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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un petit besoin pressant

L'été comme si vous y étiez ... 3

Un petit besoin pressant

Le guide de la route à l’usage des vessies pleines et mobiles.

 

Il est des sujets sur lesquels le code de la route ne s’étend guère, celui-ci est malheureusement de ceux-là. Qui n’a jamais connu les affres de l’envie pressante en roulant ignore tout de ce qui va suivre. N’ayant jamais pu confondre ma vessie avec une citerne, je suis au regret de vous évoquer, une fois de plus, un sujet qui se situe par voie de conséquence juste en dessous de la ceinture. Veuillez en excuser par avance le prosaïsme du propos qui pourtant, à y regarder de plus près, ne manque pas de fondement. Il faut reconnaître ma constance en la matière qu’elle soit fécale ou bien urinaire …

 

La première règle de bonne conduite est de payer pour se soulager, l’autoroute étant à ce titre le seul endroit décent pour satisfaire ce besoin naturel et élémentaire tout en se faisant joyeusement ponctionner la bourse. Malheur en effet à celui ou, bien pire encore, à celle qui n’a pas pris le réseau à péage. Les sièges percés semblent ne pas appartenir à l’équipement de base de la route nationale ou de la voie express et gratuite. Nous pouvons exclure de ce traité à usage des urologues et des prostatiques notoires les routes départementales ou vicinales qui offrent des sous-bois et des bosquets pour peu qu’ils ne soient pas défendus par des grillages et des barrières.

 

Qui donc veut voyager à l’œil dans ce beau pays doit prendre son mal en patience et éviter de boire durant le trajet. Il serait alors fort mal en point si l’envie lui prenait de se soulager sur le parcours. Nulle aire de repos quand on ne crache pas au bassinet des racketteurs autoroutiers et, si le miracle a lieu, les commodités y sont si mal commodes que vous préférerez remballer sur le champ votre désir de miction ! La route nationale, fût-elle de délestage ou d'itinéraire vert, ne se prête que modérément à la petite envie. La grosse quant à elle, relève tout bonnement de la mission impossible dans ce beau pays de France qui ne doit pas espérer classer ces lieux secrets au titre du patrimoine mondial de l’humanité .

 

Quand bien même vous surmonteriez écœurement, odeur et inconfort, ce qui, avouons-le, est souvent la plus sage réponse à l’ignoble odeur qui s’impose à vous, vous seriez, hélas, pris au dépourvu. Le papier y ferait défaut et, pour les femmes, l’absence de fermeture de l’édicule supposerait la présence d’une comparse. Ce qui n’est pas toujours le cas, hélas. Enfin, vous seriez contraint de changer de chaussures après l’actionnement d’un système qui mérite parfaitement son vocable de trombe d’eau, à moins que ce ne soit un dispositif pour chasser les usagers potentiels… Ce sont là les plus courants des désagréments dans une liste qui ne peut se concevoir exhaustive, tant la litanie des possibles est étonnamment longue en la matière.

 

Mais revenons à nos aires de repos. Même si vous usez du confort autoroutier, il est fortement déconseillé de vous arrêter en rase campagne dans ce qu’on nomme aire de repos et non pas aire de confort intime. Seule la station estampillée « Consumérisme et bienfait de la civilisation » vous garantit un lieu aimable et fréquentable. Ailleurs c’est la bouteille à l’encre ou pire, l’aventure olfactive. Tout est fomenté pour provoquer l’arrêt dans un endroit où l’on vous aide à vous délester d’un peu plus d’argent encore.

 

Là aussi, comme dans les établissements scolaires, les responsables ont sans aucun doute fort mal pensé la chose. Ce sont, à n’en point douter, plus assurément des porteurs de braguettes que culottes fendues qui conçoivent ces espaces honteux. Qui n’a jamais vu la longue interminable queue du côté féminin ignore tout de l’injustice autoroutière. La femme, en cet endroit, doit savoir se contenir, attendre son tour et se satisfaire d’un équipement bien moins approprié au grand rush que du côté des hommes. C’est une loi immuable des lieux d’aisance : la femme y est moins bien considérée que l’autre moitié de l’humanité …

 

Remarquez, cet axiome vaut également pour la presque totalité des édicules publics. Mesdames, on vous mesure les cuvettes, on vous rationne sur les mètres carrés, on chipote sur l’édicule, on vous consent un espace équivalent à celui de vos homologues masculins alors qu’eux, n’ont pas besoin de tant de place pour se satisfaire en bien moins de temps que vous, du reste. Mais voilà sans doute un sujet de discrimination manifeste qui ne pousse pas les féministes à lever leur étendard. C’est bien dommage tant l'injustice est patente et manifeste.

 

Il se peut que ce sujet ne fasse pas couler beaucoup d’encre, ce n'est certes pas ce qu’on lui demande. Si vous souhaitez libérer vos humeurs, il est parfaitement conseillé de se soulager ; il ne vous en coûtera rien. Un luxe aujourd’hui dans une nation qui a oublié que Clochermerle fut un temps notre gloire nationale, une référence incontestable. Tinettes, vespasiennes, édicules, petits coins, lieux d’aisance, cabinets et commodités ne sont plus à l’ordre du jour. Monsieur Decaux -gloire lui soit rendue- étant, à ce sujet, l’un des responsables du sous-équipement urbain en ce domaine si peu évoqué publiquement.

 

Édiculement vôtre.

Un petit besoin pressant

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