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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Gaspillage

Des excédents disparates

Gaspillage

 

Nos poubelles regorgent de foie gras !

 

Je reviens, une fois encore, outré et scandalisé, de mon association caritative. Les réserves débordent de produits, surplus de nos chers grands magasins, les fauteurs de misère, ceux qui imposent leurs prix aux paysans, qui manipulent les consommateurs, qui donnent directions et ordres à nos chers représentants. Ils font la pluie et le beau temps mais se gardent bien d'agir dans l'intérêt de la planète.

 

Certes, il y a un progrès puisque ce qui nous arrive par mètres cubes était autrefois souillé afin de ne pouvoir être donné. Au pays des épiciers en gros, on n'avait guère de cœur. Depuis, la loi a réglementé un peu cette pratique scandaleuse et impose à la grande distribution de donner ses rogatons et ses invendus à la banque alimentaire qui redistribue avec conscience et efficacité là où une redistribution charitable se fera.

 

Mais comment absorber les quantités effrayantes qui nous arrivent ? Comment transformer de manière rationnelle, afin de préparer des repas, des produits aussi disparates ? Comment apporter une véritable aide alimentaire à ce public déshérité quand il faut écouler des produits délirants et parfaitement abracadabrantesques ?

 

Nous en arrivons à devoir servir à chaque repas du saumon fumé dont la qualité est sans doute des plus discutable, du foie gras – ne riez pas, nos réserves regorgent de foie gras à l'origine douteuse et à la qualité incertaine – des viennoiseries et des desserts toujours plus alambiqués. Quel bonheur ! Notre cantine populaire se transforme progressivement en un restaurant gastronomique aux qualités gustatives incertaines et aux vertus nutritionnelles déplorables.

 

En dépit des prouesses réalisées en cuisine, il n'est pas possible de rendre des qualités à ce qui n'en a guère au départ et qui a la déplorable manie d'être en limite de validité. Une fois encore, nous proposons aux « bénéficiaires » l'illusion d'un confort qu'ils ne pourraient s'offrir et nous les gavons avec des produits qui sont loin d'être parangons de diététique.

 

Aujourd'hui, c'était la fête du foie gras. Les réserves en regorgeaient. Les fêtes passées, les surplus doivent disparaître ; circulez il n'y a plus rien à espérer … et c'est naturellement nous qui héritons du torchon qui enveloppe un pâté à la consistance douteuse et qui ne mérite pas cette désignation prétentieuse. L'étiquette se contente d'affirmer que la chose a été transformée en France : ce qui revient à dire que le pauvre canard s'est offert sa cirrhose loin de chez nous.

 

Encore une belle occasion de perdue de faire travailler les paysans de chez nous. Décidément la grande distribution nous prend pour des dindons. Elle nous gave et oublie de rétribuer convenablement ceux qui travaillent pour elle. C'est à vomir ! ça tombe bien, c'est justement ce que j'ai envie de faire à chaque fois que je mange en cet endroit, l'estomac révulsé par tant de produits jetés à la benne !

 

Je ne me décourage pas et ne cesse de dénoncer cette abondance délirante qui exprime les travers les moins glorieux de notre système économique. Aujourd'hui, en prime, il m'a fallu distribuer des crottes de chocolat issues des surplus des colis de Noël de la municipalité. Bien sûr, l'intention est louable ; les surplus n'en demeurent pas moins particulièrement abondants et je ne peux oublier qu'ils ont été payés par l'impôt.

 

Quand ce système va-t-il découvrir enfin la modération et la raison ? Quand va-t-on cesser de jeter la nourriture par conteneurs entiers ? Quand va-t-on cesser de proposer des produits parfaitement grotesques comme ces croissants énormes de plus de trente centimètres de long ? Le pire c'est qu'il existe des imbéciles pour acheter de telles inepties !

 

Le pire nous arrive chaque jour au-delà de notre capacité d'absorption. Nous distribuons pour éviter de gaspiller quand c'est possible. Nous sommes tellement débordés par la tâche de tri, rangement, vérification quotidienne des dates que nous jetons des quantités ahurissantes. Je rentre à chaque fois totalement découragé. Je me désespère de cette humanité qui n'est pas en mesure de nourrir tous les habitants de cette Terre et qui est, dans le même temps, capable d'un tel gaspillage !

 

Ce système est à bout de force. Il se déshonore chaque jour un peu plus. Il nous force à nous faire son complice. Je me refuse à me taire. Il faut dénoncer cette gabegie indigne, cette débauche honteuse, ce commerce qui pousse sa logique au-delà de la raison. Quand va-t-on revenir à des principes de fonctionnement plus conformes à la seule nécessité ? Je crains que ce ne soit jamais !

 

Déplorablement leur

Gaspillage

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