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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Pour un mot de trop …

Les réseaux asociaux

Pour un mot de trop …

 

Le pouvoir de tout briser.

 

Un mot malheureux, un mot de trop, et tout est différent. Nul ne peut mésestimer le pouvoir de la parole, la force destructrice ou bien constructrice de la langue. Je me souviens de discours d'avant match au rugby quand j'étais entraîneur où une expression changeait le cours des choses, renversait les montagnes et emportait l'adhésion de tous. Je sais aussi, hélas, par expérience qu'une réplique assassine suffit à tout briser pour toujours !

 

La langue est la plus belle et la plus redoutable compagne. Il y a des mots qui blessent, des mots qui tuent, d'autres qui rendent amoureux ou bien simplement heureux. Nous n'apprenons pas assez, il me semble, à prendre conscience de l'impact de ces petits signes qui, réunis, font sens et émotion, colère ou bien tendresse.

 

La facilité, désormais, d'échanger des messages accentue ce pouvoir incroyable de ces petites choses qui sont la quintessence de notre pensée. Pourtant sans raison garder, sans en mesurer la portée, beaucoup lancent des répliques et s'étonnent ensuite de se retrouver le bec dans l'eau. Le mot de trop a encore frappé ….

 

La rupture du dialogue est alors inexorable ; s'ensuivent fâcherie ou bien haine, colère et sentiment de trahison. Le mot de trop est si puissant que nul mot qui soigne ne peut intervenir, réparer ce qui, en quelques secondes, est devenu irrémédiable. Toute notre conscience se froisse à sa lecture : il provoque un tremblement d'âme et nous laisse sans force et sans pardon.

 

Il existe pourtant des mots, des mots qui manquent, des mots oubliés, des mots tus, avalés, étouffés. Ceux-là nous restent en travers de la gorge : on oublie de les prononcer ; on ne prend pas la peine de les écrire. Curieusement ce sont souvent des mots doux, des mots de paix ou de tendresse. Ils laissent la place aux mots guerriers, belliqueux, vindicatifs, haineux. Ceux-là dominent les conversations, remplissent les hémicycles et les cours d'école, les routes et les trottoirs. Nous avons un penchant mortel pour le mot qui fait mal.

 

Quand découvrirons-nous la modération du propos, le sens du pardon, l'envie de ne pas froisser ? Faut-il reprendre totalement notre éducation pour éradiquer de notre vocabulaire toutes ces vulgarités qui symbolisent cette époque de haine ? L'amour du prochain : une belle idée qui a fait long feu. C'est la haine de l'autre qui a pris le pas, qui nous prend au mot.

 

Pauvres humains qui ont bien plus d'injures dans leur registre que de mots tendres et doux. Pauvre société qui laisse se développer, un peu partout, l'usage immodéré de la saillie langagière, du propos acerbe, de la formule grossière. Bien des bouches sont devenues des tout-à-l'égout de la pensée. Une pensée d'ailleurs si limitée qu'elle se plaît dans la fange et l'ordure.

 

Comment inverser le cours des choses, comment réapprendre les jolis mots, les mots qui touchent et qui émeuvent ? Certes pas en simplifiant leur orthographe, en raccourcissant leur graphie, en les synthétisant, en les numérisant. Le mot a besoin de temps, de réflexion, de distance. La folie de la vitesse donne toute la place aux mots de trop au détriment des mots sentis, pesés, réfléchis, mesurés.

 

Prenez garde, vous aussi, à ne pas vous laisser aller à la facilité de ces mots qui fusent dans des échanges sans importance. Le temps de la relecture s'impose tout autant que celui de la réflexion. Il est grand temps, en effet, de reconquérir la lenteur, d'apprivoiser la modération, de découvrir la langue belle et de laisser tomber cet ersatz de communication qui a envahi les réseaux sociaux, les échanges et les rapports humains.

 

Osons le silence avant de répliquer. Osons la tendresse face à l'agression. Osons la beauté devant la laideur. Les mots gagneraient à être dits autrement. Ce billet a été écrit à propos d'un mot de trop qui a rompu une amitié. Fasse qu'il soit effacé par la lecture de ce pauvre appel à la tendresse du vocabulaire.

 

Délicatement vôtre.

Pour un mot de trop …

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Catherine 17/02/2016 11:48

Le mot de trop et les pattes en moins ?
Forts en orthographe, n'oubliez pas la Nature !

C'est Nabum 17/02/2016 12:14

Catherine

Avec l'orthographe non seulement vous me coupez les ailes mais vous m'interdisez d'écrire

Kakashi 16/02/2016 16:02

Moins des mots que des idées, dirais-je. Et surtout de celles qui en appellent à se méfier des mots, à les ostraciser dès lors qu'ils contreviennent aux prescriptions.

La toile est un grand cirque de partouzeurs et de voyeurs... D'hypocrites tapineurs, raccoleurs, faux-culs en diable ! en herbe ! En bouses ! Ils sont la sacralisation de la paresse et de la médiocrité ! De l'hédonisme démocratisé aux plus viles outrances... Mais avec élégeance ! Viscéral besoin de briller de leur trou noir ! Renâcleurs à toutes sincérités, à toutes authenticités, ils préfèrent les chemins grégaires de l'invective ! C'est du dicté, du prémâché, leurs mots, leurs fiels, leur ruche ! Fiel obscène ! Quelle classe ! Chez ces gens là, on ne pense pas, on mastique et on crache !
Non vraiment, j'en ai fini de la toile. Je porte les araignées en horreur ! avec leurs six petits yeux visqueux, et leurs crocs vénéneuses. On a vite fait de finir mollusque.

C'est Nabum 16/02/2016 18:11

Kakashi

La toile a le mérite de nous réunir et nous échappons à ces folies, du moins je l'espère
Nous pouvons élever le débat il me semble

C'est notre mission d'éveilleur de conscience

Kakashi 16/02/2016 16:06

Mes mots ne s'adressent pas à votre blog Nabum... Précisions utiles.