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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Vider son sac.

Les vacances comme si vous en reveniez

Vider son sac.

Vider son sac.

Errance langagière ...

 

Vous voilà de retour et vous comptez bien vider votre sac. La chose peut paraître simple et pourtant, comment laver son linge sale si on le laisse dans sa gaine de cuir ? Il faut, à n’en point douter, mettre cartes et fringues sur table pour libérer le trop-plein de rancune et de déception quand la fin du parcours s’annonce. La fermeture éclaire la route, son ouverture, au contraire, lui jette une ombre, la couvre de cendre.

 

Mais à bien y penser, faire le vide est parfaitement impossible. Le sac ne se remplit pas que de dessous. Il y a toujours plus souterrain encore que votre petite lingerie intime : des pensées enfouies dans les profondeurs de votre conscience infirme. Il faut creuser la question, la fouiller plus avant . Le souvenir s'incruste, il dépose, fait couche et fossilise. C’est une pierre dans votre chaussure et paradoxalement, c’est dans le sac qu’elle a pris place.

 

Il se peut qu’il ne remonte pas immédiatement à la surface surtout si vous avez goûté aux joies de la plongée sous-marine. C’est avec un tel loisir qu’on hérite de la palme du souvenir persistant. Ce sont des réminiscences qui ne manquent pas d’air ; elles sont tapies dans les circonvolutions d’un cerveau encore tout à ces vacances toutes fraîches en dépit de la moiteur des eaux de l’endroit.

 

Vider son sac, c’est encore retrouver votre vie quotidienne. C’est déballer les griefs que l’éloignement a mis à jour, c’est refuser de vous plier en quatre pour ne pas contrarier ceux qui sont restés à quai. Ça ne fait plus un pli, l’ailleurs vous a donné des ailes : vous allez libérer la chape de plomb qui pesait jusqu’alors sur votre cœur. Vous dévidez la bobine : celle que vous faites depuis trop longtemps ; la langue se délie et vous exposez ainsi toutes vos rancœurs et vos critiques.

 

Mais une fois le sac vidé, le risque est grand de devoir refaire sa valise, de se faire définitivement la malle et de retourner à vos chères études sans billet de retour. On ne vide pas impunément une vie, on ne déballe pas ce qui était resté si longtemps au fond d’un placard mental. La braderie a soldé le passif, elle a, dans le même temps, fait plaies et bosses. Il est grand temps de reprendre le large, de changer d’air sans que ce soit des vacances.

 

Vider son sac c’est le billet sans retour. La compagnie aérienne vous a vendu un vol qui finit par s’écraser à l'atterrissage. Il convient de ne pas trop fouiller votre mémoire si vous souhaitez éviter la catastrophe. Laissez donc quelques affaires au fond de votre sac ; ne mettez pas à sac votre vie et votre passé à vif. Le linge sale doit rester en famille et ailleurs l’herbe n’est pas plus verte.

 

Il est temps de reprendre le cours des choses. Le sac est à sa place, il attendra une nouvelle aventure qui ne sera que voyage et clichés lointains. Le rêve est votre sillage ; il n’est pas votre compagnon. Vous en auriez vite plein le dos de ce sac qui transporte votre vie au gré du vent. Il faut être d’une tout autre trempe pour couper les amarres. Si les sacs des marins sont si légers c’est qu’ils n’y glissent que bien peu de chose. Vous avez fait le choix du confort : il faut l’assumer.

 

C’est promis, vous ne viderez plus jamais votre sac. Il conservera toujours un billet pour l’ailleurs, une clef pour l’aventure, un petit objet qui vous donnera l’envie du retour. Vous savez désormais que les mots ne sont que des faux amis. Le sac de votre vie personnelle ne doit pas être le prix d’une expression suivie à la lettre. Usez de modération et de patience à votre arrivée, l’illusion finira par retomber tout comme le soufflé et ce soufflet qu’il convient de ne pas donner à votre entourage. La gifle, c’est vous qui l’avez prise lors de ces séjour exotiques ! Il convient de ne pas perdre pied et croire aux sirènes de l’errance.

 

Le retour à la case départ s’impose quand on est raisonnable. Il faut accepter son état de sédentaire. Le nomadisme n’est que saisonnier chez la plupart d’entre nous. C’est ainsi, depuis tant de générations. Le sac retrouvera son placard. Bien que vide, il ne sera pas vidé sur la place publique. Le voyage forme la jeunesse, il peut tout aussi bien détruire votre vieillesse si vous n’y prenez garde. Restez donc un peu en place, le temps d’un nécessaire et salutaire retour aux sources.

 

Voyageusement vôtre.

Vider son sac.

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Emmanuel Cockpit 13/08/2016 22:56

J'espère que vous continuerez à vider voter sac, pour notre plus grand plaisir !

C'est Nabum 14/08/2016 05:16

Emmanuel

Bien sûr ! C'est un tel plaisir pour moi même si je devine qu'il n'y a pas d'issue littéraire dans cette démarche