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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Parce que la Loire !

Contre vent et coulée …

Seule la Loire décide de ce que sera demain quand on se laisse aller à suivre son flot. Nous ne sommes pas différents des mariniers d’antan, souvent contraints à de longues attentes, à des escales qui s’imposaient à eux, faute de conditions favorables. Aujourd'hui et les jours qui viennent, nous devrons rester à quai, la rivière fait sa colère, montre ses muscles et charrie arbres morts et dangers sournois.

Les mariniers de rencontre nous ont mis en garde : « N’allez pas sur la rivière, elle est en colère ! Sylvain, du haut de sa stature de colosse au cœur tendre, m’a pris à part, moi qui voulais continuer le chemin tout seul : « Tu n’as rien à prouver à personne. La Loire ne te permet pas de continuer seul ce périple. Laisse passer son coup de gueule, elle t’ouvrira à nouveaux ses bras dans quelques jours! ».

Georges avait eu si peur qu’il n’avait plus le cœur à poursuivre le périple tant que les flots étaient aussi violents. Je comprends aisément son inquiétude, l’accident laisse des traces dans la mémoire ; son chavirement , il n'a cessé de le revivre , les deux nuits précédentes. Il n’est pas en état pour l’instant de prendre le risque d’un nouvel écueil. Il est rentré en Orléans chercher son camion afin de faire des sauts puce sur la route, pour respecter nos escales, tant que dame Liger roule ainsi des épaules !

Je suis là, seul, pas vraiment, dans une fête marinière. Les amis des Fils de Galarne chantent leurs incontournables rengaines que tous aiment à reprendre en chœur. C’est la joie, le bonheur d’une chanson qui passe de bouche en bouche tandis que les verres s'entrechoquent et que les danseurs guinchent au rythme des guitares et de l’accordéon.

J’en oublie la déception d’une pause momentanée dans ce périple qui ne sera pas complet. Il faut accepter ce qui relève de l’impondérable. Je sais que bientôt reprendra la route et qu’il y aura encore de belles rencontres. Aujourd’hui, sans doute, car je vais offrir quelques contes à mes amis comme je le fis la veille au restaurant Le Ligérien à Saint Satur.

Car je me dois de vous narrer cette soirée au débotté qui fut un moment très agréable. Une bonne trentaine de convives se pressaient dans l’estanquet. Je leur offris quelques histoires de Loire entre deux bouchées. Ils se prirent au jeu et j’en fis sans doute des tonnes. Qu’importe, la truculence sert parfois les desseins du bonimenteur.

Je vendis de nouveaux livres, preuve que mes auditeurs avaient apprécié et voulaient partir avec un petit échantillon du souvenir. C’est dans de telles circonstances que j’éprouve de la gratitude pour tous ceux qui m’ont poussé à faire ainsi le Berlaudiaud en public. Même si depuis, nos parcours se sont parfois séparés, ils auront toujours ma reconnaissance !

Demain, sera un autre jour. En attendant le retour de l’ami Georges, je vais sagement passer la nuit à l’hôtel sans autres affaires que mon ordinateur et ma tenue de scène. Il faut savoir surmonter bien des désagréments quand on met des ailes à ses chaussures et de la folie à son existence. À deux pas de moi, on applaudit les chanteurs, c’est la fête sur les quais de Cosnes et rien d’autre n’a d’importance.

Le récit continuera. Le périple se prolongera au-delà de cette anicroche de saison. La rivière fait ce qu’elle veut et je ne serai pas de ceux qui veulent la plier aux caprices des humains. Elle va comme bon lui semble sans jamais se soucier ni des gens ni des contingences. J’écrivais ces quelques lignes quand on vint me quérir pour Bonimenter à la troupe marinière.

Ce que je fis avec plaisir. C’est ainsi que le chemin des mots reprenait son cours même si, momentanément, ce n’est pas sur la rivière. Après cette halte à l'hôtel je reprendrai ma vie de vagabond des flots. La vie continue : j’ai dû me plier aux circonstances pour ne pas la mettre en danger. La Loire, seule, décide de tout en pays ligérien, n’en déplaise à ceux qui pensent que la nature n’est pas de taille à imposer ses volontés à l’espèce qui, par sa folle prétention à vouloir dominer le monde, ne cesse de le mettre en péril.

Bonne journée les terriens, je suis des vôtres le temps d’une vague …

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Accostement vôtre.

 Parce que la Loire !

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