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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La liberté d’expression pour les nuls

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Messieurs les censeurs.

Les blogueurs se heurtent souvent à ce mur qu’on nomme justice. Mon ami Jean-François est traduit devant une juridiction pour avoir osé dénoncer des comportements inacceptables, un autre, Jean- Paul me dit-on, doit supporter pareille menace. Écrire n’est pas un acte anodin, d’autant plus que la justice ne cesse de se mettre au service des puissants, ceux qui aiment à faire de l’argent en traînant devant les tribunaux ceux qui ne pensent qu’exercer leur droit à la libre expression.

Mais il faut savoir que les lois ne sont faites que pour les malandrins qui les rédigent ou les puissants qui s’offrent des avocats pour les contourner, trouver la petite bête ou sortir du chapeau une faute de procédure. Le justiciable est un coupable qui s’ignore, pour peu qu’il ne dispose ni de soutien, ni de relation ni d’une carte de visite qui en impose.

L’argent est la seule référence qu’ils acceptent. La justice donne des amendes, met de braves gens dans des situations dramatiques. Car, voyez vous, nulle équité dans ce bon pays, l’égalité est érigée en principe quand cela arrange ceux qui sont du bon coté du manche. Les peines ne tiennent pas compte de la situation des coupables : il faut mettre à la faillite les humbles tandis que les plus gros se gaussent des sommes dérisoires qu’on leur demande.

L’argent ne devrait pas être une punition. Je ne comprends pas qu’on continue de sanctionner de la sorte. C’est bien le triomphe d’une société qui se voue corps et âme au dieu pognon. Une vie, une faute, une erreur doivent donc avoir un coût ; c’est l’absurde règle de ce système vermoulu. Les dommages et intérêts : terme des plus significatifs car au-delà des dommages, du poids supporté, seul compte l’intérêt qu’on peut tirer d’un désaccord juridique.

Pour peu que la justice se montre équitable, on pourrait accepter l’idée, pour saugrenue qu’elle soit, de compenser une douleur, un désagrément, une peine par de l’argent. Mais croyez-vous qu’il puisse y avoir équité dans un système où tout est inféodé à la situation pécuniaire, à la notoriété, à la position sociale ? Les avocats commis d’office ne font pas plus d’effort que nécessaire tandis que les grosses pointures usent de leur habileté pour faire basculer les décisions en faveur de leurs clients.

Alors, le blogueur qui se dresse face à un sénateur, une institution, un groupe de pression est coupable dès que la partie adverse a fait les gros yeux. La loi se met toujours au service des puissants : c’est une règle à laquelle il ne convient pas de déroger. La liberté d’expression, cette belle illusion pour laquelle sont morts les membres de Charlie Hebdo, doit se plier au principe de réalité d’une société inique.

Que vous soyez puissant ou bien misérable, vous ne serez pas traité de la même manière, ni conseillé de la même façon pas plus que jugé selon les mêmes principes. Un blogueur est un individu fragile, seul, faible et sans ressources. Il va plier sous les assauts des corps constitués, des puissants, des gens qui détiennent le pouvoir. Qu’importe s’il a raison ; on se moque de la vérité dans ce bas monde, seuls les procédures, les formes, l’illusoire emballage sont recevables.

Jean-François sera pendu haut et court, Jean-Paul sera lapidé. D’autres devront plier sous les coups de ces beaux messieurs. La liberté d’expression est une farce, une illusion, un mirage. Celui qui ose parler, dire sa vérité devra être exécuté. Tous contribuent à le faire taire, à lui clouer le bec. Les plus puissants n’ont pas besoin de kalachnikovs pour contraindre au silence les êtres libres et audacieux.

La justice fait ici le travail, honteusement, insidieusement, traîtreusement. N’attendez rien d’elle : elle ne sert que ceux qui ont le pouvoir sous une forme ou sous une autre. Elle est courroie de transmission des mensonges, des magouilles, des bassesses de nos margoulins de service. Jean-François et Jean-Paul seront bâillonnés, ruinés et tout ira pour le mieux dans ce monde si parfait. Ne vous aventurez pas à remuer la fange ; les puissants vous détruiront consciencieusement.

Librement leur.

Dessin original de Nagy

La liberté d’expression pour les nuls

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L. Hatem 11/04/2016 11:21

Eh bien, je pense que la liberté d'expression est réservée aux dessinateurs comme ceux de Charlie Hebdo par exemple...
Votre article tombe au point... Je viens de recevoir un email d'une avocate pour que je supprime un article qui date de 2013 où je fais un reportage avec images à l'appui, certaines prises par moi-même et d'autres glanées sur le web.
Il s'agit d'une statue du médecin Dupuytren qui trône à l'Hotel Dieu de Paris et que les carabins habillent avec tous les habits et peignent de toutes les couleurs, comme on fait au maneken-pisse de Bruxelles.
Les ayant-droits du sculpteur n'ont pas ri et ont porté l'affaire en justice, et je comprends parfaitement leur exaspération... mais un article de presse, de blog, ou un reportage télé sur le sujet, pourquoi doivent-ils être retirés ?
J'ai retiré mon article provisoirement face aux puissants, le temps de me renseigner sur mon droit à la libre expression.
Merci d'avoir parlé sur ce sujet.

C'est Nabum 11/04/2016 12:09

L Hatem

Effectivement, il est plus simple de faire taire un humble, un petit, un anonyme que de s'en prendre aux carabins, aux puissants, aux responsables
Les lanceurs d'alerte sont en danger, les coupables peuvent dormir tranquille