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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Quelques tours de cochons !

Farce locale

Quelques tours de cochons !

Fête charcutière …

 

Saint Berdolin sur Loire n’a pas l’exclusivité des crises intestines, des fêtes qui tournent en eau de boudin, des salades de museau et autres grimaces entre anciens amis de la confrérie. J’ai eu, à plusieurs occasions, l’envie d’aller voir ailleurs où l’herbe et le goret sont plus gras et, à chaque fois, j’ai trouvé querelles et griefs, fâcheries et discordes. Le cochon n’a pas que du bon, il faut bien le reconnaître, et sa célébration tourne parfois en queue de poisson.

 

Je constate ainsi que peu nombreuses sont les confréries voisines qui viennent à la rencontre de leurs camarades. Les critères de participation relèvent d’abord du positionnement dans les affaires troubles de la fédération du Goret et du Verrat réunis. Les uns œuvrant à la promotion des hauts morceaux tandis que les autres se chargent des bas morceaux.

 

Il y a dans chaque clan des chapelles, des têtes d’affiche, des bannis, des proscrits, suite à un lointain coup d’état de quelques personnages hauts en couleur qui ont voulu faire main basse sur la charcuterie ligérienne en passant au hachoir tous ceux qui voulaient se dresser face à eux. De la chair à saucisse pour sots et naïfs qui crurent en leurs belles promesses. La gangrène de la politique nationale gagnant même le secteur associatif, c’est à désespérer de cette gastronomie porcine.

 

Autour des cochons qui grillent, on compte les absents, on médit des présents qu’on ne peut plus sentir, on critique les forbans du coup d’état tout en leur faisant risette si l’un d’eux vient à passer. Les allées bruissent de rumeurs : on évoque des malversations, on parle de viande frelatée, de cochons élevés aux hormones avec de généreuses subventions. La fraternité a fait son deuil de la belle entente d’autrefois.

 

Un proscrit vient à passer. On le salue, on lui fait la fête, heureux de le voir ici, même s’il n’a pas endossé son tablier de cuisine. L’homme évoque amèrement son bannissement, les coups tordus qu’il a subis, les invitations qui ne lui parviennent plus. Il en a gros sur le cœur, il ne peut pardonner. Beaucoup viennent lui donner une tape amicale dans le dos, on lui brosse même le poil dans le bon sens. Il s’en retourne, réconforté, sachant très bien que rien ne changera de si tôt. Les longs couteaux sont en place : ils ne sont pas près de lâcher l’affaire.

 

Un malvenu s’approche. Il vient d’une filière dissidente. La charcuterie a aussi ses écoles et ses sectes. On lui tourne le dos, on fait semblant de ne pas le voir jusqu’à ce qu’on finisse par entrer en conflit avec lui. Que vient-il faire ? Veut-il nous espionner ? On s’emporte, on agite les bras. L’affaire tourne au vinaigre, l’autre prend la mouche. La coche continue de cuire sur le tournebroche ; c’est sans doute d’elle que vient cette odeur de cochon grillé !

 

Il est temps de passer à table. Le vin délie les langues, les oreilles se dressent. Les dérapages verbaux ne vont pas tarder. Ici, un esclandre : on se frictionne la couenne. Là, une algarade : on se crêpe le chignon. Le ton monte, on claque la porte, même si la fête est en plein air, on se bat froid au bord des barbecues. Il y a toujours matière à discorde. La concorde n’est pas charcutière.

 

Pour les uns, la viande est trop cuite, pour les autres, le cochon est trop gras. Le trop est à la mode, le pas assez de rigueur. La soupe à la grimace est servie sur des nappes en papier qui se déchirent aussi vite que les convives. Le banquet tourne au drame. Le seul point d’accord réside dans la nécessité de faire taire le barde : on le bâillonne et on l’attache au pied d’un arbre. « Celui-là, c’est une vraie tête de cochon », lancent unanimes les meilleurs spécialistes en la matière de toute la région. Lui, c’est de la viande frelatée  !

 

Quelques chansons feront oublier tout ça. Le vin coulant à flot, les grimaces se font sourires. Ah, que cette fête fut belle, une vraie réussite ! On oublie si vite les petits désagréments. On se veut résolument optimiste. La prochaine assemblée reconduira les mêmes embrouilles, les mêmes anicroches, les mêmes algarades, tout autant que les grandes réconciliations factices.. Le cochon fait plus souvent la tête qui n’est à la fête ; il faut lui reconnaître ce mérite : il n’est pas rancunier.

 

Charcutièrement vôtre.

Quelques tours de cochons !

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