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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La petite école du Hussard Noir

Au tableau noir !

La petite école du Hussard Noir

La petite école revit

Le maître des contes …

 

Il a eu l’immense privilège de faire revivre, le temps d’un dimanche après-midi, une de ces petites écoles qui ont fermé boutique au nom de la modernité, du pragmatisme pédagogique et de tous les arguments que nous servent les merveilleux experts de tous grains, pensionnaires des grandes écoles et membres d’une caste qui ignore tout de la vie des vrais gens.

 

Depuis dix ans, l’école est déserte. Les impératifs économiques, la rigueur d’une gestion qui privilégie les comptes plutôt que les hommes, le mépris des décideurs : gent urbaine si peu soucieuse des ruraux, ont contraint les gens d’ici à prendre leur voiture pour conduire les enfants en classe. Rassurez-vous, c’est le lot commun des ruraux : l’égalité n’est pas un concept territorial.

 

Il devait venir quelques mois plus tôt pour soutenir l’association qui tente vaillamment de redonner vie à ces locaux désaffectés. Il avait été question d’un concert de soutien, d’une soirée festive dans ces murs où ne résonnent plus les cris des enfants. Mais gardez-vous de la moindre initiative qui déplaise à un élu, surtout quand c’est un socialiste aux dents longues. L’idée tourna court puisqu’elle ne venait pas du bon maire de la commune …

 

L’administration est remarquablement organisée pour mettre des bâtons dans les roues à qui veut organiser quelque chose. C’est la règle du parapluie et de l’emmerdement maximal qui est maîtresse en la circonstance. Tout est prétexte à réserves, contraintes, règles de sécurité draconiennes, mesures d’hygiène et démarches dissuasives. Le refus ne s’habille jamais des vraies raisons qui le conditionnent : il y a toujours des arguties et des circonlocutions verbeuses et administratives pour le justifier .

 

Cette fois, l’association se dégagea des contraintes et des courbettes. À quoi bon demander quand on sait que par principe, mépris et sens de la chose publique, vous savez n’avoir aucune chance de recevoir l’onction de l'édile prétentieux ! Le « raconteux » vint seul : il n’y aurait pas besoin de sonorisation ni d’affiches pour prévenir du spectacle les gens du coin. L’école agissait en toute confidentialité pour le plus grand bien de tous ; ce n’était qu’une réunion ordinaire.

 

Je vais éviter de vous mettre la puce à l’oreille. Comprenez bien qu’avec ce genre de personnages qui s’accaparent le pouvoir pour l’exercer contre l’intérêt général, il n’est rien à espérer de bon. Les mesures de rétorsion seraient terribles si l’odieux venait à découvrir que ce brûlot évoque le territoire où il s’imagine seul maître à bord après Dieu. Nous vivons dans l’illusion d’une démocratie ; nous savons bien que le fait du prince demeure bien souvent la règle qui régit les décisions locales …

 

Il fit donc après-midi racontée pour quelques irréductibles, pour quelques séditieux, pour quelques dangereux réfractaires à l’injonction municipale. Le bouche à oreille est alors la plus sage manière de contourner les obstacles, de se passer de l’aval du monsieur. La petite chambrée était composée de gens convaincus, solidaires et déterminés à vivre de convivialité et de culture, loin des parcours fléchés d’une programmation officielle qui doit complaire à qui vous deveniez.

 

Ce fut un délicieux moment, deux heures de contes et d’histoires, d’échange et de partage. Monsieur le maire est resté chez lui sans rien savoir ; l’association lui a gentiment fait la nique. J’aime ce genre de situation : le conte n’est pas destiné à servir la soupe aux puissants, à bouter son chapeau pour faire courbette aux gens importants. Il est subversif et irrévérencieux. Il était chez lui lors de cette après-midi clandestine.

 

Le conteur a raconté son pays, sa rivière, ses métiers, son histoire. Il a évoqué ses aspects sombres, ses travers et ses misères, bien loin de la mélasse insipide qu’il convient de servir pour satisfaire les tenants de l'hagiographie officielle. Monsieur le Maire n’a pas eu à s’en offusquer, il n’était ni présent ni même représenté puisqu’il ne pouvait être au courant. Il peut dormir sur ses deux oreilles, gonflé de ses certitudes et de la conviction de son importance. Des citoyens libres sont pourtant parfaitement capables de se passer de son onction.

 

Il n’est qu’un des premiers d’une longue liste. Le mouvement prend de l’ampleur. La contestation gronde, ses formes sont insidieuses, sournoises et libertaires. Les puissants ont décidé de mettre à mal la culture, de l’assécher, de la réduire à la forme misérable des produits standardisés de la télévision mais de partout se dressent des initiatives autonomes, des concerts au jardin, des soirées à la maison, des spectacles impromptus, loin du carcan d’une culture aux ordres. Le peuple est en marche, il est debout et il conchie ce pouvoir de petits barons orgueilleux et méprisants.

 

Vous pouvez comptez votre serviteur pour venir conter dans pareille situation. Le vent de fronde m’inspire et me donne des ailes. J’aime à bafouer l’autorité, d'autant plus que cette dernière a perdu toute légitimité. Les hussards noirs sortent des rangs, ils se font à nouveau les chantres de la liberté et du refus de la norme. L’école est émancipatrice et je serai toujours de ce combat de la liberté de penser, loin des dogmes castrateurs d’une classe politique toujours plus servile devant la dictature libérale.

 

Libertairement vôtre.

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