Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Caliméro

Et si tout cela n'était qu'une farce ?

Caliméro

 

Souriez, il faut tout pardonner.

 

On me reproche bien souvent mon incurable propension à jouer les Caliméro de service, moi qui refuse de m'exonérer de ces merveilleux défauts qui font les vrais caractères de cochon. À ce titre, je me démarque de ce trait si particulier à notre époque, résolument moderne et incurablement pragmatique, qui veut que l'on passe l'éponge sur tous les affronts et contrariétés pour ne pas être considéré comme un être rancunier.

 

C'est là, en effet, la marque de la tolérance absolue, pour être un individu émancipé, positif, convaincant, aimable et fréquentable : il convient, à longueur de temps, d'avaler des couleuvres, de manger son chapeau, de taire ses griefs, de faire risette à ses adversaires et de s'en bien porter. On appelle ça « la classe » et on s'honore de ne plus avoir d'amour-propre !

 

Être trompé, trahi, grugé, manipulé, diffamé ou subir d'autres aimables désagréments que ne manque pas de nous apporter cette vie sociale si agitée, n'est rien, à la condition de ne pas s'en plaindre, de garder le sourire et surtout ne pas remuer ciel et terre pour obtenir justice. Les coups tordus quand ils vous viennent de plus puissants, de plus connus, de plus forts que vous doivent rester silencieux : c'est le code d'honneur du valet distingué.

 

Les véritables vilains, les affreux, les très méchants sont ceux qui se mettent en colère, qui s'indignent, qui se rebiffent, qui ruent dans les brancards et font grand tapage quand ils sont les jouets de ceux qui détiennent une forme de pouvoir. L'amertume se tait, la rancœur est honteuse, la vengeance déshonorante, la révolte contre-productive. Un bon citoyen est un pion silencieux, une victime consentante, le jouet docile des puissants, des importants, des chefs et de tous ceux qui ont un peu de poids dans le concert public.

 

Il convient, dis-je, d'avaler les couleuvres sans jamais recracher son venin. Si la zoologie se satisfait d'une telle formule, l'estomac et les humeurs en sont pour leurs frais. Il faut supporter l'insupportable, mettre son mouchoir par-dessus tous les coups tordus qu'on vous fait subir. Et si vous vous plaignez de ne pas avoir votre chance, si vous vous indignez d'un traitement inéquitable, si vous protestez contre des conditions iniques, si vous vous étranglez devant des injustices manifestes, c'est vous qui passez pour un mauvais coucheur, un « Caliméro » comme beaucoup aiment à vous le cracher à la face !

 

C'est si facile ! Car, à bien y regarder, c'est vraiment la volonté de maintenir en place, sans remous ni douleurs, les situations dominantes injustifiées, en taisant les compromissions, les entorses à la morale, les arrangements douteux entre margoulins. Les lanceurs d'alerte sont des furieux, des jaloux, des frustrés, des mauvais coucheurs … Ce sont ceux qui dénoncent qui sont montrés du doigt et non les tricheurs, les menteurs, les bandits en tous genres qui portent haut et fort leur malhonnêteté.

 

Mieux même, quand un margoulin notable a été démasqué, qu'il a été un temps moqué et mis sous les feux de l'actualité, bien vite, le bon peuple amnésique va s'empresser de lui accorder pardon et octroyer oubli et confiance pour l'élire à nouveau, lui redonner une bonne place, rétablir son honneur ou sa respectabilité. Quant à celui qui l'avait traqué, aucune pitié : on ne remue pas la boue, monsieur !

 

Je me moque de tout ça. Je ne partage pas cette morale de bas étage. Quand il y a quelque chose à dénoncer, je le dis, je l'écris, en dépit de vos remarques outragées, du risque de déplaire, de la certitude de m'aliéner ceux qui sont si bien dans le panier de crabes. Ne cherchez pas à m'acheter : ça ne marchera pas. Caliméro est incorruptible ; c'est ce qui le distingue de vous qui vous abaissez devant le pouvoir, qui vous agenouillez devant l'argent et la gloire.

 

Ne cherchez pas à me convaincre. C'est peine perdue. S'il faut être banni, proscrit, rejeté, je l'accepte volontiers ! Rien n'est pire que de devenir ce que vous me demandez : une carpette, un valet, un mollusque, un pantin en silicone pour amuser les puissants. Ceux-là ne trouveront jamais grâce à mes yeux, quoi qu'il m'en coûte et m'en coûtera encore.

 

Rien n'est pire que la servilité, la soumission, la lâcheté, la veulerie, l'obséquiosité. Caliméro vous salue bien ; au royaume des grimaces et des courbettes, je n'ai pas ma place. La vôtre est peu enviable et je vous plains sincèrement. Vivez courbés ; on va certainement très loin dans cette posture mais c'est en perdant sa dignité et son honneur.

 

Rebellement vôtre.

 

Caliméro

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

mobal 13/02/2016 10:14

Bien sûr, mais le difficile , en naviguant sur la ligne de crête,c'est de percevoir à quel moment précis dire "non, ça suffit !". Car on vous rétorque :"mais vous n'aviez rien dit avant!"Votre démarche est alors incomprise , à moins qu'auparavant vous ayez donné quelques signes de prévention . Comme chacun a ses propres lignes jaunes , la cohabitation est tout simplement une question d'urbanité , de civilité , notions bien dépassées aujourd'hui , où le maître mot est "tout pour ma gueule!" (voir le dernier épisode pantalonnesque chez les écolos)

C'est Nabum 13/02/2016 10:28

Mobal

Pour beaucoup rien est préférable à trop

Avaler des couleuvres n'est pas de mon goût !
Que faut-il faire ?

Pendre le risque de déplaire et ne ne jamais être écouté ?

Rien n'est pour ma gueule et tant pis je ne reste sur incompris par le panier de crabe

Jean du MoDem 13/02/2016 09:21

C'est Nabum est un disciple de "mon ennemi c'est la finance".

C'est Nabum 13/02/2016 10:29

Jean

Nullement

Celui-ci est un menteur, traître et incapable
Je crois en un Monde plus humain et c'est une tare de nos jours