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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les Suisses alémaniques.

Panne de gaz.

Notre seconde nuit fut éminemment réparatrice après les efforts de la veille. Georges eut cependant le désagrément de partager son territoire avec une famille castor qui joua un bon moment à glisser le long d’un toboggan. Voilà bruit fort agréable au demeurant et très utile car mon compagnon, tout occupé à profiter du spectacle, m'épargna ses ronflements. À toute chose, malheur est bon.

Puis ce fut le second jour. Le réveil sous la pluie, la panne de gaz et l’absence, plus alarmante, d’électricité : autant de peccadilles devant la beauté de l’Allier qui coule fièrement à nos pieds. On peut comprendre aisément la passion que nos amis d’ici ont pour leur rivière, sauvage et fougueuse, libre et libre de la présence des humains. Nous sommes admiratifs nous aussi.

C’est donc le ventre vide que nous partons vers l’inconnu ou presque. Une heure de navigation le long de ces berges magnifiques vous redonne, malgré tout, du cœur à l’ouvrage. Soudain, au détour d’une courbe, au loin, une grève où un canoë est couché sur le flanc. Nous approchons et, bien plus en retrait, se présentent à notre vue deux tentes et deux autres bateaux. Nous décidons d’aller saluer nos compagnons de rencontre.

Nous sommes merveilleusement accueillis par une troupe de Suisses alémaniques composée de cinq jeunes dames et d'un homme, installés sous un auvent de fortune et affairés à la préparation d’un repas ou rien ne manque. La conversation s’engage, le français étant maîtrisé très honorablement par trois de nos naufragés du petit matin. Bien vite, ils nous proposent du café, devinant à notre allure, nos carences en boissons chaudes.

Nous restons là une bonne heure à deviser ainsi des nos aventures respectives, des voyages en canoë, de la Suisse et de plein d’autres choses. Nous repoussons l’invitation à partager le repas, plus par pudeur que par réticence à goûter cette étrange et appétissante préparation qui mijote sur le feu de bois. Nous les laissons à leurs agapes et filons vers notre régime …

Deux heures plus tard, nous n’avons toujours pas vu le moindre village. Nous avons désormais compris que l’Allier a repoussé au loin les constructions humaines. La rivière demeure sujette à débordements et colères ; elle n’est pas endiguée et ne permet pas d’y construire bâtisse à proximité. Nous devons nous résoudre à faire maigre, une fois de plus.

Nous reprenons la route en même temps que la pluie. Le ciel est bouché, gris, pesant : une pluie fine et obstinée nous pénètre en dépit de nos capes. Rien pourtant n’altère notre émerveillement pour l’Allier : cette rivière si semblable à notre Loire et cependant si différente . Nous avons ainsi le bonheur de croiser une cigogne qui nous fait même l’honneur de s’envoler jusqu’à son nid, afin que nous jouissions plus encore de ce spectacle inaccoutumé . Bernaches, sternes, hérons, aigrettes viennent compléter ce merveilleux tableau.

C’est alors que nous découvrons notre point de chute : le site d'Embraud de l'association La Chavannée, à Château-sur-Allier, dans ce lieu unique d'une beauté à vous couper le souffle, à bouter son chapeau bien bas devant l’obstination et la persévérance de Jacques Paris et de ses compagnons à créer et faire vivre un espace consacré à la préservation des traditions : marinières, folkloriques, culturelles, historiques. Décrire toutes les activités serait fastidieux et vous priverait de la visite en un site splendide et d’une authenticité à nulle autre pareille.

Le panorama, rien qu’à lui seul, vous permet de comprendre pourquoi, depuis plus de deux mille ans, les humains remontent la sente qui mène à la ferme située sur le sommet de la colline. Ils y ont porté le sel, le vin, les grains, les produits que les mariniers transportaient sur la rivière. Vous n’avez alors qu’à écouter le patriarche, évoquer avec du trémolo dans la voix, ce chemin fondateur d’une épopée qui reste encore la sienne.

Fondée en 1969, l’association « La Chavannée » a pratiqué le collectage, la musique, la batellerie avec, en tête de pont, l’instituteur Freinet qui menait à la ferme ses élèves et les plus anciens. Dix ans plus tard, la ferme était achetée et ne cesserait de grandir pour devenir salle de spectacle, dortoir, réfectoire, lieu d’exposition et atelier de construction navale.

Jacques Paris est également un conteur, il aime à parler en bourbonnais, sa langue maternelle et nous échangeons quelques textes. Nous nous retrouvons ensuite autour de livres et d’auteurs qui nous touchent. Ces instants donnent déjà tout leur sens à ce voyage. J’ai rencontré un maître qui m'a offert deux de ses livres. Je lui ai remis en échange un disque et un livre.

Jacques et ses amis nous ont lai ssé les clef du domaine. Nous sommes chez nous pour cette nuit que nous passerons au sec. Chapeau bas, gens deLa Chavannée. Si vous êtes des seigneurs sur l’eau, affrontant la rivière à la bourde et à la rame comme jadis, si vous êtes les seuls à vous lancer dans des avalaisons en plate, vous êtes des princes à terre, des princes qui n’oublient jamais qu’ils ne sont que des humbles qui ouvrent leur porte aux pèlerins et aux voyageurs.

Émerveillement vôtre.

Les Suisses alémaniques.
Les Suisses alémaniques.
Les Suisses alémaniques.
Les Suisses alémaniques.
Les Suisses alémaniques.

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Kakashi 12/05/2016 15:06

Voilà point de chute opportun où trouver un peu de réconfort, de moral, après un épuisement certain dû aux conditions spartiates dans lesquelles se déroule votre aventure ; ne serait-ce qu'une véritable douche, de véritables toilettes, un repas chaud, un véritable lit drapé fraîchement enceint par de véritables murs ; toute cette sophistication acquise d'ordinaire se redécouvre dans une intense volupté... Nous voici Maharaja avec pas grand'chose... Une cheminé qui crépite, c'est Versaille nous ouvre ses portes !
Et alors, pour quelque esprit épicurien, alors que les aléas et les difficultés demeurent suspendus le temps d'une nuit, on repense à toute la féérie déjà vécu: les chevaux, les paysages, les Suisse, les oiseaux... On se laisse transporter dans ses rêveries encore fraîches, se laisse glisser d'épuisement dans un sommeil affable et récupérateur.
Mais pour accéder à cette sensation si agréable proche du bonheur, de cet instant heureux, succint, il faut voyager rudimentaire. Le voyage est une aventure, l'aventure est une quête...

C'est Nabum 14/05/2016 13:42

Kakashi

C'est exactement notre état d'esprit

Et nous allons vers les autres par voie d'eau

rRheinweg 12/05/2016 09:06

super les gars

C'est Nabum 14/05/2016 13:41

rRheinweg

Merci

Les gars ont froid mais ils vont bien