ils nous promirent et se jurèrent de nous "niquer nos mères" et "nos races" entre autres lyrismes raffinés, dès lors que nous descendrions du bus.
Quelle ne fut pas leur surprise, à l'arrêt de notre destination quand ils constatèrent qu'ils étaient deux contre huit, dont certains, avouons-le, beaucoup plus "costauds" qu'eux ! Ils s'en allèrent, non sans discontinuer leurs algarades, la tête haute mais la queue entre les jambes.

Une autre fois, j'avais passé la soirée en compagnie d'une copine et nous nous en retournions chez nous toujours sur la même ligne. Cette fois, il n'y avait que nous dans le transport et la horde surexcitée réunie au complet. Nos deux précédents lascars en furent bien entendu. Ils ne fallut pas longtemps pour que les saloperies et les insultes fusent à notre intention. Comme ça, gratuitement, comme toujours. J'avais une boule au ventre, mais je tâchais de la dissimuler. Je ne me souviens plus des propos que je leur répondis, excédé, mais toujours est-il que je fus étonné, moi qui m'attendais à recevoir la horde déchaînée en pleine figure (déjà vécu mais c'est une autre histoire), de les entendre uniquement grogner deux trois vociférations à notre endroit puis nous oublier le reste du trajet.
Arrivé à mon arrêt, je laissais mon amie seule regagner son domicile . A mon plus grand regret aujourd'hui. Dans ma tête, je les savais abrutis, mais je n'imaginais pas qu'un seul des ces individus puisse avoir la lâcheté de s'attaquer à une fille. D'ailleurs, je n'avais jamais connus, d'expérience à cet âge précis, de garçon s'en prenant physiquement à une fille. J'avais tort, inexpérimenté, candide, bien couillon surtout.
Le lendemain j'étais convoqué à la gendarmerie de ma ville pour y être auditionné comme témoin.
En fait, une de ces racailles était descendu en même temps que cet jeune fille, l'avait coincé, peloté, pour finir par lui balafrer légèrement le visage avec un cutter. Ca lui faisait comme des griffures de partout. Rien d'immuable, de définitif, fort heureusement. Son minois s'en remettrait avec un peu de temps.

Voilà Nabum, une image, un constructivisme, qui n'est pas rose bonbon.

C'est Nabum 26/01/2016 15:31

Kakashi

Que répondre ?

La bêtise est sans limite et parfois à vouloir intervenir on peut provoquer pire encore

Mais ne rien faire c'est donner raison à ces monstres

Bernard Mellot 26/01/2016 07:30

C'est Nabum ... Ces scènes sont quotidiennes pour le specialistes des transports en communs que je suis devenu.
Non tu n'est pas le seul Chevalier Blanc ... la race n'est pas morte et mon petit doigt me dit que même si elle est marginale elle perdurera.

A Paris A lyon A Lille Dans les trains de la SNCF il existe encore des irréductibles personnes polies et bien élevées qui savent donner leur place aider leur prochain en cas de besoin.

Il est vrai que la race des ignorants et des égoïstes a gagné la majorité ... mais restons confiants et regardons du côté de ceux qui filent la main !

Bonne journée ... aujourd'hui au programme pour moi ... train Rer avion tram avion rer train ! Que d'occasion !

C'est Nabum 26/01/2016 07:45

Bernard

Je ne doute pas que tu sois ainsi
Il y a une éducation qui nous a été transmise par le rugby et aussi c'est certitude qu'un coup de poing éventuel ne nous fera pas reculer.
Tu vas pourvoir porter la bonne parole avec un tel programme

Sache que si tu veux un peu de paix, samedi LaBouSol se produit chez toi.