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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La claque

Joyeux anniversaire Gilles !

La claque

 

Histoire d'une rencontre …

 

Un ami enjoué fête ses soixante-dix printemps, selon la formule habituellement consacrée. Comme le garçon est encore vert tout autant que verre, je ne vais pas me priver d'employer ce truisme ressassé. C'est d'ailleurs pour moi l'occasion de revisiter ma mémoire, de me souvenir d'un événement marquant qui scella à jamais nos relations.

 

À l'heure où il va souffler ses bougies, c'est le souvenir brûlant d'un soufflet qui me revient en mémoire. Il m'appartient pourtant de restituer son mouvement d'humeur dans le contexte d'une époque où nous ne faisions pas si grand cas d'une pauvre baffe. D'ailleurs, durant ma scolarité, j'avais reçu ma part de cette manière si particulière d'asseoir son autorité pour nos maîtres d'alors.

 

J'avais eu le bonheur de suivre l'enseignement de maîtres exceptionnels, marqués par les préceptes de l'école Freinet quand nous arriva d'Algérie un enseignant très imprégné d'une pédagogie tonitruante, fracassante et particulièrement convaincante. C'était en CM2 ; nous étions réfugiés dans un préfabriqué, très loin des autres locaux de l'école de mon village, en compagnie de la curieuse bande des fins d'études : classe qui nous effrayait un peu, il faut l'avouer.

 

Durant cette année, nous reçûmes notre content de claques et de coups de pied au cul. C'était une avalanche quotidienne dispensée par un brave homme qui avait sans doute une conception assez sommaire de son rôle. Mais gardant le silence, nous subissions sans nous plaindre ses marques d'affection. Je pense même que celui qui aurait émis quelques réserves aurait reçu la même chose chez lui. C'était une autre époque … dont curieusement je garde malgré tout un bon souvenir, d'autant que, mises à part ses curieuses ponctuations, l'homme n'était pas un mauvais maître.

 

C'est donc l'année suivante que je croisai le parcours de la main de mon futur ami et pour l'heure, jeune professeur d'éducation physique qui débutait dans la carrière ! J'avais eu ma dose de problèmes en cette année de sixième. Opéré d'une péritonite le jour de la rentrée des classes puis d'une occlusion intestinale quelque temps après, je ne devais faire réellement ma rentrée qu'après les vacances de février, ce qui eut une grande influence sur notre algarade navrante.

 

J'avais donc un gros retard à l'allumage et quelques soucis physiques dont ce pauvre garçon ignorait sans doute tout. Quand il voulut me faire monter à la corde, lors de l'une de mes toutes premières séances, moi qui étais physiquement assez gaillard mais privé de force et surtout d'abdominaux : séquelles de mes cicatrices, je fus incapable de répondre à son attente présente.

 

Déjà tête à claque notoire, plutôt que de m'expliquer, je lui lançai vertement une réplique qui eut le don de l'exaspérer. La riposte fut à la hauteur de mon insolence : je reçus là la dernière claque de ma scolarité. Je l'avais bien méritée et elle me parut bien douce, comparée à ce que nous encaissions l'année précédente.

 

Malheureusement, elle me fut assénée alors que j'avais, dans la bouche, un appareil dentaire qui sauta sous le choc. C'est sans doute pourquoi j'aurais pu toujours garder une dent contre ce monsieur si les aléas de l'existence ne l'avaient à nouveau placé sur mon chemin. Curieusement, le souvenir de cette fracassante entrée en matière resta longtemps enfoui dans ma mémoire, ce qui n'influença pas nos retrouvailles ; la résilience sans doute !

 

C'est près de vingt années plus tard qu'il fut à nouveau mon professeur, cette fois dans le cadre de la préparation du tronc commun du brevet d’État sportif. L'homme avait bifurqué, abandonnant l’Éducation Nationale pour sévir désormais au ministère de la jeunesse et des sports. Le grand basketteur qu'il avait été avait su passer la main et se retrouver dans un bureau plutôt que dans un collège ou un lycée.

 

Ce fut une année sans heurts : j'avais sans doute mis un peu de sagesse dans mon comportement et lui, avait abandonné la fougue de sa première année. Nous n'évoquâmes jamais cette belle claque ; elle était passée dans la colonne profits et pertes de mon existence. Je garde même un bon souvenir de cette année qui fit de moi un breveté d'état.

 

L'eau coula encore sous les ponts et c'est justement sur la Loire que nos chemins se croisèrent une troisième fois. Cette fois, la mémoire me revint et je pus enfin lui reprocher cette manière curieuse qu'il avait employée pour me mettre au pas. Depuis, il est devenu un ami, un délicieux camarade dont j'aime à me venger en donnant une belle claque à sa merveilleuse cave où le vin d'Anjou trouve naturellement sa place ou bien boire une bouteille convenablement frappée, comme il se doit. Comme il n'est pas avare de grands crus et de délicieuses bouteilles, j'ai toujours les joues rougies quand je quitte sa demeure.

 

Voilà l'histoire d'une rencontre. Elle n'a d'autre but que de souligner que la première impression n'est pas toujours la bonne et qu'il y a toujours moyen de passer l'éponge. Ce fut le cas avec ce Gilles qui n'est pourtant pas un gars venu de Blegique. Je souhaite par le truchement de ce souvenir personnel un excellent anniversaire à ce merveilleux jouvenceau et j'ajoute bien volontiers que j'irai lui claquer une bise sur l'autre joue !

 

Chaudement sien.

La claque

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