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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un bon petit café …

sans sucre !

Un bon petit café …

De la chaussette à l’odieuse capsule.

 

Je me souviens de cette odeur de café qui accompagnait mon réveil. Il y avait dans toute la maison des fragrances de ces graines qui étaient broyées dans le vieux moulin de grand-mère. De l’eau, dans une bouilloire, chauffait sur la cuisinière à charbon. Puis le café passait dans la cafetière émaillée. Dans mon souvenir, elle était bleue, un peu ébréchée comme il se doit. J’étais trop jeune pour avoir droit à une tasse, je devais me contenter d’un café au lait avant que je découvre que c’était là mon pire ennemi …

 

Le progrès a fait son entrée avec l’intrusion du moulin électrique et les premiers désamours se firent jour. Les grains étaient finement moulus : il n’y avait pas de doute là-dessus. Mais il n'exhalaient plus les mêmes effluves. La poudre avait je ne sais quoi de brûlé qui ne permettait plus de profiter de la même qualité. J’ai longtemps gardé le moulin à manivelle, par nostalgie sans doute, par fidélité également le préférant à cette effroyable machine qui avait le don de réveiller en sursaut toute la maisonnée.

 

Je ne me souviens plus de l'apparition de la cafetière italienne. Elle avait dû surgir au détour d’une fête des mères ; mon pauvre père n’avait jamais eu le cadeau très heureux mais ce jour-là , il fut mieux inspiré qu'à l'accoutumée . Elle égayait le réveil de son sifflet aigu, ce marqueur magnifique de la tâche accomplie. Il y avait bien quelques loupés, des débordements intempestifs et des fermetures incertaines du filtre métallique. Mais c’est elle qui faisait sans doute le meilleur des cafés que je bus chez nous.

 

Puis l’insipide cafetière électrique sonna le glas des jus de chaussettes artisanaux, le filtre en papier s’installant durablement dans le placard au-dessus de l’évier. Le modernisme s’imposait chez nous avec cet appareil sans âme et sans talent. Dans le même temps, surgissait alors à la maison un appareil qui resta très longtemps confidentiel avant de devenir plus de quarante ans plus tard la vedette incontestable des cuisines aménagées et équipées : le fumeux Thermomix.

 

Il me fallut voler de mes propres ailes pour découvrir ou redécouvrir des cafés plus aimables. Les cafetières à boule ou à piston réjouirent mes années d’errance. Le moulin tournait, affirmant sans fard mon refus de l’électrisation à outrance. J’allais chercher le lait à la ferme chez des fermiers d’un autre temps, vivant dans une masure en bord de Loire. Ils avaient un cœur en or et un petit blanc de Touraine qu’ils ne manquaient jamais de m’offrir.

 

Les enfants arrivant, la cafetière électrique symbolisa pour moi aussi le retour dans le rang. C’est sans doute à cette époque que je devins un de ces consommateurs sans exigence de cette merveilleuse boisson. Je me contentais du médiocre, je le buvais mécaniquement, par habitude, à la maison comme au travail. Ce fut encore l’époque du renoncement au sucre : une manière de se démarquer à l’époque d’une génération précédente qui avait la main lourde sur la petite pierre blanche.

 

Le paquet de café sous vide sonna le glas des grains. Seuls les véritables amateurs allaient chez les nombreux torréfacteurs de notre bonne ville. J’étais, à ma grande honte, un buveur ordinaire d’un café sans parfum, sans goût et sans rituel. Je ne serais pas pour autant une éventuelle proie, devenant, un jour prochain, la cible des vendeurs d’illusion en capsule ! J’échappai ainsi à la plus belle arnaque de notre époque pourtant très riche en ce domaine.

 

 

Je devins, une longue période durant, consommateur debout derrière le comptoir, d’un café tiré d’un percolateur incertain. J’ai tout bu et tout vu dans ce domaine. Les prix exorbitants, les tasses incertaines, les bouis-bouis miteux, les tenanciers pittoresques, les clients impayables. J’avais besoin de ce rituel ; je partais plus tôt pour goûter à ce plaisir particulièrement masculin en cette époque lointaine. Les cafés étaient souvent médiocres, l’ambiance enfumée et les conversations au ras des pâquerettes. Il faut bien que jeunesse se passe !

