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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Vingt aventuriers au long cours.

Carnet d'Histoire

Vingt aventuriers au long cours.

Le quart des premiers Réunionnais.

 

Les préjugés ont la vie dure et nos représentations du passé se fracassent souvent contre une réalité plus complexe qu’il n’y parait au premier abord. Ainsi, dans les années 1670 – 1700, ils étaient vingt à être partis de nos rives ligériennes en allant sans doute jusqu’à Nantes avant d’embarquer pour une aventure extraordinaire au long cours. Ils venaient de Moulin, Angers, Saumur, Tours, Blois ou Orléans. Ils allèrent, à tour de rôle, s’installer dix mille kilomètres plus loin, dans une île où tout était à inventer.

 

Quelles étaient leurs motivations, leurs raisons, leurs envies ? Il est bien délicat de retrouver cela trois cent cinquante ans plus tard. Ce qui est certain c’est qu’ils étaient aventuriers et qu’ils n’avaient sans doute pas grand chose à perdre et tout à gagner dans ce voyage extraordinaire. D’autres, dans le même temps, partaient à l’Ouest conquérir la Belle Province de leur plein gré ou bien sous la contrainte … L’aventure était périlleuse et nous ne retenons que les noms de ceux qui sont allés au bout de leur rêve.

 

Certains n’ont laissé qu’un nom et une date comme Madeleine Delorme, native d’Orléans, qui est présente dans l’île en 1669. Rien de plus. Le mystère est entier et l’imagination peut alors aller bon train. D’autres ont la biographie plus complète comme Victor Riverain, né à Tours en 1661. Le Tourangeau, comme il se fait appeler, est un jeune homme de bonne famille ; il reçoit une bonne instruction mais s’ennuie au point de devenir pirate sous les ordres de D’Avery. Il arrive sur l’île en 1695, épouse une dame charmante qui lui donne trois filles et le coup de grâce le 20 mars 1713. L’ivrognerie notable du couple est sans doute à l’origine du drame …

 

Ils viennent de toute notre grande région ligérienne. Il y a Anne Billard, la fille de Moulin, qui a descendu l’Allier, puis la Loire, pour embarquer vers l’inconnu. Elle arrive sur l’île vers 1666 et a l’immense honneur d’offrir à l’île son premier enfant, né et baptisé sur place : Estienne Pau. Veuve, elle quitte l’île Bourbon pour aller vivre à Fort-Dauphin. Il y a encore Pierre Veron, natif de Château-Chinon, qui a pris la Loire à Nevers pour s’en aller travailler pour la compagnie des Indes.

 

Nous trouvons également un Berrichon pur jus : Jean Des Forges, qui nous arrive de Le Blanc. C’est un imposteur qui falsifie son nom après avoir commencé son escapade dans la prison de Bourges pour un duel qui a mal tourné. Il s’en évade et change d'identité pour embarquer sur le Marchand des Indes. Il arrive à La Réunion en 1698, se marie deux fois, a sept enfants, prospère et occupe des fonctions importantes. Il est un maître redoutable et cruel pour ses esclaves. Nul n’est parfait, semble-t-il, sur cette île où tout est à inventer.

 

Il y a ceux qui arrivent, flanqués d’un sobriquet : Jacques Aubert, dit l’Almanach,vient de Corzé en Anjou ; Étienne Baillif, dit l’Angevin, vient d’Angers comme vous devez vous en douter ; Pierre Gonneau, dit Laverdure, nous arrive de Nevers ; Henri Grimaud, dit Morel, est un Blésois pur souche. C’est Sanson Lebeau qui tient le pompon en la matière puisqu’il se fait surnommer La Fleur de Tours. C’est un cordier qui arrive sur l’île en 1676 et qui sème à tout vent, laissant onze enfants derrière lui. On prétend qu’il n’a pas inventé la poudre, qu’il est libertin et ivrogne. Un gars de chez nous en somme …

 

Il convient de n’en point oublier. Jean Baptiste Bidon de Liré, près de Nantes, est connu pour avoir caché de joyeux flibustiers chez lui ; François Boucher de Loches est un aventurier de la mer qui trouve refuge sur l’île et finit par s’y installer ; il y vivra avec une jambe de bois pour satisfaire à la légende. Les ci-devant ne sont pas absents du lot : ainsi Joseph Guinée de la Bérangerie arrive de Saumur où il était, comme il se doit, officier de cavalerie, ou bien l’écuyer René Hérault, sieur de la Brosse, un Angevin bon teint .

 

Jean Mirebaud de Blois arrive sur l’île en 1668 par mesure punitive. Ce Blésois a envoyé ad patres deux nègres à Madagascar. Colbert réclame sa tête sans que l’on sache s’il parvient à l’obtenir. Nicolas Petit vient de Chartres et meurt après onze années sur l’île sans laisser de descendance. Lezin Roubillard sera dans son cas : ce natif des Ponts-de-Cé fait d’excellentes affaires , est fort respecté sans pour autant se perpétuer sur l’île. Il y a encore cet autre Orléanais : Michel Mangroles, dont on ne sait rien ou presque

 

Et puis, il y a les êtres d’exception qui ont laissé un grand souvenir comme ce Pierre Folio de Saint-Pierre-des-Corps qui eut, dit-on, une vie extraordinaire. Il commence sa vie dans la piraterie, il amasse une jolie fortune avant de venir poser son baluchon sur l’île et épouser Françoise Cadet qui lui donnera deux enfants. Il finit par s’ennuyer sur terre et reprend la mer avec femme et enfants pour redevenir écumeur des côtes. Dans l’aventure il perd sa femme et revient se marier sur l’île avec Brigitte Bellon dont il aura trois autres enfants. Sa seconde épouse est plus inspirée que la première : elle hérite de tous ses biens quand il disparaît mystérieusement en mer après une partie de pêche. La donzelle est suspectée et on lui retire la garde de ses enfants. Elle trouve pourtant un nouveau compagnon qui lui en donnera trois autres. Les deux lascars disparaissent dans la nature ayant quelques forfaits à se reprocher. Ils réapparaîtront quelques années plus tard quand tout sera oublié ….

 

Ainsi vécurent quelques-uns de nos amis ligériens à dix mille kilomètres de nos rives. Ils participèrent à la grande aventure de La Réunion. Qu’il leur soit rendu hommage ici,même si nous devons fermer les yeux sur quelques vicissitudes et de légers travers. Je dois ces quelques pans de vie au travail remarquable de Jules Bénard et Bernard Monde dans leur ouvrage « L’épopée des cinq cents premiers Réunionnais » : Azalées éditions. Merci à eux.

 

Mémoriellement leur.

Vingt aventuriers au long cours.

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L. Hatem 29/08/2016 04:26

J'accepte de fermer les yeux sur leur forfaits... il y a prescription !
:-)

C'est Nabum 29/08/2016 04:44

L Hatem

Monsieur est trop bon !