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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une longue plainte …

Carnet astronomique

Une longue plainte …

Seule la chute justifie le récit.

 

Il était une fois, sur une île paradisiaque à l’autre bout du monde, un événement céleste qui avait été annoncé par les mages et les savants. Au coucher de soleil sur l’océan indien, le 3 juin 1769, le soleil allait s’habiller d’une petite tache noire. Le bruit avait couru dans la population que le passage de Vénus devant l’astre solaire allait provoquer des phénomènes spectaculaires sur l’océan.

 

Ce soir-là on se presse sur les côtes. La peur est grande d’une vague gigantesque ; les curieux, prudents, se sont mis un peu à l’écart, sous de grands arbres, des palmiers : ces grands Arecaceae qui portent d’étranges boules à leurs cimes. Le soleil va se coucher, le ciel est dégagé, une tache apparaît qui parcourt progressivement l’étoile lumineuse.

 

C’est alors que le vent se lève, violent, furieux. Les vagues, comme promis, se font gigantesques, elles viennent se fracasser sur les rochers noirs. Le contraste entre l’écume blanche et la lave qui se fige en entrant dans l’océan est saisissant. Il n’y a plus un oiseau dans le ciel. Les longues queues ont déserté les lieux. Les spectateurs retiennent leur souffle.

 

Le vent monte encore en intensité. C’est désormais un décor d’apocalypse sur les côtes. Tout se met en branle comme lors d’un ouragan. Les grands arbres se balancent furieusement. Les gens qui vivent ce moment rare sur l’île Bourbon s’éloignent un peu des arbres, craignant la chute des lourds fruits. Malheureusement, ils perdent de vue le spectacle céleste.

 

Soudain, le calme se fait, le vent tombe, la mer se rassérène, redevient paisible. Les curieux se rapprochent à nouveau. Ils veulent admirer la fin du périple de la planète lointaine avant que le soleil ne sombre dans l’océan. Le spectacle est somptueux. Dans un silence absolu, on devine que chacun murmure une prière, une incantation ou bien une réflexion intérieure. Il est des moments de la sorte qui élèvent l’âme vers un absolu métaphysique.

 

C’est alors que survient une chose plus étrange encore, une succession de faits en cascade, un incroyable concours de circonstances qui laissera très longtemps des traces douloureuses dans les têtes de nos amis de l’île qu’on nomme aujourd’hui La Réunion. Un à un, comme un jeu de dominos géants, les arbres perdent un fruit, un seul, le plus petit, fort heureusement.

 

Et de proche en proche, il y a des curieux qui reçoivent ce fruit sur la calebasse. Dans le silence qui était survenu après la tempête, une longue plainte monte dans les hauteurs de l’île, une plainte pour les observateurs lointains qui semblent se déplacer le long de la côte avec une régularité surprenante.

 

Interloqué, Jean Aristide interroge son enfant. Il ne comprend pas l’origine de ce long cri qui parcourt les bords de l’océan. Les enfants ont souvent réponse à tout quand ce n’est pas eux qui s’interrogent. Jean Aristide junior sourit de son sourire édenté et regarde son père d’un air incrédule, comme si son géniteur ne comprenait rien à rien. Il lui dit le plus sereinement du monde : «  Papa, c’est l’écho côtier bien sûr ! »

 

Comme nous sommes en pays créole et que les mots sont mangés, la suggestion du gamin fit bientôt le tour de l’île et le palmier agresseur devant rapidement le cocotier. Il est vrai que certains payaient cette appellation d’un joli œuf de pigeon sur le crâne. Quant à ceux qui prétendent que cette histoire est tirée par les cheveux, qu’ils sachent que les victimes des chutes inopinées et concomitantes des bourres frappeuses furent soignées avec un onguent qui nécessitait le rasage de la zone impactée. Vous voyez donc la vacuité de la remarque.

 

Cette histoire absurde tombe cependant à pic pour signaler que La Réunion sera le témoin d'un événement hors du commun le 1er septembre 2016 : une éclipse annulaire plongera l'île dans l'obscurité durant plus de trois heures. Si l'on veut observer et vivre ce phénomène astronomique, l’'île de La Réunion sera le meilleur endroit au monde pour ce formidable spectacle. À vos billets d’avion !

 

Astronomiquement vôtre

 

Une longue plainte …

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Kakashi 01/09/2016 01:11

Après avoir pratiquement tout lu de ce poète, j'affirme que si une absurde hiérarchie devait s'établir entre Tous, du moins ceux que j'ai lu jusqu'à présent, ma préférence irait tout naturellement pour cet auteur.

L’ÉTRANGER

— Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?

— Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.

— Tes amis ?

— Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.

— Ta patrie ?

— J’ignore sous quelle latitude elle est située.

— La beauté ?

— Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.

— L’or ?

— Je le hais comme vous haïssez Dieu.

— Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

— J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages

C'est Nabum 01/09/2016 06:26

Kakashi

Je me sens une filiation avec Camus

Merci