 

De tous les cafés ingurgités bien plus que dégustés, je ne garde véritablement en mémoire que ce café turc que nous fit, le temps d’une semaine d’escapade de fin d’année scolaire, un élève lors de ma deuxième année d’enseignement. Cela remonte à si loin et pourtant je revois encore le garçon, fier et noble, heureux de nous démontrer son savoir-faire. Il mettait tant de soin et de minutie à sa préparation que nous, ses maîtres, en étions admiratifs et reconnaissants. Jamais,ô grand jamais, je n’ai retrouvé ce plaisir gustatif.

 

Je tournai le dos au café et je fis bien car arrivait la rengaine du train de Colombie et les capsules de la secte caféière. J’eus une seule fois à pénétrer dans l’un de ces temples du commerce raffiné et maniéré. Tous les vendeurs sur leur trente-et-un, affublés d’un sourire de publicité dentifrice, le tutoiement de circonstance et les viennoiseries offertes aux acheteurs des précieux lingots multicolores. Je fuis à jamais ce temple de la grimace et du consumérisme factice.

 

Le café entrait alors dans une étrange danse. D’un côté les tenants de la dépense ostentatoire, s’offrant le tour du monde et des saveurs par le truchement de la petite dose enfermée dans le métal et de l’autre, les alter-mondialistes qui se donnaient bonne conscience en achetant un café équitable. D’un côté comme de l’autre, j’ai le sentiment que la duperie était la reine de la farce. La planète étant, à coup sûr, la grande perdante d’un commerce qui m’a toujours laissé sur ma faim.

 

C’est alors que me reviennent en mémoire les jumeaux de la chicorée : cette grande perdante, atomisée par le matraquage publicitaire de la petite graine à fabriquer des fortunes sur le dos des pauvres producteurs exotiques. La racine du bien et du local en somme qu’il conviendrait de remettre à l’honneur quand la sagesse reprendra le dessus sur une table de petit-déjeuner qui a, en un siècle, pris la fâcheuse habitude de proposer le grand n’importe quoi pourvu que ce soit issu de la grande industrie agro-alimentaire.

 

Petitnoirement vôtre.

 

Jus de chaussette


 

C’était pendant la guerre de 1870. L’intendance n’arrivait pas toujours à suivre la troupe. Pour le café du matin, les soldats devaient se débrouiller. Le système D s’imposa à eux. Le café en grains était versé dans une bassine en fer, les soldats l’écrasaient avec la crosse du fusil. Ils faisaient bouillir de l’eau dans une marmite, jetaient le café ainsi sommairement moulu, arrêtaient la cuisson. Pour le boire, ils le filtraient dans une chaussette.

Un bon petit café …

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Laure 30/07/2016 13:40

Que de souvenirs surgis de ce marc de café ! Très plaisant billet , jolie petite musique qui fuse de votre cafetière ! On n'en aura jamais marre de ce café-là , croyez-le .
L'occasion pour moi d'évoquer cette culture conviviale et fraternelle de mes ancêtres ch'tis que notre cht'i Renaud fait revivre dans cette chanson si inspirée .
https://www.vagalume.com.br/renaud/eun-goutte-djus.html
Si la musique fait défaut , je veux bien la suppléer.

C'est Nabum 30/07/2016 14:10

Laure

Puisque je ne suis rien ou bien pas grand chose, j'aime ces petits billets sans importance
Notre bon journal fait encore la place à l'homme le plus important de notre ville ; il tire un jus d'argent de la Loire, grand bien lui fasse et honte à ce journal qui s'en fait le complice. Je lis dans le marre de café que ça ne peut durer éternellement ainsi et qu'il a bien raison d'amasser dans son bas de laine, le jus finira un jour par tarir