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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Jehanne et moi

Le mouton noir de la bergère ...

Jehanne et moi

 

Une longue histoire de désamour

 

Vivre à Orléans, ne pas supporter ce que les braves gens d’ici nomment sans rire et avec le sérieux qui les caractérise, les fêtes johanniques, relève de la plus invraisemblable folie. On ne touche pas à l’icône sacrée, on ne se moque pas du défilé absurde, on se prosterne devant l’héroïne et on encense le clergé et les notables. Il en va ainsi depuis 1430 et personne ne doit se moquer de la cérémonie au risque de passer pour un affreux malotru, un désagréable contestataire, un empêcheur de s’enthousiasmer sans raison.

 

Je suis condamné à la clandestinité, une semaine durant ; une semaine qui se renouvelle, immuable et intemporelle, chaque année qui passe et ce, depuis si longtemps, que personne n’imagine qu’il puisse en être autrement. Ici, on appelle ça la tradition, je pencherais davantage pour l’immobilisme ou même la réaction. Il fut un temps où des contre-fêtes regroupaient ceux qui, comme moi, vomissent la liturgie locale.

 

Le clergé reçoit les clefs de la cité, c’est lui qui préside aux destinées de la longue cérémonie. On prie, on se prosterne, on défile, on s’agenouille avec componction, ferveur et déférence pour la grande héroïne. Toutes les simagrées sont à l’ordre du jour pour célébrer la grandeur de la France, la foi, le courage et la vertu. Jehanne est une synthèse de candeur, de sainteté et de courage : bergère, guerrière, illuminée et symbole national, la petite pucelle est un condensé de perfection et d’absolu.

 

Les discours se suivent et se ressemblent. La demoiselle tire les trémolos, l’emphase est au rendez-vous et les envolées sont nécessairement lyriques. C’est à qui donnera le plus dans la componction, l’admiration et l’outrance. Passe encore pour ceux qui n'assistent à cela qu’une fois dans leur existence, invités d’honneur ou bien notabilités en vue qu’on fait venir à grand coup de publicité, mais il existe ici des natifs de la cité qui donnent dans l’hystérie chaque année depuis leur naissance.

 

Je regarde ces simagrées et je m’interroge. Sont-ils sains de corps et d’esprit ceux qui vénèrent à ce point la donzelle ? Ils sont confits d’admiration, de dévotion, d’enthousiasme pour une commémoration réglée comme du papier à musique. Les appareils photographiques crépitent pour immortaliser une image si conforme à celle de l’année précédente qu’on ne parvient pas à les distinguer !

 

La cathédrale s’habille de toutes les oriflammes guerrières des compagnons de Jehanne, y compris les moins respectables. Dieu devient pour l’occasion un chef de guerre qui a trouvé sa voie. Il a chassé les maudits Anglois du paradis terrestre et la bergère de Lorraine magnifie à elle seule toutes les vertus nationales. Gloire à elle jusqu’au bûcher !

 

Chaque année, une nouvelle demoiselle découvre l’éternité. Elle devient pour l’occasion celle qui incarnera la sainte. Un ticket pour la gloire, une reconnaissance à vie qui lui permettra de proclamer : « J’étais la Jehanne de telle année ! ». C’est la plus merveilleuse carte de visite qui soit dans cette cité confite dans le conservatisme. Tous les espoirs sont permis à la donzelle : elle aura une belle carrière pour peu qu’elle reste dans la ville qui, l’espace d’une année, l’a faite reine. Curieusement, ses deux charmants pages n’auront pas l’honneur de la postérité. Allez donc comprendre !

 

Je vous fais grâce de tous les rituels qui accompagnent cette farce. Il y aurait de quoi alimenter bien des billets humoristiques tant ces gens y mettent une ferveur démesurée. Croient-ils vraiment appartenir à une cité marquée de l’onction divine ? Je crains qu’il en aille ainsi et qu’il n’y ait nulle distance ni la moindre trace de dérision dans le défilé qui sera le point d’orgue de la farce.

 

Je regarde tout cela à distance. Je ne serai jamais Orléanais en dépit de mon installation depuis près de quarante ans dans cette ville. Je n’ai pas fricoté avec la bergère, ne fus jamais son page, n’ai pas défilé en habit de scout ou bien d’enfant de chœur derrière son fier étalon, je n’ai pas prié dans la cathédrale, je ne me suis pas enflammé en même temps que ses tours, je n’ai pas fait traverser la Loire à une demoiselle en armure ; je suis un récalcitrant notoire à la pantalonnade johannique, un défroqué de la sainte !

