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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

En compagnie des cigognes.

Un bâton, une ficelle, une chambre à air …

Nous avons passé nuit magnifique dans cette ferme de L’Embraud. Nous avions tout le confort et les clefs du domaine. Quelle marque de confiance ! Quel sens de l’hospitalité chez nos amis de la Chavannée ! Et que dire encore du décor qui s’offrit à nous au petit matin ? Les mots parfois finissent par me manquer pour donner une idée de la plénitude et de la quiétude qu’on ressent à ce carrefour des trois provinces. Bourbonnais, Bourgogne et Berry donnent ici le meilleur d’elles-mêmes pour faire de cet endroit un paradis sur terre …

À l’heure où les trois coqs chantaient, nous songions à descendre reprendre notre chemin fluvial. La chose paraissait simple, les canoës nous attendaient benoîtement tout en bas de la sente : le grand petit chemin qui mène à la ferme à travers prairies et vignes, bourdes et rames. Mais nous avions des bidons, notre tenue « d’aquanaute » et un terrain si glaiseux que l’équilibre y était impossible.

Comment faire pour ne pas arriver nappés de boue et de vase de la tête au pied ? Georges prit l’initiative de se mettre en rappel avec une ficelle bien plus qu’une corde. Je l’assurais avec mon bâton de scène et lui transmettais les bidons par le truchement d’une chambre à air. Nous avions franchement bonne mine et, fort heureusement, personne pour immortaliser l’épopée la plus grotesque qui soit. L’essentiel étant d’arriver, la tête haute et les fesses propres, à nos frêles esquifs !

Le tout nous prit une bonne heure. C’est fou ce que tout peut se compliquer en bord de rivière quand les conditions ne sont pas optimales et que le temps et l’environnement ne se soucient pas de nous simplifier l’existence. Mais qu’importe, l’aventure pouvait reprendre avec un léger parfum de vase …

Nous n'en eûmes bien vite plus cure tant le spectacle ne cessa ensuite de nous ravir. Que c’est beau, que c’est sauvage, que c’est dépaysant ! L’Allier nous charme, l’Allier nous envoûte, l’Allier nous prend par le cœur et nous, de nous exclamer comme des enfants qui découvrent leurs jouets de Noël. Le temps est suspendu, les conditions climatiques s’effacent devant ces merveilles et nous avançons, l’œil sans cesse aux aguets, oubliant parfois et heureusement sans conséquence, les pièges de la rivière.

Les cigognes se donnèrent le mot pour nous servir de chaperons tout au long de cette étape. Par dizaines, elles vinrent nous survoler, se poser et faire les belles, se jouer de nous, nous inviter à admirer leur sarabande aérienne. Elles nous firent visiter leurs nids, nous présentèrent leurs nouveaux-nés, nous démontrèrent leur savoir- faire architectural. Quel spectacle ! Nous nous enivrions de cette danse magnifique ...

Soudain , au loin, un village d’ocre et de rouille se lova dans le creux de la rivière, sous l’ombre tutélaire de son beau château blanc. Qui n’a pas vu Apremont -sur-Allier ne peut comprendre l’émotion esthétique que procure ce village préservé, ce village magnifique, authentique, unique sans doute sur nos rivières du nord. Nous laissions aller nos bateaux au fil du courant pour jouir pleinement de cette beauté si simple et pourtant si émouvante.

L’accostage ne fut pas aisé : la glaise revenait au galop pour nous faire perdre équilibre et contenance. Le spectacle eut tout l’air de réjouir des gens du pays qui cependant nous prirent en pitié et nous invitèrent à boire l’apéritif. De fil en aiguille, de mots en récits, d’anecdotes en points communs, c’est leur table qu'ils nous firent partager pour un moment que seul le hasard est ainsi capable d’offrir à qui savent aller vers les autres.

Ce fut le cas pour Pierre, le naturaliste, Fabienne son épouse et, la mère de « ces enfants » : Suzanne la « matriarche » bon pied, bonne mémoire qui, avec ses 87 ans, avait la gourmandise d’une jeune fille désirant écouter de belles histoires, sans oublier Michel, le jeune frère, revenu un peu abîmé d’un accident de la route et heureux de retrouver la santé en bord d’Allier.

Nous devisâmes, nous nous racontâmes, je contai ; Pierre était tout aussi bavard que moi et sans doute même un peu plus. Georges donnait des conseils à Fabienne qui avait grands soucis avec un fils. Michel écoutait, Suzanne souriait. Le repas fut un enchantement de récits et de voyages ; le Canada, l’Alaska, la descente de l’Allier avec les enfants en 1980, le grand raid de Pierre avec ce fils qui avait besoin de lui, de Moulins jusqu’à Châteauneuf, sur l’eau : les canoës sont encore dans le jardin …

Nous avions tant de choses à nous dire, tant de points communs. Pierre m’acheta un livre, le premier vendu lors de ce voyage, le passage de témoin entre deux parleurs intarissables. Ce fut le départ symbolique de ce périple car j’accomplissais là le but : le partage et la transmission à des gens qui ne me connaissent pas. J’espère que nous trouverons encore d’autres personnes aussi attentives et bienveillantes et, si vous en connaissez qui se trouvent sur notre parcours, dites-leur que nous passons à deux pas de chez eux ! Merci

Convivialement vôtre.

Pour les phots, il faudra attendre, Georges dort comme un sonneur ...

 En compagnie des cigognes.

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Kakashi 13/05/2016 08:47

Nabum,

Il se trouve toujours une part d'instinct inclus d'emblée au hasard des rencontres... C'est lui qui oriente nos sens, qui à leurs tours guident nos pas. De ce fait, il y a autant d'instincts que de goûts. Postulat. Et si, comme dit l'adage : «Tous les goûts sont dans la nature », ils exercent, exaltent et affinent nos amitiés... Et le hasard fait souvent bien les choses, il faut le reconnaitre.

C'est Nabum 14/05/2016 13:44

Kahashi

Le hasard guide nos coups de pagaie