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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Quand le ciel se fâche

C’est la faute à Neptune.

Nous étions juste installés à La Charité, cette bonne ville au riche passé historique et vouée à l’amour des mots, et à peine venais-je de terminer mon récit épique que l’orage se mit à fondre sur nous comme la vérole sur le bas-clergé. On dit qu’il monte dans le ciel, nous avons, hélas, constaté à nos dépens que la principale caractéristique mécanique de l'orage est de tomber dru. Tout ce qui n’était encore mouillé le fut, l’espace de quelques secondes. Pas de jaloux au pays des Tacons.

La nuit fut tourmentée. Georges revivait en boucle son épisode des Lorrains. Son inquiétude se traduisit par une soudaine angoisse à la pensée de la crue, crainte pas si infondée que ça, tant les eaux de Loire gonflent avec régularité et constance. Il me réveilla dans mon premier sommeil afin de me demande de consulter séance tenante vigiecrues. J’obtempérai, quelque peu vaseux, pour voir que la menace, pour réelle qu’elle fût, nous laissait une petite marge : nous ne serions pas obligés de décamper en pleine nuit . Je doute qu’il se tranquillisât pour autant.

Nous nous étions couchés sans dîner et sans rencontrer le moindre pèlerin. Fort heureusement, au petit matin, alors que nous nous lancions dans notre opération de passage du pont, à roulettes, un bon chrétien vint nous tenir crachoir et goupillon. Il était désolé de l’accueil reçu, de l’absence de communication de la ville et de réponse de l’office de tourisme. Il affirma que s’il nous avait vus la vieille, il nous eût procuré un toit et un peu de réconfort. L’orage en avait décidé autrement.

Après quelques efforts et des aménagements, somme toute très efficaces, dans notre technique de portage, nous nous lancions dans notre nouveau parcours au petit matin, le ventre vide : une habitude qu’il faudra bien vite interrompre ! Le vent s’était mis de la partie, contraire évidemment, pour ne pas dépareiller les conditions du moment. La Loire était grise et mousseuse. Elle gonflait à vue d’œil, elle était forte et inquiétante.

Nous avancions assez vite en dépit d’une impression trompeuse. Le vent, d’un côté, qui nous forçait à sans cesse maintenir le cap et le courant qui nous poussait bien vite, perturbaient nos sensations et nous forçaient à une vigilance de chaque instant. Une fois encore, nous étions seuls au milieu de nulle part. La brume enveloppait le paysage ; la rivière est en cet endroit si large qu’on s’y sent bien peu de chose au milieu.

À plusieurs reprises nous débouchâmes sur des cuvettes parfaitement rondes, de près de quatre cents mètres de diamètre. Je ne connaissais pas la rivière ainsi. Le temps ajoutait évidemment à l’impression de sourde menace. Un écart, et le pauvre matelot serait bien en peine dans des flots si puissants ! Puis, après être passé à Pouilly sans y voir âme qui vive, nous décidâmes de pousser jusqu’à Saint Satur sachant que nous y étions attendus.

La Loire se fit multiple, chargée d’îles qui s’entremêlent. Le royaume des castors, une navigation vraiment exotique pour nous, gens du Val de Loire. Le vent venait se briser contre les grands arbres et nous allions plus aisément vers ce village au pied de Sancerre. Il est, il faut l’avouer pire destination pour qui aime le vin blanc !

Justement un verre de ce breuvage qui, en son temps, ravit le brave Henry IV, amateur éclairé s’il en est, nous attendait de pied ferme. L’ami Patoche avait offert ce message de bienvenue alors qu’il n’était plus là. Le patron du Ligérien, ce charmant restaurant-guinguette qui donne sur la Loire, ne fut pas en reste en nous offrant un repas chaud : un luxe dont nous avions oublié la saveur.

Pour célébrer notre arrivée, l’ami Sylvain nous fit découvrir son Raboliot, : un somptueux bateau de 18 m 50, doublé d'aluminium, pour des balades en Loire avec un capitaine qui a la simplicité chevillée au corps : un garçon qui se fait pêcheur professionnel quand il n’est pas guide ligérien. Lui et son compère Thibault s’entendent comme larrons. Ghislaine et Angélique, sont au service. Ce soir, je conterai pour les clients de l’estaminet.

Bonne soirée les terriens.

Venteusement vôtre.

Quand le ciel se fâche

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