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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Victor et Madeleine.

Conte du Cher

Victor et Madeleine.

Les amoureux ne restèrent pas de marbre

 

Il était une fois deux jeunes gens qui s'aimaient tant qu'ils décidèrent de batifoler au bord de la rivière Cher. Pour leur malheur, ils avaient nom Victor et Madeleine, ce qui, avouons le, en temps ordinaire ne constitue ni une infamie ni un péché. Mais hélas pour eux, ils s’aimèrent là où leurs amours déclenchèrent le courroux d’un Saint mauvais coucheur. Il n’en fallut pas plus pour qu’ils rentrent dans la légende.

 

Il est bon de revenir aux sources de toute chose. L’histoire ne peut se comprendre sans extirper les racines du mal. Ce mal qui aurait pu être un bien si la religion ne s’était pas souciée d’entraver les pulsions physiques, de déclarer impurs les plaisirs du corps et de commander à ses saints de repousser les sirènes de la passion. C’est sans doute faire ainsi peu de cas de la devise de notre seigneur Jésus-Christ qui se souciait bien plus d’amour que de mortification.

 

Mais allez donc expliquer ce propos à Sainte Marie-Madeleine qui habitait alors en bord de Loire du côté de Noirétable. À deux pas de là, demeurait le Bon Saint Victor. Le brave homme, tout à ses mortifications, ne put réprimer une passion dévorante pour sa belle voisine. Il est vrai que le prénom de Marie-Madeleine pousse à la concupiscence celui qui a la chair trop fragile.

 

Victor, en bon chrétien, pensa que seul l'éloignement de l'objet de sa convoitise pouvait apaiser son tourment. C'est ainsi qu'il décida de changer de région et d'aller s'établir en bord de Cher. Loin des yeux, loin du cœur ! Mais la maxime s'avéra inopérante pour le brave religieux. Il se consumait d'amour pour sa belle en dépit de la distance et de l'interdit qu'il pensait devoir s'imposer.

 

Il fit construire un oratoire pour détourner ses réflexions de ses pensées lascives. Les travaux ne firent qu'aggraver son désir au fur et à mesure que se dressaient les murs. Puis, l'arrivée de disciples en ce lieu importunèrent sa sainteté dans ses méditations. Il se résolut à vivre en ermite non loin de là, pensant trouver dans la solitude la force pour repousser le désir.

 

Ce fut pire encore. Victor se consumait d'amour pour une Marie-Madeleine confite en dévotion et qui depuis belle lurette se fichait bien des tourments de son collègue. L'ingratitude des femmes n'est plus à démontrer. Victor se sentant possédé par le démon et envoûté par la donzelle se décida à soigner le mal par le mal. La recette n'est pas nouvelle, elle a toujours fourni des résultats intéressants.

 

Victor, en bon maître des symboles qu'il était, considérant qu'il était dévoré par un feu intérieur, décida de prendre un tison incandescent pour l'enterrer profondément dans le sol à proximité de son ermitage. C'est ainsi qu'il trouva la paix intérieure et que dans le même temps il mit à jour une source d'eau, limpide et pure.

 

Soulagé, Victor put ainsi gagner le paradis. Son abstinence méritait bien cette divine récompense. Il mourut serein et apaisé. C'est là sans doute qu'il retrouva sa Marie-Madeleine : il est bon parfois de différer ses envies. Ils avaient désormais l'éternité pour leurs amours … Mais c'est là que nous devons constater amèrement que nos deux tourtereaux célestes réclamaient l'exclusivité.

 

Un jour, sur la vallée de larmes qu'on nomme la Terre, deux amoureux décidèrent de batifoler et plus si affinité en bord de Cher, à deux pas de la Fontaine sacrée. Ce sont nos deux amis : Victor et Marie-Madeleine, qui eux étaient bien des êtres de chair et de sang, de désir et de soupir.

 

Le bruit de leurs ébats arriva jusqu'aux cieux ! Les deux saints prirent ombrage de ce qui était pour eux un blasphème intolérable, un crime et un péché. Marie Madeleine, soucieuse de préserver une réputation chèrement acquise, glissa à l'oreille de son collègue une requête que le brave Saint Victor s'empressa de mettre à exécution. Il faut avouer que Saint Victor ne restait jamais de marbre devant les désirs de sa Marie-Madeleine.

 

Dans l'instant, la colère céleste s'abattît sur les deux amoureux terrestres. La foudre tomba des cieux sur les deux amants qui faisaient la bête à deux dos. Le choc fut terrible, les deux corps furent à jamais séparés et transformés dans l'instant en deux gros rochers qui prirent place de chaque côté de la rivière.

 

Il se murmure en bord de Cher que, de temps à autre, les deux rochers reprennent forme humaine. Victor et Marie-Madeleine arpentent alors les bords du Cher, l'un sur une rive et l'autre lui faisant face sans jamais parvenir à se rejoindre. Leurs plaintes et leurs chagrins sont si forts que ceux qui n'ont pas un cœur de pierre en sont bouleversés.

 

Si, un jour, vos pas vous conduisent du côté du hameau qui se nomme désormais Thizon, si vous entendez les gémissements des amants maudits et que vous disposez de moyens techniques puissants, faites donc en sorte de réunir les deux rochers. Vous contrarierez peut-être les deux saints pudibonds mais vous rendrez heureux ceux dont le seul crime était de s'aimer sans retenue en plein air. Que celui qui n'a jamais péché de la sorte me lance la première pierre.

 

Torridement leur.

 

Victor et Madeleine.

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