Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un sablier dans une salle de bain.

Les curiosités du quotidien

Un sablier dans une salle de bain.

 

Le grain de sable qui m'intrigue.

 

Il vous arrive parfois, en pénétrant dans un lieu inconnu, de tomber en arrêt devant un détail saugrenu qui interroge, trouble et met immanquablement en branle la machine à échafauder des hypothèses. C'est ainsi que l'aventure me surprit en me trouvant nez à nez avec un sablier au beau milieu d'une salle de bain.

 

Le Ligérien que je suis a un profond respect pour le grain de sable. Jamais ne me viendrait à l'esprit qu'il puisse être là pour apporter son lot de désagréments ou d'irritations. Si le langage donne souvent le mauvais rôle à ce petit fragment de silicium qui viendrait, selon la rumeur détestable, gripper les plus belles mécaniques et enrayer les entreprises humaines, je crois tout au contraire qu'il apporte douceur et quiétude quand on aime à se coucher dessus.

 

Mais que diable ces grains de sable avaient-ils besoin de se regrouper dans un sablier, instrument qui mesure le temps quand celui-ci se permet de vous retourner l'esprit ! Maître queux je pensai immédiatement que mes hôtes avaient mis au point une procédure pour préparer l'œuf mollet dans un bain chaud. J'avoue que la chose me semblait farfelue et peu économe en énergie comme en eau, mais vous savez tout aussi bien que moi que toutes les perversions sont dans la nature.

 

Je laissai tomber bien vite cette hypothèse culinaire : la cuisine n'a que faire entre baignoire et lavabo. Il me fallait explorer plus avant le contenu de cette étagère où reposait l'énigme du jour. C'est alors que j'aperçus un vaporisateur qui, d'après ce qu'il y avait écrit dessus, contenait de l'eau de mer. J'avais donc affaire à des nostalgiques, des déplacés d'une région maritime qui avaient besoin de retrouver leur cher océan par ce subterfuge.

 

Je doute de l'efficacité de la pratique. Il faudrait y ajouter le bruit des vagues, les parfums des embruns et les cris des oiseaux. Rien qui puisse tenir dans ce modeste sablier ou dans ce vaporisateur que je me gardai bien d'utiliser. La curiosité a des limites. Je restai donc le bec dans l'eau en cette salle de bain qui prenait l'allure d'un puzzle étrange.

 

Je ne pouvais me contenter de ne comprendre goutte. Il y avait certainement une raison, un motif acceptable pour justifier cette présence parmi les onguents, les pommades, les parfums et autres produits de beauté. C'est alors que l'abondance justement de tous ces flacons me poussa à penser que les habitants de ce lieu avaient tendance à occuper trop longtemps ce petit vestibule de toilette.

 

Le sablier pouvait signifier le temps imparti. Cette fois, j'émis une réserve qui me força à retourner l'objet de mes supputations. Le temps imparti permettait-il de se faire une beauté ? Hélas, le verdict tomba rapidement : le sablier était des plus communs, de ceux qui vous donnent trois minutes et pas une de plus. La toilette demande plus de temps, y compris au sein d'une famille nombreuse.

 

Je tournais en rond. J'en oubliais de me laver les dents, ce que justement j'étais venu faire en ce lieu fort commode pour cet usage intime. Je me perdais en conjecture ; je n'avais plus qu'à faire ce que j'avais l'intention de réaliser. Une dernière fois, je retournai la question en tous sens et le sablier par la même occasion et me mis en besogne, la brosse à dents à la main.

 

Je frottais, frottais, respectant les consignes et les recommandations de la Faculté. Durant ce temps, le sable s'écoulait, inexorablement, inéluctablement. Mon esprit allait de ce lent écoulement à l'action d'hygiène bucco-dentaire qui m'occupait présentement. Je devais me résigner à l'impuissance et me satisfaire de retrouver une haleine fraîche et une denture convenable.

 

C'est la bouche en cœur et la réplique idiote que je sortis de là en demandant à la cantonade ce qu'un sablier pouvait bien faire dans une salle de bain. La réponse fusa, cinglante pour ma plus grande confusion. «  C'est pour se laver les dents ! » Moi qui venais justement de réaliser cette opération, je me perdais en supputations.

 

J'étais encore de ceux qui utilisent une brosse à dents mécanique, tristement manuelle pour réaliser trois fois par jour ce petit geste si nécessaire. D'autres avaient depuis longtemps fait le choix de l'appareil électrique et j'apprenais que désormais il existait un clan qui usait du sablier pour cet usage.

 

Où pouvait-il mettre le dentifrice ? Comment enfourner pareil engin dans la bouche ? Je restais bouche bée et j'étais assez content de m'être soigneusement brossé pour ne pas ajouter au ridicule de ma posture le manque d'hygiène. Mes hôtes comprirent qu'ils avaient affaire à un sot de la pire espèce et, fort généreusement, me tirèrent de mon abîme de perplexité.

 

« Les enfants retournent le sablier quand ils se lavent les dents. Ils doivent frotter durant 3 minutes pour que le lavage soit parfait. C'est ce qu'ils ont appris à l'école. » Décidément, on apprend à tout âge ; je venais de quitter l'enseignement et j'avais encore des choses élémentaires à découvrir. En ce jour de l'épiphanie, la couronne revenait à celui qui avait trouvé le grain de sable.

 

Buccalement vôtre.

 

 

Un sablier dans une salle de bain.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article