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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La belle excuse.

L’île de la béatitude

La belle excuse ! Tout en effet est prétexte à libation et mangeaille en notre belle Vallée de La Loire. Pas une région pour tirer la patte dès qu’il est question de mettre en avant son délicieux vin de terroir, ses spécialités et son plaisir de la bonne chère. Le Ligérien cherche la moindre occasion pour faire sauter le bouchon, ouvrir son couteau et partager victuailles. Qu’importe le lieu et les conditions, cruchons et cochons sont toujours de la partie !

Notre périple prend des allures d’aventure gastronomique. Pas une étape désormais sans bombance et intempérance. Que la Faculté et Saint Cholestérol nous pardonnent. Ce fut une fois encore le cas à Chouzé où, dans le très agréable gîte de Flottille de Loire, nous fûmes reçus comme des princes. Un chapiteau avait été dressé pour recevoir ceux qui auraient envie d’écouter mes Bonimenteries tout en partageant ce qui sortait des paniers.

Quatorze personnes sont ainsi venues pour ce plaisir simple d’entendre des histoires tout en mangeant et buvant. Il y avait autour de la table trois viticulteurs ; le risque était grand de ne pas manquer. Jean-Marie donne dans le Bourgueil avec la gourmandise d’un épicurien, Édouard dans ses Chenins dont il tire la quintessence, les Séjourné, quant à eux,viticulteurs eux-aussi, étaient d’abord là comme hôtes de marque ; ils furent parmi les derniers professionnels à utiliser des bateaux sur la Loire jusqu’au début des années 1980, pour leur métier précédent : le travail de l’osier.

Nous avons ainsi échangé verres et anecdotes, récits et contes, cochon et pâtisserie. Ce fut, une fois encore, une soirée agréable même si parfois, les paupières du navigateur avaient tendance à s’affaisser quelque peu. La fatigue s’accumule et il est parfois délicat de tenir le cap. Je m’y emploie pourtant avec application et bonheur.

Le lendemain, nous quittions le village de Chouzé qui allait célébrer sa traditionnelle fête des quais, hélas sous la pluie. Mon bateau était à Montsoreau, au pied de l’Étoile qui rit, cette toue cabanée aménagée idéalement pour une nuit coquine au milieu de la Loire ou bien pour un repas gastronomique. Les plaisirs changent au fil des âges mais la Loire demeure en toile de fond ; nous avions rendez-vous avec Denis Rétiveau son propriétaire et capitaine.

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que l’homme est également vigneron, c’est, semble-t-il, le métier le plus répandu dans ce coin de France. Il nous avait préparé un casse-croûte ligérien à faire damner un diététicien. Il était 9 H 30 et nous avions devant nous, boudins noirs et saucisson fumé, rillons et jambon, rillettes et pâtés, accompagnés de moult bouteilles. Pour mieux apprécier, le capitaine leva l’ancre et nous nous perdîmes en admiration tout autant qu’en dégustation entre Vienne et Loire.

C’est le ventre repu que je me préparai à affronter le vent contraire et la météo maussade. Nous prîmes le temps de la visite du marché de la ville, de quelques rencontres et de petits compléments alimentaires. Le risque de l'hypoglycémie semblant définitivement écarté, je pouvais embarquer pour une étape fort heureusement courte. De Montsoreau à Souzay il n’y a guère le temps de prendre froid.

Le fort vent de Galarne contraria un peu ma progression. À plusieurs reprises, mon embarcation fit la toupie, se mettant en travers devant les rafales de vent. Je dus me mettre à l’envers et à genoux pour ramer en tête de proue. Drôle de sirène que voilà sur la façade de ce bateau vert !

Mes camarades m’attendaient à l’embranchement du bras de Souzay. Le risque eût été grand de manquer cette bifurcation tant elle semble anodine. Pourtant, ce bras, souvent en manque d’eau l’été, dissimule au regard un superbe village lové sur le coteau de tuffeau. Les maisons y possèdent toutes des murs en pierres blanches et des toits d’ardoises. L’Anjou nous accueille : c’est un changement de monde, un passage d’une culture à l’autre. Nous fîmes en cet endroit la connaissance de Loik, créateur de bijoux et pêcheur de loisirs à qui je dis deux contes pour son unique plaisir.

Un château s’harmonise avec l’ensemble, faisant de ce village un décor en parfait équilibre visuel. Pas une faute de goût. Vraiment le détour était nécessaire d’autant que nous n’étions pas au bout de nos surprises. C’est sur l’île face au château que nous étions attendus. Une île privée où se cache une vieille bâtisse du XVI° siècle avec ses fours à bois, son cadran solaire, ses pierres incrustées de graffitis mariniers. Quelle belle demeure chargée d’histoire !

La Ferme du port fut un rendez-vous marinier, un dépôt et sans doute une cache à trafics divers et variés. Elle reçoit désormais des hôtes, proposant des chambres à la sobriété magnifique et au confort épatant. Le maître de céans a su conserver l’authenticité de son décor et l’exigence d’un touriste qui ne trouvera pas de télévision dans sa demeure.

À partir du mois de juin, l’endroit sera également une guinguette au charme suranné, un lieu de convivialité où l’on ne se prend pas la tête. Il faut y venir en barque ou bien à gué quand la Loire le permet. On y trouve un joyeux esprit foutraque qui présage des soirées où le partage a trouvé son domaine. La musique y a sa place et je ne doute pas qu’il y fait bon vivre la douceur angevine.

Ce soir, seuls les quelques habitants de l’île sont conviés à un repas conté. Mais d'ores et déjà je me porte candidat pour un spectacle en ce lieu sous le charme duquel je suis tombé. J’espère qu’il y aura place au programme afin que je puisse y revenir avec l’ami Casimir. En attendant, je me prépare pour cette soirée intimiste.

Bonne télévision les terriens.

Excusement vôtre.

 La belle excuse.

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Joseph 30/05/2016 08:20

Superbe épopée, l'ami.

Généreuse aventure, généreuse écriture. Bien agréable lecture

Notre champion a t il prévu une visite médicale pour comparer l'avant- l'après ripailles et canotage -)) ou un boniment suffira t il pour passer à autre chose et continuer ce beau chemin.

C'est Nabum 31/05/2016 07:37

Joseph

Le risque est grand qu'on me garde en observation ou qu'on m'interne en psychiatre

Prudence donc