 

Jamais je ne passerai des heures à regarder les notables, les corps constitués, l’armée, le clergé défiler devant un peuple en délire. L'Église, l’Armée et l'État font ici grande et honteuse orgie devant celle qu’ils ont conjointement et inexorablement trahie. Je ne suis pas du bal des fêlons : jamais cette fête ne sera mienne. Que le diable vienne chatouiller les arpions de tous ces tartuffes ! Jehanne et moi, en bord de Loire, loin de ces moutons, nous préférons nous aimer avec délectation.

 

Iconoclastement sien.

Jehanne et moi

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IsA 08/05/2016 11:04

Effectivement, c'est du folklore ! Là on ne parle pas de ceux qui l'accompagnait ... Le plus connu d'entre tous, Gilles de RAIS https://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_de_Rais . Comment encore porter une épée, un sabre ou tout autre arme à vocation de justice lorsque l'on reconnait encore dans nos murs du Loiret cet affreux sodomite, tueur d'enfants ; un meurtrier au service de Jehanne et du Roi ! Jargeau possède une toile en pieds de cet énergumène sans intérêt pour l'histoire de France. Il ne fait qu'alimenter les contes pour enfants et notamment, celui de Barbe Bleu qui, lorsque j'étais gosse me traumatisait ! Montjoie St Denis ne peut que renier cette créature sale et monstrueuse. Aujourd'hui, le cri est devenu poésie et prière ... Un cri de Joie pour la Paix !

saintesprit 08/05/2016 06:39

Petit saloupiaud ! T'as pas honte ? Tu vas me réciter 1429 Ave Macron, et plus vite que ça !
Non mais.

C'est Nabum 08/05/2016 06:45

Sainesprit

Le grand trésorier n'a qu'une envie, mettre la main à l'écu

kakashisensei 07/05/2016 19:58

Nabum,

Vous conchiez une fête bon enfant, familiale, française.

Je n'ai pas honte de notre armée et j'aime quand elle défile.
J'ai toujours eu de bon rapport au catholicisme et même si je conchie en profondeur l'oppulence du Vatican et la politique du pape François, je respecte l'Histoire de France et revendique son passé religieux comme un des éléments de l'identité française. Je ne suis plus laïque et ne ne reconnais que le Paganisme antique européen, le Christianisme, l'agnosticisme et l'athéisme. Le reste c'est pas français. Et pour finir je ne crois plus au droit du sol.
Nul doute que des mouvement comme Nuit debout me voueraient au bûcher comme Jeanne d'Arc.

Didier 07/05/2016 11:12

Ah, les fêtes du sabre et du goupillon!!!!!!!!!!!!

C'est Nabum 07/05/2016 11:56

Didier

J'ai l'étrange sentiment que le goupillon est ici en territoire conquis
PAuvre Jehanne, les soutanes demeurèrent bien sages dans son sillage

L. Hatem 07/05/2016 10:06

Vous l'avez dit dans votre conclusion : celle qu’ils ont conjointement et inexorablement trahie...

Merci pour le mot arpion :
(Argot) (Au pluriel) Les pieds.
J’aime mieux avoir des philosophes aux arpions. — (Eugène Sue)

j.michel 07/05/2016 10:38

Orléans, c'est aussi une référence question rumeur. Y a des villes comme ça, marquée par l'histoire... Vichy par exemple, une ville très agréable pourtant.

C'est Nabum 07/05/2016 10:32

L Hatem

Ils vont me piétiner les arpions les tenants de la tradition, les gardiens du culte
Je les conchie et c'est tant pis pour moi

L. Hatem 07/05/2016 10:19

Ça y est, j'ai assisté aux fêtes johanniques et admiré la beauté de l'élue de 2014... Merci Youtube :
https://youtu.be/vBW7JZ0WFe0

L. Hatem 07/05/2016 10:09

Mais apparemment vous avez du mal à comprendre que les villes font ce qu'elles peuvent pour attirer le touriste dépensier, qui autrement ne saurait même pas situer Orléans sur une carte...
:-)

Kakashi 07/05/2016 08:32

Une fête où il me faudra me rendre une fois quand même... Pétrie dans la réaction et le conservatisme, je ne pourrais que apprécier ce folklore. De plus, je n'ai pas de griefs contre l'armée et l'église, beaucoup moins que contre le socialisme et l'autre gauche...
Jeanne d'Arc, tout un symbole...